Un mort pour un dollar

Par Tepepa
Dollar for the dead
1998
Gene Quintano
Avec: Emilio Estevez, William Forsythe, Joaquim de Almeida
Une sorte d'état de grâce dans le portnawak. Je vous épargne le scénario qui brode sur le légendaire trésor des confédérés. Concentrons nous sur LA scène de gunfight qui se déroule dans le saloon. Emilio Estevez vole. Il se retourne dans les airs. Il tire. Les hommes pleuvent. L'un d'eux chute, droit comme une pierre tombale après avoir été plombé derrière une porte. Un autre gars fait l'habituelle chute du haut d'un balcon sur une des tables de poker de la grande salle, le tout sous ce fameux opéra de Rossini. Une colombe s'envole au ralenti. En fait, non, aucune colombe ne s'envole au ralenti, mais c'est tout comme. Les mecs en bas sont vénères et montent à leur tour trouer la peau d'Emilio. Celui-ci passe à l'étage en dessous en sciant le plancher à coup de flingue. Oui, c'est très con. On sait que c'est con, et le réalisateur sait qu'on sait que c'est con, et on sait que le réalisateur sait que l'on sait que c'est con, et pour bien nous montrer qu'il sait qu'on le sait, il fait faire un clin d'œil à Emilio à notre adresse, puis il aligne cinq gus à l'étage du dessous qui savaient à l'avance semble-t-il, qu'Emilio allait filer à la Tex Avery. Qu'à cela ne tienne, Emilio plonge derrière le bar, dégomme la rotule de chacun, glisse sur le comptoir et tire à tout va et multiplie les roulades non pas pour éviter les balles, mais les mecs qui tombent. On croit avoir tout vu, mais il reste à Emilio à se sortir du saloon en vidant ses flingues sur un gars, qui traverse la fenêtre suivi au centimètre par Emilio. Ses flingues crachent comme des Uzi. Une fois dehors, on pense à cette scène du MagnifiqueBelmondo descend cinq types en tirant une seule fois dans un arbre. Emilio fait encore mieux. Il tire à travers la porte du Saloon, trois type tombent. Il tire à travers une fenêtre, deux types y passent. Rossini se fait toujours entendre et c'est achement beau. Après avoir plombé les quelques fenêtres qui restaient avec quelques types encore vivants derrière, Emilio finit par s'en aller. Merde, la scène est finie.
Nulle part ailleurs dans le film Gene Quintano ne réussira à aller aussi loin. La scène finale où tout le monde s'entretue n'a pas folie, la même absence de retenue dans le délire irréaliste. La scène inaugurale, pourtant déjà bien relevée en terme de glissades et de tirs par derrière sans regarder, n'était qu'une introduction. Le gunfight sous l'église est beau, avec ses jets de poussière d'or qui étincellent sous la lueur des torches, mais ne va pas assez loin.
Mais cette scène dans le saloon, c'est la preuve d'un amour fou pour le cinéma de Quintano et de
Tony Anthony, le producteur. Un amour fou qui ne s'embarrasse pas de construire un film autour, un amour fou qui a les moyens de ses idées extravagantes mais qui se moque de soigner la mise en scène, la direction d'acteur, le scénario. A la fin, alors qu'au bas mot trois cent cinquante personnes viennent de mourir, deux des survivants sortent des phrases pompeuses pour dire que la violence c'est pas beau. On est bien obligé de rire. On retrouve tout le western italien dans Un mort pour un dollar: les cache-poussières, les bastons, la musique sifflée, la violence exacerbée, une mitrailleuse dans un cercueil. On retrouve tout le western américain aussi, les longs dialogues et les putes à la Peckinpah, le héros qui devient bon, révélé par un prêtre, la rancune du Sud, la tentation de la vie familiale, l'amitié. Et c'est sans doute parce que je viens d'en voir pas mal, mais toutes ces glissades, ces cascades spectaculaires, je préfère les rattacher à Tom Mix et Yakima Canutt plutôt qu'au cinéma de Hong Kong. Un mort pour un dollar, c'est donc une digestion de tout le western mondial qui aurait mal tournée. Une vomissure éclatante qui donne le haut le coeur et qui fait marrer, mais qui fait bien plaisir quand même! Un euro dans n'importe quelle brocante, à ne pas manquer!

Le même film décrit par Flingobis, mais avec moins de talent.