Magazine Culture

Coup tordu

Par Lukasstella

Un changement de perspective utilisant des pratiques révolutionnaires, anarchistes,
marxiennes, dialectiques, situationnistes, écologiques, psychanalytiques,
constructivistes radicales, sceptiques, pragmatiques, situationnelles...

TANT QU'IL Y AURA DES BOUILLES...
La ZAD de Sivens dans le Tarn, une expérience libertaire
Yannis Youlountas

ÉLOGE DE L'OISIVETÉ
Bertrand Russell, 1935 (extraits)

CONTROVERSE SUR LA SOCIÉTÉ DU SPECTACLE
Lettre de Jean-Pierre Voyer à M. Bueno, 1998 (Extrait)

L'ANARCHISTE OMAR AZIZ
et l'auto-organisation dans la révolution syrienne
Leila Shrooms, Tahrir-ICN, août 2013 (suivi de "Repose en victorieux",
"Auto-organisation dans la révolution du peuple syrien",
"Un anarchiste syrien conteste la vision binaire rebelle/régime de la résistance").

A ROADMAP TO A JUST WORLD "Une feuille de route vers un monde juste, le peuple ranimant la démocratie",
Discours de Noam Chomsky au DW Global Media Forum, Bonn, Allemagne, juin 2013

L'INVENTION DE LA CRISE, Daniel Durouchoux, Échanges, la revue des dirigeants financiers,
Commentaire de
Lukas Stella, juillet 2012

PAR-DELÀ L'IMPOSSIBLE, Raoul Vaneigem, avril 2012

ET PUIS APRÈS ?Paul, mars 2012

CHOISIR SON MAÎTRE N'EST PAS UNE LIBERTÉ,Lukas Stella, mars 2012

LE MOUVEMENT DES OCCUPATIONS AUX ÉTATS-UNIS , Interview de Ken Knabb, novembre 2011

Dans la crise généralisée de la pourriture marchande,
LE TERRORISME D'ÉTAT EST L'ARME DE GUERRE CENTRALE
DU GOUVERNEMENT DU SPECTACLE MONDIAL,
L'internationale, juillet 2011

POUR UNE NOUVELLE INTERNATIONALE,Message d'une insurgée grecque, décembre 2008

LETTRE OUVERTE DES TRAVAILLEURS D'ATHÈNES À SES ÉTUDIANTS,Des prolétaires, décembre 2008

L'ÉTAT N'EST PLUS RIEN, SOYONS TOUT (extraits) Raoul Vaneigem, juillet 2010

Le logo du FN est une copie conforme du logo du MSI. LES FACHISTES S'AFFICHENT EN SE CACHANT !
Les origines historiques du Front National, quelques extraits de"Fascisme et grand capital" de Daniel Guérin,
de Guy Debord et de Raoul Vaneigem.

LA MORT À PETITES DOSES PREND SON TEMPSLukas Stella, mars 2011

TOURNANT INSURRECTIONNEL, À Londres comme partout, prenons l'offensive !
Guitoto, mars 2011

COLÈRE ET INDIGNATION, Communiqués CRIIRAD du 23 et 25 mars 2011 (extraits)

COMMUNIQUÉS DE L'OBSERVATOIRE DU NUCLÉAIRE (extraits), mars 2011

NOUS VOULONS VIVRE, Dan depuis la prison de la Santé, février 2011

DE TUNIS, UN VENT DE LIBERTÉ

ENTREVUE AVEC UN ANARCHO-COMMUNISTE
SUR LA PLACE DE LA LIBERTÉ AU CAIRE
, février 2011

RÉVOLUTION EN TUNISIE, En avant ! En avant !Parti Communiste-Ouvrier d'Iran

ALGÉRIE, 5 suicides par le feu en 5 jours

LA RÉVOLUTION MÉDITERRANÉENNE NE FAIT QUE COMMENCER , janvier 2011
Le régime de Ben Ali au bord de la rupture.
Les biens de la famille du président Ben Ali attaqués et pillés.

TUNISIE, les miliciens de Ben Ali font régner la terreur, Radio Kalima, janvier 2011
Massacre en Tunisie, plus de 80 morts - L'armée fraternise avec les manifestants...

ALGÉRIE, La chasse aux jeunes est lancée. Un jour, bientôt, ils vous chasseront !
Yahia Bounouar

STRATÉGIES À L'USAGE D'INVENTEURS D'INCROYANCES, Lukas Stella
"Stratagèmes du changement", Chapitre VIII, 2008
(Paru auxÉditions Libertaires / Courtcicuit-diffusion, FNAC...)

COURTE ADRESSE A TOUS CEUX QUI SE FIGURENT ENCORE
QUE L'ON POURRAIT GERER PLUS HUMAINEMENT
LA MERDE CAPITALISTE AU LIEU DE LA SUPPRIMER !
Gustave Lefrançais, juillet 2010

AU SECOURS ! Dans la société française,
80% des gens normaux sont des malades mentaux
, Paul, mai 2010

REFUSONS LE PIÈGE DE LA DETTE, Dominique Plihon, février 2010
Addendum inventin, Jean de Maillard, février 2010.

CONVERSATION (extraits), Raoul Vaneigem, Septembre 2009

DIX FOIS PLUS DE PASSIONS, Claude GUILLON
Sexpol N°5 du 15 octobre 1975

TACTIQUES OPÉRATIONNELLES, Lukas Stella,
"Stratagèmes du changement", Chapitre VI, 2008

CROYANCES OBJECTIVES, CAPACITÉS RÉDUITES, Lukas Stella
"Stratagèmes du changement", Chapitre V, 2008

NOUS SOMMES LE MONDE EN DEVENIR, Lukas Stella, août 2009

IMPERCEPTIBLE CONDITIONNEMENT, Lukas Stella,
"Stratagèmes du changement", Chapitre IV, août 2008

APPEL À LA DÉSOBÉISSANCE CIVILE, Raoul Vaneigem, avril 2009

CONFÉRENCE DE HEINZ VON FOERSTER (extrait)

SUR LA SÉMANTIQUE GÉNÉRALE, Kourilsky-Belliard, Edward T. Hall, Alfred Korzybski, A.E. van Vogt,
Bernard Wolfe, Gregory Bateson (extraits)

L'HOMME UNIDIMENSIONNEL, Herbert Marcuse, extraits de la préface, 1967

ÉCRAN DE FUMÉE SUR POLLUTION, Lukas Stella, 2006

SANS RÉSISTANCE NI DÉPENDANCE Jules Henry et Léon Léger,
Les hommes se droguent, L'état se renforce, 1974 (Extraits)

