Haut les pieds !

Publié le 15 novembre 2009 par Jlhuss

Tout change, mais là non : la « polysémie du pied »  n’est ni une tendinite d’Achille ni une épine calcanéenne, c’est bien toujours l’ensemble des sens propres et figurés du mot désignant le seul organe à chaussure de notre anatomie. Et le fait est qu’on trouve des pieds partout : de géranium sur le balcon, d’alexandrin chez Racine, de cochon chez le charcutier, bref : « Haut les pieds ! » Mais c’est encore en politique, de droite et de gauche, qu’ils sont le plus savoureux.

Les tenants du Parti de la Rose, qui ne savent toujours pas où donner de la tête, vont de nouveau rêvant ces temps-ci que Dominique Strauss-Kahn pourrait en 2012 leur retirer une belle épine du pied, être leur botte de Nevers contre un Sarko remis sur le pied de guerre après toutes ses entorses. Hélas ! je crains fort qu’ils ne se mettent l’orteil dans l’œil jusqu’au métatarse. D’abord parce qu’on croit savoir que DSK au FMI  prend son pied de toutes les manières ; ensuite parce que le Président, qui cache un mocassin sous la tatane, se tirera finement du mauvais pas en offrant un nouveau fromage à cette pointure.

Vu, le 9 novembre à Berlin (si, si, j’y étais !), Lech Walesa faisant le pied de grue sous son blanc pépin,  statue en pied de la Pologne libre, figé devant son domino de la mémoire encore plus lent à tomber que Jaruzelsky. Ensuite chacun a tremblé que la chute des dominos ne s’arrête en route, qu’une vieille cheville ouvrière de la Stasi ou la main baladeuse de Moscou n’enraye sournoisement le processus démocratique. Non, tout le polystyrène a chu, avec toute la pluie de Germanie et notre regret d’un monde bipolaire où le mur ne se sautait que d’un côté.

Vu, le 11 novembre  au pied de l’Arc de triomphe, Giscard assis entre Fillon et Carla, à dix pieds du pupitre où son successeur disait les belles phrases de Guaino. Les pattes d’oie de Valéry ont-elles frémi, comme j’ai cru l’apercevoir, quand fut entonnée une Marseillaise au tempo trop vif ? Il m’a semblé aussi que madame Merkel gratta furtivement du talon sur le pavé de l’Etoile quand il fut question de farouches soldats mugissant dans nos campagnes et de sang impur dont il faut abreuver nos sillons. Pendant un dixième de seconde, j’en mettrais ma main au feu, l’avenante Teutonne s’est sentie cuite, là, si loin du Bundestag, environnée de soldats en armes prêts à la pourfendre au pied levé et de cameramen pour diffuser partout sa sanglante effusion devant la Flamme. Mais non, bientôt tout le monde s’est embrassé malgré l’H1N1, et notre président, « très tactile » (comme dit Marie Drucker), a si bien peloté l’Angela qu’elle est repartie toute contente.

Le lendemain, on attendait Nicolas dans la Drôme sur l’agriculture, on le retrouva dans le débat sur l’identité. Sarko ou l’art du contre-pied. Les rivaux se foulent à le suivre, ne savent plus sur quel pied danser. Comme disait la grenouille Ker Mit dans le Bébête Show : « La politique, c’est un métier .»

Vendredi 13, jour de chance ou l’inverse ? On ne sait jamais, c’est comme pour les trouvailles de madame Royal. Sur le coup, la dernière en date est alléchante : un chèque-contraception pour toutes les lycéennes de Poitou-Charentes. Certains peine-à-jouir du gouvernement objectent que la dame ferait mieux de s’occuper de ses fesses. Sans compter que ces pilules charentaises risquent de faire tache d’huile : les nymphettes des régions circonvoisines crieront « pourquoi pas nous ? ». À la veille des élections, les présidents se laisseront forcer la main, et, sur ce pied-là, c’est toute l’exception démographique française qui risque de marquer le pas en obérant encore le boulet des finances locales. « Laisse jaser, ma Ségo, comme dirait Besnehard, ce qui compte, ma p’tite, c’est de faire du neuf !» Et là, pour le coup, ça déménage : le vieux fond catho revisité Gisèle-Halimi : « Ô Marie, vous qui avez conçu sans pécher, faites que je pèche sans concevoir ! »

Allons, Arion, lève le pied du sarcasme. Chacun fait-fait-fait ce qu’il peut-peu-peu. Qui n’a pas sa verrue plantaire, son ognon, son ongle incarné ?  Et si tu dis que la gauche frétille sans mesure comme un mille-pattes, on te répondra que la droite danse à cloche-pied sans godillots.

Arion