Massive Attack au Zénith, la claque

Publié le 19 novembre 2009 par Wewowy

Mardi 10 novembre 2009 – En mission commandée pour NIO,  je me faufile au milieu des milliers personnes rassemblées dans la fosse du Zénith de Paris pour assister au grand retour du groupe made in Bristol, créateur de la mouvance trip-hop. C’est une première pour moi et je veux être aux premières loges pour recevoir le baptême. De l’avis de tous, Massive Attack est l’archétype de la musique qui ne s’écoute pas mais qui se vit, qui se ressent, et à laquelle on s’abandonne corps et âme. Qu’à cela ne tienne, je suis prêt! Enfin je croyais l’être… jusqu’à ce que le concert ne commence. 

Ceci et une tentative très personnelle de vous faire vivre 5 mn de ma « Near Death Experience»  musicale. Montez le son, bouclez vos ceintures et lisez la suite.

Mise en scène de l'une des chansons du live by JR

La scène du Zénith est baignée d’une lumière rouge rasante qui joue avec les nappes de fumée en suspension et transforme les musiciens en ombres. Des traits de lumière rappelant des projecteurs de miradors crèvent la pénombre et posent le décor. Les premières notes de musique brisent le silence. Une ligne de basse sourde, puissante, linéaire, qui résonne au plus profond de moi. Un premier contact physique avec la musique. Le sol vibre sous mes pieds et je sens sur mon visage le souffle du mur d’enceintes de 10m de haut qui crache ses décibels. Une batterie claque, puis des percussions, auxquelles se mêlent des sonorités quasi-industrielles. La magie opère, une magie noire et obscure. Le public ne réagit pas. Une armée de zombies, comme hypnotisés par la voix d’outre-tombe de Daddy G et la voix monocorde de 3D qui entament leurs mélopées. Le chant cristallin de Martina Topley-Bird contraste avec la musique dure et froide et achève de rendre l’atmosphère irréelle. Soudain, un gigantesque mur de LED s’anime en fond de scène, projetant des séries de chiffres, comme autant de messages subliminaux qui viennent rappeler l’engagement politique du groupe et mettre en parallèle les ravages de la pauvreté dans le monde et les excès des pays riches rattrapés par la crise.

1$ : prix d’une dose de traitement contre la malaria en Afrique du Sud
2$ : salaire moyen par jour au Soudan

La musique s’intensifie, et la lumière saccadée des chiffres qui se muent en nombres éclaire le visage des spectateurs plongés dans un état second, emportés par cette musique qui nous fait planer comme dans un rêve. L’excellente section rythmique de Massive Attack fait monter la pression, note après note, avec une application méthodique.

100$ : salaire mensuel moyen d’un médecin en Ethiopie

La machine est lancée et la puissance qu’elle développe est fascinante. Le public se réveille, un frisson parcours l’auditoire, il se passe quelque chose d’électrique qui nous prend aux trips et nous relie les uns aux autres. Les deux batteries du groupe montent en puissance, la basse se fait plus pressante, presque oppressante. Le public entre en transe quand le reef de guitare saturée explose. Les 0 s’ajoutent les uns aux autres et finissent par couvrir toute la largeur de la scène pour former des nombres obscènes qui défilent de plus en plus vite.

300 000$ :  dépenses personnelles des députés britanniques
10 000 000 000$ : coût de la faillite de Lehman Borthers

Je me sens submergé par un sentiment dérangeant difficile à identifier, oscillant entre plaisir et tristesse, entre fascination et dégoût, bientôt matérialisé par les 5 mots qui apparaissent en lettre de feu alors que la tension atteint son paroxysme : “LE PIRE EST A VENIR”.

Puis le tempo se fait plus lent. La salle se remet à respirer, les muscles se décrispent. En pleine descente, je reprends mes esprits mais le rêve que je viens de faire ma laisse un arrière-goût amère. J’ai l’impression d’avoir été trompé, abusé. J’ai été pris par surprise, submergé par de émotions auxquelles je ne m’attendaient pas. Cette alchimie particulière, c’est le secret du groupe britannique. Leur musique, en entrant en résonance, réveille en nous quelque chose de noir, d’obscure, de difficile à supporter. On entrevoit l’espace de quelques minutes la face cachée d’un monde que l’on préfère oublier au quotidien, par confort.

En définitive, Massive Attack n’a rien perdu de sa puissance et reste une « arme de réflexion massive»  qui en plus de donner du plaisir à son public par sa musique, n’a pas peur de le bousculer pour éveiller les consciences. 

 

 

Angelo Bruschini

Horace Andy

Martina Topley-Bird

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