LA FONCTION DE L'ORGASME (extrait de l'introduction) , Wilhelm Reich, 1945

SURENCHÈRES SÉCURITAIRES, Raoul Vaneigem, 2004

GUY DEBORD, Préface à la quatrième édition italienne de "La société du spectacle", 1979 (Extrait)

ALBERT EINSTEIN, Lettre à Schrödinger, 1935

Inventin, 2006

Lukas Stella, 2006

DÉPHASAGE, La machine à réduire, Lukas Stella
(extrait de la brochure "Abordages informatiques"), 2002

(extraits)

LE RÊVE DE LA RÉALITÉ Heinz Von Foerster et le constructivisme
Lynn Segal, 1988 (Extraits)

Barbacha - Iberbacen, en Tamazight - est une région de la petite Kabylie, autogérée par ses habitant-e-s. depuis fin 2012. " Barbacha n'est qu'une petite mechta laissée à l'écart de toutes les richesses de l'Algérie, résume Da Taieb, un ancien de la commune. C'est un bled pauvre, situé dans une zone montagneuse. On n'a pas de pistes, pas de routes. " Comme dans d'autres régions, les paysan-ne-s et les ouvrier-e-s de Barbacha se battent au jour le jour pour pouvoir mener une vie digne face à toutes les formes d'exploitation et d'oppression que leur imposent l'État et le capitalisme. Mais à Barbacha, autre chose s'invente aussi. Les 27 000 habitant-e-s de ces 34 villages s'auto-organisent en effet à travers l'Assemblée générale ouverte (AGO) de la population d'Iberbacen installée dans un bâtiment occupé collectivement. " Nous, à Barbacha, on a créé cette maison pour protester contre ce système qui nous écrase sans arrêt. Le système qui nous gouverne actuellement est pourri ", résume Da Taïeb. Lui et quelques autres nous ont accueillis en février 2014, nous ont raconté leur histoire et transmis des archives. Voici quelques esquisses de ces chemins tracés par le peuple de Barbacha. Des pistes pour toutes celles et ceux combattant pour l'émancipation partout dans le monde.

Une tradition d'insoumission et d'autonomie

La région de Barbacha se place dans la continuité des résistances berbères à toutes les colonisations. Et dans celle des combats pour la culture et la langue Tamazight. Elle s'inscrit dans la longue histoire des luttes du peuple kabyle pour l'autonomie et l'indépendance. La région cultive ainsi des pratiques d'entraide et de solidarité, d'insoumission et d'insurrection qui se transmettent de génération en génération. " C'est un mouvement qui est né en 1979. Et ce combat pour la culture, pour la langue, pour tout, continue. Parce qu'on n'est pas indépendants ! ", affirme Da Elhamid, un ouvrier de Barbacha-centre.

Comme la plupart de la Kabylie, la région s'est soulevée en 2001. Outre l'obtention de droits culturels, ces révoltes ont permis aux habitant-e-s de se débarrasser de nombreux commissariats et gendarmeries qui entravaient toute forme de lutte et de vie sociale autonome.

En plus du harcèlement, du racket et des brutalités systématiques, l'État algérien applique de longue date à la Kabylie une stratégie de la tension basée sur le meurtre et l'enlèvement de civils, une forme de contre-insurrection permanente. Face à ce régime d'exception, le peuple ne se laisse pas faire. En 2001, il expulse ainsi les forces policières et militaires de la région de Barbacha et incendie leurs locaux. Mabrouk, un professeur d'anglais de la Commune, explique que la population est alors restée treize ans sans services de sécurité, ni gendarmerie, ni police. Treize ans pendant lesquels il ne s'est commis aucun délit ou infraction. Amazigh, un jeune de la région estime ainsi que la gendarmerie " ne sert à rien. Au contraire, elle opprime. Elle est pas là pour notre sécurité. Depuis douze ans, on s'est organisés en comités de villages. Chaque village assure sa sécurité, par ses habitants ". C'est dans cette expérience d'auto-défense collective qu'ont émergé de nouvelles formes d'auto-organisation communale. Mabrouk développe : " On s'est organisés. Chaque village doit avoir un responsable. Et les gens du village s'organisent ensemble. S'il y a un ennemi qui veut entrer, on va faire un poste de sécurité, de nuit, on va s'organiser avec l'aide de tout le monde, avec des équipes. " Il raconte qu'au bout de quatre ans, les gens ont pris l'habitude de vivre sans ces équipes de sécurité. " Mais dès qu'il y a un problème, tout le monde va venir, tout le monde va s'organiser et lutter. " À Barbacha, il n'y a pas non plus de tribunaux d'État : la justice est rendue selon le modèle traditionnel des Aarchs, les conseils des sages.

La fermeture de la Daïra et son remplacement par l'Assemblée générale ouverte

Le conflit direct avec l'État algérien et ses structures est reparti de plus belle durant la préparation des élections municipales de novembre 2012. À cette époque, le wali (préfet) Hemmou Hmed Et-Touhami refuse en effet d'enregistrer la liste du PST soutenue très largement par les habitant-e-s de Barbacha. Ces derniers décident alors de se battre pour qu'elle soit enregistrée. Et ils obtiennent gain de cause. Aux élections du 29 novembre, le PST recueille finalement 39 % des voix, avec six élus sur quinze. En clair, la liste est majoritaire. Sauf que les quatre autres partis en lice nouent alors une alliance pour imposer un autre maire, Benmeddour Mahmoud, du RCD3. Et ce, malgré l'existence d'une loi stipulant qu'il revient à une liste ayant obtenu plus de 35 % des suffrages de proposer le nouveau maire. L'élection se tient sans même la présence des membres de la liste PST, qui n'ont pas été prévenus. Cette " honteuse alliance ", comme l'ont nommée les habitant-e-s de Barbacha, réunit le RCD, le FLN4 et le FFS5, partis censés être en opposition dans leur lutte pour le pouvoir d'État.

La population de Barbacha se soulève alors contre cette manipulation. Elle ferme la Daïra, puis la mairie, et réquisitionne collectivement la salle des fêtes pour créer l'Axxam n Caâb - la maison du peuple - où se réunit depuis lors l'Assemblée générale ouverte (AGO) des villages de Barbacha. Une banderole y trône : " Vive la lutte, car seule la lutte paye ".

Au sein de cette assemblée, seuls l'alcool, les drogues et " le manque de respect " sont interdits par décision collective. Da Taïeb explique le fonctionnement : " Dès qu'il y a un problème, on se réunit, on prend des décisions, notre parole passe, c'est notre force, la loi du peuple. [...] Cette maison, on l'a acquise avec nos forces. Personne ne peut la fermer, et ici on parle de ce qu'on veut, on dit ce qu'on veut. Pas question que quelqu'un nous marche sur les pieds. " Da Elhamid, le soudeur, ajoute : " Tout le monde a le droit à la parole. Et y a des gens qui sont là, qui sont volontaires, c'est la démocratie, la vraie démocratie, parce que ça vient du peuple. [...] On s'organise pour les marches, pour les cotisations, pour tout tout tout. Il faut toujours combattre. "

Mabrouk, un professeur d'anglais d'une trentaine d'années, précise : " On lutte contre la corruption, pour la dignité du peuple. " Face au " pouvoir d'État " qui les décrit comme " une mafia de jeunes qui passent la nuit dans une maison ", Mabrouk explique que viennent à l'Axxam n Caâb " des paysans, des intellectuels, des artistes ". " C'est un endroit libre à 100 % : y a pas un courant, soit religieux, soit politique, à l'intérieur de cette maison, il n'y a pas les idées de PST ni de l'alliance ni de FFS, mais celles des paysans, des habitants. " Après chaque assemblée, quelqu'un prend en charge l'écriture d'un communiqué qui est dispatché aux prisons, aux citoyens, et affiché sur tous les murs des villages de la commune. Il est même envoyé aux services de sécurité. " Parce qu'on fait pas ça en cachette ! ", confie Mabrouk.

Peu à peu, l'Assemblée générale ouverte des habitant-e-s de Barbacha remplace la gestion centralisée et autoritaire de la mairie. Se limitant d'abord à la lutte contre l'État, elle s'étend peu à peu vers différents domaines de la vie collective. Un cheminement par la base ancré dans une histoire particulière.

Autonomie de la lutte et lutte pour l'autonomie

C'est dans le combat contre l'installation du maire frauduleux par l'État et les grands partis que s'auto-organise la Commune de Barbacha. Alors que l'escroc tente de s'installer à l'APC (Assemblée populaire communale, c'est-à-dire la mairie), accompagné d'un huissier de justice, la foule se rassemble une première fois pour l'empêcher d'y accéder. Résolus à régler définitivement le problème, les habitant-e-s décident de bloquer tout accès à la mairie. Des centaines d'entre eux, y compris des militants du FFS et du RCD en désaccord avec les élus de leurs partis, se mobilisent jour et nuit, occupant et bloquant tous les services municipaux (état civil, etc.) et interdisant la moindre réunion des élus fantoches.

" L'intérêt de la commune, qui est dans un état de stagnation, passe avant tout autre intérêt, et notre intérêt aujourd'hui est de remettre Barbacha sur ses rails ; ceci passe simplement par la démission de tous les élus ", annonce le deuxième communiqué de l'AGO (30 décembre 2012). Le communiqué n°3 pointe, quant à lui, les stratégies de pourrissement exercées par l'État à l'encontre de la population, afin de créer des divisions parmi les mobilisé-e-s. Ce texte appelle à la fois à la dissolution de l'APC, à la nomination d'un chef de Daïra provisoire pour gérer les affaires administratives et à un rassemblement le 5 janvier au siège de la Wilaya à Béjaïa. L'assemblée signe " Aux peuples et populations du monde luttant pour leur réelle souveraineté : bonne et heureuse année 2013 de luttes solidaires et d'acquis. "

Pour se rendre à Béjaïa, il faut parcourir une quarantaine de kilomètres. Pas tout à fait la porte à côté. La manifestation du 5 janvier 2013 réunit pourtant plus d'un millier de personnes. Les protestataires bloquent l'une des principales artères menant à Béjaïa pour exiger l'organisation de nouvelles élections. Cette manifestation marque aussi le début de l'implication effective des habitant-e-s d'autres communes dans d'autres wilayas. Une solidarité d'autant plus précieuse que des procédures judiciaires ont été lancées contre des militants accusés de bloquer la mairie.

Le communiqué n°4 montre que dans cet espace d'autonomie des luttes, émergent de nouvelles formes d'organisation collective :
" Inscrivant son combat dans la durée, l'AG [...] a formulé les propositions suivantes :
* Renforcement de son auto-organisation par l'intégration de plus de délégués et de volontaires de tous les villages et [par] leur répartition en commissions, en fonction des tâches à accomplir et des revendications à arrêter et à prendre en charge ;
* Meilleure organisation des actions de volontariat concernant la vigilance et la garde, le ramassage des ordures, notamment au niveau de Suq n Tlata ;
* Prise en charge des pannes survenant dans les différents réseaux : d'alimentation en eau potable, d'assainissement, d'éclairage public, etc. ;
* Animation scientifique et culturelle des soirées, après les travaux de l'AG ;
* Mise en quarantaine des élus de la honteuse alliance avec exigence de leur démission dans un délai de 24 heures, dénonciation de leurs commanditaires et appuis, ainsi que [de] tous les auteurs des différentes tentatives de manipulations - instrumentalisations et intimidations de lycéens (et autres élèves) et travailleurs communaux ;
* Construction d'une grève générale et autres actions d'envergure. "

Dès lors, l'Assemblée générale ouverte n'est plus seulement un lieu d'organisation de la lutte et de la résistance. Elle devient quotidienne et prend en charge différents aspects du fonctionnement de la commune : collecte des déchets, distribution du gazole dans les écoles, nettoyage... Mabrouk, le professeur d'anglais, évoque aussi les travailleurs de l'APC qui n'ont pas été payés depuis quatre mois : " Il y a des gens qui ont quatre, cinq ou six enfants. Pour s'occuper d'eux pendant quatre mois, on s'est organisés pour trouver de l'argent et de la nourriture, répondre à leurs besoins... Il y a en outre des malades qui ont besoin d'un passeport pour se déplacer en France ou en Belgique pour des soins, et on a aussi pris ça en charge. De même que le fonctionnement des écoles, avec du gazole, avec des cantines. " Des commerçants et des habitant-e-s se sont même cotisés pour financer certain projets, raconte Mabrouk : " C'est comme ça qu'on a travaillé jusqu'à aujourd'hui. Il y a toujours des assemblées, c'est un travail de solidarité. On veut faire une APC du peuple et non une APC du pouvoir. "

Cette prise en main collective de l'organisation de la commune entraîne une forme de radicalisation révolutionnaire. Dans sa " Lettre ouverte à toutes et à tous " du 22 janvier 2013, l'AGO énonce :
" Nous ne ménagerons aucun effort pour jeter tous les ponts nécessaires à l'élargissement de notre mouvement à tout le peuple algérien en lutte pour une vraie révolution sociale émancipatrice, à même de fédérer nos multiples mécontentements, ô combien légitimes, et nos actions. À Sidi Buzid ... ce fut le suicide. À Barbacha... c'est une étincelle d'espoir qui se déclencha. "

Le 26 janvier 2013, les six élus légitimes du PST et l'élu RND démissionnent et remettent leurs mandats à l'Assemblée pour pousser à la dissolution de l'APC et provoquer la tenue de nouvelles élections. L'Assemblée décide aussi de réclamer la démission de toute la préfecture. Dans son communiqué n°6 du 29 janvier 2013, elle appelle la population de Barbacha et " toute personne convaincue de la justesse de notre combat, d'où qu'elle vienne " à une grève générale sur le territoire de la commune le 31 janvier, avec " fermeture de tous ses accès entre minuit et seize heures ". Elle conclut le communiqué sur ces mots : " Vive le peuple organisé et conscient. Vive la solidarité populaire. Nous sommes en marche. "

Mais le 30 janvier, le local du FLN est incendié. Se revendiquant d'une stratégie qu'elle appelle " pacifique ", l'AGO condamne cette action dans laquelle elle perçoit une provocation de l'État pour justifier la répression. Le communiqué n°7 du 30 janvier 2013 proclame ainsi :
" Nous disons à tous les hamhamistes, ennemis du bas peuple, que ce genre d'actes ne fera que renforcer notre détermination à vous combattre, vous et vos commanditaires, jusqu'à la victoire. Notre combat n'est ni tribal, ni individualiste. C'est une vraie lutte de classes qui se déclenche à partir de Barbacha. C'est la volonté du peuple contre la volonté du pouvoir bourgeois et mafieux qui, au lieu de se mettre au service de ce peuple d'en bas, s'offre en valet du capitalisme mondial et impérialiste. "

Le régime d'exception appliqué de longue date à la Kabylie et les régimes de terreur répressive déployés durant les printemps berbères et les années 1990 ont laissé des cicatrices indélébiles dans le rapport qu'entretiennent les mouvements de lutte algériens avec l'usage de la violence. À Barbacha, la majeure partie de la population - qui avait participé à incendier les commissariats treize ans plus tôt - semble préférer les occupations et blocages des bâtiments, routes ou villes ainsi que les marches massives et la grève générale. Mais dans les débats entre habitants auxquels nous avons assisté, les partisans de l'insurrection armée, bien que minoritaires, ne sont pas stigmatisés ni mis à l'écart ; ils sont respectés dans leur parti pris et sont intégrés à la lutte. Il semble que prédomine une volonté de minimiser l'emploi de formes de violence les plus récupérables par le pouvoir et les plus susceptibles de justifier la remilitarisation du territoire, tout en assumant complètement toutes les formes de l'action directe offensive lorsque la situation le nécessite. C'est par exemple la position d'un jeune anarchiste de Barbacha, très impliqué dans l'Assemblée et qui préfère ce qu'il appelle la " non-violence ", " même si dans mes interventions au sein du mouvement, je défends parfois l'idée d'utiliser la violence, comme par exemple de faire brûler les urnes le 17 avril prochain [date des élections présidentielles]. J'y vois l'expression des séquelles psychologiques des mouvements passés, comme celui de 2001. Le fait de voir un gendarme nous donne l'envie de tout brûler ", résume-t-il. À Barbacha, ces débats semblent nourrir le mouvement plutôt que de le diviser.

Le 11 février, des opposants minoritaires à l'AGO tentent une nouvelle fois d'entrer dans l'APC pour réinstaller le maire " mafieux ", mais ils en sont encore empêchés par la population qui bloque l'accès à la mairie. En réaction, l'Assemblée appelle à un nouveau rassemblement devant la Wilaya le 17 février. Le préfet consent alors alors à rencontrer les représentants de l'AGO et du PST. Lors de cette réunion, la décision est prise de rouvrir la daïra, mais sans son locataire officiel, et de confier des pouvoirs administratifs limités au Secrétaire général de la Daira, Toufik Adnane. Ce dernier est chargé par l'Assemblée de gérer les " affaires courantes de la commune ", c'est-à-dire principalement les dossiers administratifs, le paiement des employés municipaux ainsi que la délivrance des actes de naissance et de décès (dont la population a besoin pour faire valoir ses droits). En conséquence, les représentants de l'AGO décident d'annuler le rassemblement prévu pour le 17 février. Mais ils prévoient une nouvelle marche " pacifique " et un campement devant le siège de la wilaya le 24 mars.

Ce dimanche 24 mars marque un tournant. Face aux 2 000 manifestants bloquant le siège de la wilaya à Béjaïa, le Wali fait donner la police anti-émeute, laquelle intervient avec une extrême brutalité, blessant plusieurs personnes - un jeune a même les jambes brisées.

Vingt-quatre personnes sont arrêtées, dont Sadeq Akrour, le maire PST, qui n'est relâché, la tête bandée suite aux coups reçus, qu'au bout de 24 heures, grâce à la pression et sous les acclamations de centaines de personnes venues attendre sa sortie. Ce 25 mars, l'AGO décrète une nouvelle fois la grève générale à Barbacha pour aller chercher les camarades arrêtés la veille à Béjaïa.

L'émotion est considérable en Kabylie comme dans tout le pays. D'autant qu'au même moment se répand la nouvelle que le gouvernement fait donner la police contre des manifestations de chômeurs qui se développent dans le sud. " C'est ainsi que, tout en luttant pour la libération sans conditions de nos six camarades concernés par le contrôle judiciaire, il est plus que jamais urgent de trouver les nouvelles formes de luttes à même d'imposer l'aboutissement des dites revendications principales ", pose le communiqué n°20 du 26 mars.

La mobilisation ne faiblit pas. Dimanche 31 mars, des centaines d'habitant-e-s de Barbacha manifestent à nouveau devant le tribunal de Béjaïa où six des leurs doivent comparaître. Ils exigent l'annulation des poursuites judiciaires. Et ils annoncent pour les jours suivants des initiatives nationales afin d'imposer la dissolution du conseil municipal et de nouvelles élections. L'AGO appelle ainsi à la grève générale à Barbacha et à un rassemblement devant le tribunal de Béjaïa pour le 9 avril, date du procès des 24 arrêtés. Plus de 1 000 manifestant-e-s se rassemblent devant le tribunal pour protester et la grève générale est massivement suivie.

Tout cela pousse la population à développer encore les formes de son auto-organisation. Le communiqué n°23 du 11 avril 2013 énonce ainsi :
" Le chemin est encore long et difficile. Pour cela, le renforcement de l'auto-organisation de la population doit être notre tâche permanente : consolider les comités de villages existants et en mettre sur pied de nouveaux dans les villages et quartiers non encore organisés. Car si la reprise relative du fonctionnement de la Daïra et de la Mairie constitue une avancée importante de notre combat, le développement réel de notre Commune demeure notre objectif stratégique. [...] C'est là notre vraie bataille : mine de Buâmran, mini-barrages, gaz de ville, lycée, CEM de Tibkirt, RN 75, chemins de wilaya et communaux, téléphone et internet, engins, agriculture et forêt, jeunesse et loisirs, etc. Une vraie synergie du peuple d'en bas est plus qu'indispensable pour aller de l'avant et réussir ce chantier. "

Les 19 et 20 avril, l'Assemblée se charge d'organiser les festivités de commémoration des printemps berbères de 1981 et 2001. C'est dans ce contexte qu'émerge et se renforce l'idée qu'une assemblée populaire est le meilleur et le plus légitime moyen de régler les problèmes des habitant-e-s. et d'améliorer collectivement leurs vies. Dans son communiqué n°26 du 20 mai 2013, l'AGO fait ainsi part de sa conviction que la nomination du Secrétaire général à la gestion de la Daïra n'apporte pas les solutions attendues par la population. Et l'Assemblée de dénoncer " toute tentative de vouloir réhabiliter le maire de l'alliance et son équipe, en vue de les mettre aux commandes de notre glorieuse commune ". À juste titre : le 22 mai, Mohamed Benmeddour, son équipe et les membres de l'" alliance " tentent une nouvelle fois d'entrer dans la mairie. Mais ils en sont encore chassés par la foule. L'Assemblée se prononce pourtant en faveur d'une concession : la réouverture de la mairie. Il s'agit autant de gérer les " affaires courantes " que de faire taire " les détracteurs ".

Durant l'été, la wilaya bloque les pouvoirs de signature du Secrétaire général - les seuls financements qu'elle laisse à sa disposition sont ceux pour " une clôture " destinée à protéger la daïra ainsi que des moyens pour réinstaller une gendarmerie. L'Assemblée générale met alors en cause la mauvaise volonté de la Wilaya, soulignant que la population a de son côté accepté de faire des concessions (la réouverture de la mairie notamment). Dans son Appel du 21 septembre, l'AGO dénonce ainsi : le fonctionnement réduit à son strict minimum des services communaux ; le fait que les travailleurs communaux reçoivent leur traitement au compte-goutte, quand ils ont la chance de le toucher après des mois de retard ; le refus de la wilaya d'approuver le budget de 2013 (ce qui bloque la trésorerie communale) ; la mise à l'arrêt de tous les chantiers, notamment celui du lycée ; la fin du ramassage scolaire (car les transporteurs en charge de cette mission n'ont pas été payés, tout comme les fournisseurs pour les cantines scolaires) ; le " squat des locaux communaux par la gendarmerie "...

Il faut finalement attendre le 1er octobre pour que le Secrétaire général soit enfin autorisé par le ministre de l'Intérieur à répartir le budget et à payer les employés communaux. Mais durant tout l'automne 2013, l' " honteuse alliance " tente encore plusieurs fois de se réinstaller à la mairie. À chaque fois, le peuple de Barbacha, soudé et déterminé, l'en empêche. Pour faire entendre l'écrasante opposition de la population à l'installation de ce maire, un grand meeting populaire est organisé le 29 novembre 2013. Un millier d'habitant-e-s y participent, votant à main levée contre " l'honteuse alliance ". " Sur plus d'un millier de personnes, répondant à notre appel, seules trois mains, et encore (une par ironie), se sont levées en guise d'approbation de l'installation du fameux maire de la honteuse alliance RCD-FLN-FFS, Mohammed (dit Mahmoud) Benmeddour, que nous avions généreusement invité à y prendre la parole. Ce fut un vrai référendum digne d'une réelle démocratie populaire directe, jamais connue ailleurs ", constate le communiqué n°32 du 6 décembre 2013.

La lutte ne plie pas. Mais les revendications en direction de l'État et des pouvoirs publics pour l'arrêt des poursuites judiciaires, la dissolution de l'APC et le versement de fonds destinés à développer la commune n'obtiennent pas pour autant gain de cause. Des perspectives plus radicales émergent alors parmi la population.

Et si l'assemblée populaire remplaçait définitivement la mairie ?

Le combat pour de nouvelles élections et pour la mise en place d'une mairie " légitime " s'accompagne de nombreuses concessions. À commencer par le retour de la gendarmerie, même si celle-ci est tenue à l'écart de la commune et se garde bien de tout conflit. Mabrouk confie que l'État a justifié la réinstallation de la gendarmerie comme une mesure de protection des populations contre le " terrorisme ". De son côté, Da Elhamid précise qu'il y a encore peu de temps, les gendarmes nous auraient embarqués pour cette discussion : " Y'a rien de changé, c'est toujours le même système, parce que même les gendarmes, c'est des gendarmes coloniaux. "

Une mairie, même d'extrême gauche et sincèrement engagée pour les habitant-e-s, ne peut rien faire qui change radicalement la vie des gens. Elle reste un gestionnaire, une hiérarchie, un maillon dans le réseau des pouvoirs de l'État et du capital. Elle représente le peuple parce qu'elle n'est pas le peuple. Le maire Saddek Akrour résumait ainsi le rôle attribué par l'État au PST lorsqu'il gérait la mairie pendant le mandat précédent : " Nous nous sommes retrouvés du coup comme courroie de transmission des deniers publics entre la rente pétrolière et les entreprises privées ". Dans ce contexte, et puisque les revendications de base pour le développement économique de la commune sont restées lettres mortes, un nombre croissant d'habitant-e-s prend conscience que l'Assemblée ne devrait pas se réduire à un outil de lutte, mais qu'elle pourrait devenir une structure d'auto-organisation politique, économique et sociale permanente.

À la fin du mois de décembre 2013, l'État n'a toujours pas satisfait les revendications pour lesquelles l'AGO avait concédé le retour du chef de la daïra. Le camp de celles et ceux qui pensent que l'Assemblée populaire devrait définitivement remplacer toute forme de pouvoir d'État s'en trouve encore renforcé. Da Taïeb, que nous rencontrons en février 2014, quelques semaines avant les élections présidentielles, résume ainsi sa stratégie : " Il faut détruire tout le système algérien. Il ne s'agit pas que de Bouteflika, de son ministre ou de son wali : il faut détruire tout l'État. Y a que les généraux qui vivent (bien) en Algérie, le peuple n'a rien. État riche, peuple pauvre ! C'est pour ça que le peuple se soulève. Pour retrouver ses droits. Parce qu'il y a moyen ! C'est la hoggra. Regardez, un député touche 35 millions par mois, plus les devises, plus le passeport international, alors qu'un employé de la commune perçoit seulement 15 000 dinars ! [...] Nous sommes des contestataires, nous souhaitons que les autres peuples qui sont marginalisés comme nous, viennent à notre aide, qu'on s'unisse, qu'on s'aide les uns les autres. " Il est coupé par son ami : " Ce qui nous intéresse, c'est pas les élections, c'est de rassembler [...] pour lutter contre ce système. " La réflexion sur les élections et les partis politiques a effectivement évolué parmi les habitant-e-s de Barbacha, qui ont inventé une manière de gérer elles et eux-mêmes leurs vies. La position du soudeur est claire : " Les partis, je les aime pas. Parce que les partis, tu pousses quelqu'un, une fois qu'il est en haut, ça y est, le roi est mort, vive le roi, c'est toujours ça. Parce que j'ai passé un moment dans les partis politiques, mais c'est pas intéressant, dès que quelqu'un s'élève, que ce soit un député ou un maire, une fois qu'il monte, ça y est, tu n'en entends plus parler, et le jour où il a besoin du peuple, il revient, il pleurniche. On va faire ceci, on va faire cela... et à la fin, y a rien du tout. Ces gens ne s'intéressent qu'au pouvoir et à l'argent. "

Face à l'État et au capitalisme qui ravagent son territoire et son existence, le peuple de Barbacha mène une lutte sans répit pour une vie digne. À travers des pratiques d'entraide et de résistance collective, il invente au quotidien les bases d'une société d'émancipation. Comme d'autres avant lui, au Chiapas notamment, il ne cherche pas s'emparer du pouvoir étatique, mais il le dissout, avec le capitalisme, dans des formes d'auto-organisation fédérées, des Communes. Comme les zapatistes, il sait que la solidarité est une arme lorsqu'elle coordonne des luttes entre elles. C'est la conclusion du soudeur : " Il faut lutter, là où on est. Si tout le monde lutte ensemble, en France, au Maroc, ici... on peut améliorer des choses. " Car le vieux Da Taïeb l'assure : " Seuls, les habitant-e-s de Barbacha, ne pourront pas les dégager. Alors on cherche à créer un grand mouvement, un bulldozer, pour les détruire. "

Les auteurs de ce texte ont également réalisé une vidéo sur le sujet (Réalisation: Matouf Tarlacrea).
http://www.youtube.com/watch?v=LIbKL3pQYcI

Depuis vingt ans que j'ai posé le pied dans le Tarn, tout en gardant l'autre à Athènes, je n'ai jamais vu se développer de projets libertaires de grande envergure dans ce département. Les initiatives importantes sont plutôt du genre Amap, sel, modèles économiques alternatifs, zones de gratuité, souvent à l'initiative du groupe Attac, assez actif et radical par rapport à beaucoup de ceux que j'ai pu rencontrer en tournant en France. Pas mal de mobilisations ponctuelles aussi, notamment sur des actions de solidarité, par exemple les alertes RESF. Mais rien de tout ça, jusqu'ici, n'était à proprement parler libertaire. Rien ne remettait profondément en question la relation au pouvoir au point d'envisager sa destruction et de repenser toute la société.

Tout a changé en un an. Oui, vous avez bien lu : un an seulement. Pourquoi ? Parce que l'expérience née de la nécessité a pris le relais des débats théoriques. Un vent vif, frais et fraternel souffle sur le Tarn, depuis la forêt de Sivens dans le nord-ouest jusqu'à la montagne Noire (joli nom, n'est-ce pas ?) au sud-est. Une résistance s'est progressivement mise en place, au point de faire sans forcément le dire ce que nous disions jusque-là sans parvenir à le faire.

Je ne vais pas revenir ici sur le projet de barrage proprement dit, ses décideurs hautains et leurs conflits d'intérêts sur le plan politique et financier, son parti-pris pour la culture intensive du maïs sur le plan économique et agricole, ou encore son désintérêt de ce que peut représenter une zone humide sur le plan écologique, notamment zoologique, aquatique et climatique. Je vous invite à aller jeter un œil directement sur les excellents sites des deux collectifs de lutte.

Deux collectifs, car cette lutte a une double histoire, en parallèle, qui a convergé ces derniers temps sans jamais totalement fusionner, et pour cause. Le collectif initial s'appelle Collectif pour la sauvegarde de la zone humide du Testet. Il est principalement animé par Ben Lefetey, un écologiste passionné doublé d'un homme de dossier qui déploie toute son énergie et sa minutie depuis trois ans pour motiver une opposition au projet de barrage en diffusant d'innombrables informations et arguments.
Le Collectif Testet, comme on le surnomme, c'est aussi un conseil d'administration, avec des personnes engagées par ailleurs, notamment à Attac, et souvent sympathisantes des principaux partis politiques situés localement dans l'opposition de gauche à la suprématie historique du PS (dont est membre Thierry Carcenac, le président du conseil général) : surtout le PG et EELV. Bref, même si les membres du Collectif Testet sont très généreux de leur temps, au fait des dossiers, actifs pour diffuser et relayer les infos, et prêts à pratiquer la grève de la faim et la désobéissance " civique ", on reste néanmoins dans la logique organisationnelle d'une structure à étages, avec processus de délégation entre chacun d'eux, comme dans la plupart des associations loi 1901.

Suite à la circulation de l'information hors du Tarn, puis au durcissement de la situation locale, un collectif d'occupation s'est créé en complément du Collectif Testet, il y a exactement un an : Tant qu'il y aura des bouilles, surnommé " les bouilles ", ou encore, pour certains, " les zadistes ", ce qui ne reflète pas toute la réalité puisqu'une bonne partie des bouilles n'est pas présente sur la ZAD, mais la soutient diversement aux alentours, de Toulouse à Nîmes.

Tous égaux, tous différents

Chez les bouilles, pas de représentant, pas de bureau, pas de conseil des anciens, tout le monde participe aux assemblées très fréquentes : au moins hebdomadaires et souvent quotidiennes. Tout le monde peut venir, sauf les infiltrés, flics ou fachos, qui sont traqués et parfois virés. Tout le monde peut participer aux décisions, même celles et ceux qui débarquent pour la première fois et ne font, peut-être, que passer. Les règles de parole et d'écoute sont celles des indignés : les codes gestuels précis permettent de réagir silencieusement, parfois en nombre, sans couper la parole. Le but de la discussion, sur chaque sujet, est le consensus, même si le vote à la majorité peut, parfois, s'avérer nécessaire. Tout propos autoritaire ou phallocrate est banni.
Par contre, actions non-violentes et actions insurrectionnelles cohabitent sans difficulté, de même que véganisme et régime alimentaire omnivore. Tous égaux, tous différents. Ceux qui portent des projets, après validation par l'assemblée, sont souvent invités à animer leurs mises en œuvre, cela notamment pour favoriser la liberté et la créativité des camarades, copains ou compagnons de lutte (les trois principaux termes employés), mais aussi pour mettre en place, dès lors, un cloisonnement de l'information dans le cadre d'actions de résistance connues dans l'idée, mais secrètes dans leurs déclinaisons, d'un bout à l'autre de la ZAD : déplacement des repères de niveau des bûcherons diminuant ainsi la zone à défricher, cloutage sur certains arbres et utilisation de fil de fer barbelé pour user plus rapidement voire endommager les machines, enfouissement de carcasses d'électroménager dans le sol pour compliquer le curage de l'humus, créations de nouvelles caches, barricades, cabanes suspendues, et d'autres choses encore, que je ne rapporterai pas ici.

La jeunesse enthousiaste de la majorité des bouilles n'a d'égal que sa maturité et son courage dans l'initiative permanente et l'effort quotidien de lutter à armes inégales contre un pouvoir ultraviolent et suréquipé. David contre Goliath, ou plutôt Gaza contre Tsahal, David étant devenu palestinien ces derniers temps, de même qu'il est devenu un peu tarnais, breton, macédonien, catalan et piémontais, entre autres territoires mobilisés autour de zones à défendre.

Une convergence des luttes anticapitalistes, antiproductivistes et antifascistes

La plupart de ces ZAD rassemblent formidablement ce qui était épars jusque-là, non seulement à travers un phénomène de mobilisation lié à la notion de territoire, à sauver de la rapacité croissante et tyrannique du pouvoir, mais, surtout - bonne nouvelle -, dans une convergence des luttes anticapitalistes, antiproductivistes et antifascistes. Les écologistes les plus candides et " fleur bleue " comprennent mieux sur ces ZAD que le productivisme ne peut se combattre qu'à travers une puissante résistance locale et globale au capitalisme. Les anticapitalistes se découvrent une fibre écolo, par-delà les clichés et les railleries, et les plus naïfs politiquement prennent en pleine figure la réalité de la collaboration fasciste avec le pouvoir capitaliste.

L'antifascisme affirmé du collectif des bouilles a d'ailleurs été renforcé après les exactions nocturnes des fachos dans les parages de la ZAD (destructions des véhicules, agressions contre les zadistes isolés et chasses à l'homme dans les bois à plusieurs reprises, avec des barres de fer et des armes à feu), ainsi que la confusion, politiquement très nuisible, générée par divers superstitieux et conspirationnistes, qui ont aimablement été appelés à remettre un peu d'ordre dans leurs pensées et à ne pas obscurcir la lucidité de la résistance collective en fabriquant d'innombrables peurs et leurs lots d'épouvantails fantasmagoriques, qui sont autant de diversions utiles au pouvoir.

Outre l'absence totale de hiérarchie et les décisions prises en assemblées, le fonctionnement des bouilles est basé sur l'autogestion : l'assemblée liste les besoins (pharmacie, alimentation, outillage, pièce juridique...) et chacun se met en quête, en réseau avec les bouilles non zadistes, à l'extérieur de la zone, ainsi que des membres généreux et solidaires du collectif Testet qui amènent fréquemment des cartons de nourriture et de médicaments. Car la cerise sur le gâteau de cette expérience libertaire dans le Tarn, c'est bien le rayonnement de celle-ci auprès de personnes distantes voir méfiantes au départ. La ZAD du Testet dans la forêt de Sivens est devenue un lieu d'éducation populaire où de nombreuses personnes, jeunes et moins jeunes, viennent chasser leurs idées reçues sur l'anarchisme, la désobéissance et la décroissance.

Sous le drapeau noir de Gazad ou celui rouge et noir de la Métairie Neuve

En arrivant sur les lieux, les uns et les autres découvrent, sous le drapeau noir de " Gazad " ou celui rouge et noir de la Métairie neuve, des visages inconnus mais fraternels, des sourires accueillants et généreux, des regards profonds, parfois tristes mais jamais abattus, des corps fourbus mais toujours d'attaque, des mains calleuses d'avoir trop creusé d'innombrables tranchées, des pieds abimés trop mal protégés par des chaussures usées, des ventres creusés par la faim parfois choisie parmi d'autres façons de lutter, des cuisses tatouées de bleus par les tirs de flash-ball et les dos par les coups de matraques, des toux chroniques dues à l'exposition quotidienne aux gaz lacrymogènes, des bras griffés par les ascensions dans les arbres ou les traversées rapides de ronces impénétrables, des cœurs gros comme ça par amour de la Terre et de la vie.

Une vie qui est là plus que nulle part ailleurs, parmi ceux qui luttent et expérimentent notre façon d'articuler l'individu et le collectif. Passer du " je " au " nous " sans se mettre à genoux, passer du nous au jeu sans se voir nuageux. Transformer les mots liberté, égalité et fraternité en actes quotidiens, en les arrachant aux frontispices mensongers des monuments publics où ils pourrissent et servent de paravent à une organisation politique et sociale totalement inverse. Choisir la vie, loin des compromissions, collaborations et soumissions qui rongent les cervelles et sèment la résignation.

Sur la ZAD de Sivens, j'ai vu l'anarchie en actes et son intense capacité à rayonner, bien au-delà des convaincus, sans peur ni dédain vis-à-vis des autres formes d'opposition et de résistance. J'ai vu l'anarchie confiante en elle-même s'imposer simplement par l'exemple, en laissant de côté les conflits d'étiquettes et les cicatrices de l'Histoire. J'ai vu l'anarchie fraternelle accueillir celles et ceux qui venaient à elle en constituant la première ligne de front sans jamais s'opposer aux formes voisines engagées dans la même lutte. Sur la ZAD de Sivens, seule l'expérience a parlé et elle a bien parlé.

Yannis Youlountas

La France championne d'Europe des dividendes versés aux actionnaires cette année, et aussi championne du monde des hausses de dividendes au deuxième trimestre 2014.
Cette envolée des dividendes intervient au moment où les entreprises françaises ont bénéficié de la première tranche du CICE (crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi). Un dispositif gouvernemental, financé en partie par la hausse de la TVA, censé inciter les entreprises à relancer leurs investissements ou à embaucher, ce qu'ils n'ont pas fait, et non pas gratifier des actionnaires repus. L'investissement dans la production est en panne. Les machines vieillissantes ne seront pas remplacées. Ils ne croient déjà plus en l'avenir et raflent tout ce qu'ils peuvent avant que d'autres ne le fassent à leur place.

La distribution de dividendes a presque doublée depuis 2008 lors du début de la crise financière. Ils représentaient que 20 % des bénéfices distribués en 1970, puis 44 % en 2007, et maintenant 68 %. Les actionnaires se gavent de plus en plus vite.

Mais le marché des actions ne représente moins de 20 % des marchés financiers, ce n'est que la partie visible de l'iceberg du monde de la finance qui spécule sur une inflation débridée de dettes, ruinant un futur déjà condamné. Des richesses démesurées sont ainsi englouties par quelques uns à l'ombre de l'économie spectacle qui voudrait encore nous faire croire au retour de la divine reprise.

Il n'y a jamais eu autant de milliardaires en France, ils sont 67, soit 13 de plus que l'an passé. Leur richesse a plus que doublé en 5 ans. Mais ce calcul ne tient pas compte de tous leurs fonds investis en permanence dans l'opacité des bourses de l'ombre, le marché des changes, le marché secondaire, les produits dérivés, les comptes numérotés, les paradis fiscaux... Les fortunes de la haute bourgeoisie seraient-elles bien plus élevées que ce que voudrait nous faire croire l'économie spectacle ?

Les milliardaires de "la haute" ne sont pas plus que 0,0001 % de la population. La bourgeoisie environ 1 %, La petite bourgeoisie près de 9 %. Les prolétaires, qui n'ont jamais été aussi nombreux et qui s'ignorent, représentent les 90 % restant.
La crise est un privilège de pauvres, une aubaine pour les hyper-riches, un mensonge médiatique, un racket officiel qui permet à quelques uns d'escroquer impunément les populations avec l'aide de l'État.

Pour qui sont ces bombes...


Face à la crise accélérée de la tromperie capitaliste,
l'explosion terroriste est une diversion nécessaire au risque d'explosion sociale...

Le terrorisme est toujours l'instrument de manipulation du spectacle étatique de la marchandise universelle.


" Les bombes-fusées qui tombaient chaque jour sur Londres étaient probablement lancées par le gouvernement de l'Océania lui-même,"juste pour maintenir les gens dans la peur". "
George Orwell, 1984


Auguste Vaillant est un anarchiste français. Au lendemain du scandale de Panama de 1892 qui révéla la corruption généralisée du personnel politique du parlementarisme des honoraires, cet homme qui voulait venger la mort de Ravachol lança une bombe d'une grande puissance dans l'hémicycle de la chambre des députés le 9 décembre 1893. Cette dernière chargée de clous, de morceaux de zinc et de plomb s'abattit sur les députés et sur les spectateurs assistant aux délibérations. Une cinquantaine de personnes furent blessées dont Auguste Vaillant lui-même. Celui-ci, condamné à mort, fut alors guillotiné le 5 février 1894 à l'âge de 33 ans.

Sur ce terrain fabuleux et factice de duperies diverses et variées que sait parfaitement mettre en scène le théâtre du faux, l'examen des archives policières de la fin du XIX° siècle, permet d'affirmer que les attentats spectaculaires attribués aux anarchistes et notamment celui commis par Vaillant, étaient en fait directement initiés puis supervisés par Louis Andrieux, le préfet de police, lui-même ancien procureur à la répression de l'insurrection d'avril 1871 qui avait ébranlé Lyon à la suite de la Commune de Paris. Son but consistait à mettre la main sur un repaire de dynamiteurs avantageusement pré-fabriqué en permettant leur preste arrestation afin de permettre, à partir des mystifications politiques de la sorte mises en marche, de légitimer les fameuses lois dites " scélérates ". Ces dernières, en fonction de l'inquiétude de l'opinion publique astucieusement construite et de l'abrutissement journalistique habituel qui en appelait bien sûr à des mesures d'exception, rendirent alors possible la reconversion domesticatoire des actions ouvrières radicales au travers des mouvements syndicaux et politiques de l'assagissement forcené...

Comme Marx qui avait fort bien anticipé toute la puissance machinique de l'arraisonnement capitaliste l'avait judicieusement souligné ; ce qui peut dorénavant se faire à l'échelle macro-industrielle des réseaux électroniques et numériques de la chosification omni-présente contemporaine est bien entendu sans commune mesure avec ce qui pouvait se bricoler à l'époque artisanale d'une police encore largement dilettante. Désormais, la domination pleinement accomplie de la liberté despotique du profit, de ses sciences et de ses officines spéciales a permis que plus rien n'échappe, ni en amont ni en aval, à l'autocratie universelle du fétichisme de la marchandise et de toutes ses technologies de production, de reproduction, de surveillance et d'impeccable quadrillage.
Le Proche-Orient moderniste des années 1960 où l'arriération islamique était peu à peu renvoyée aux poubelles de l'histoire par le surgissement nassérien et baasiste d'un non-alignement géo-politique novateur en recherche d'un tracé capitaliste spécifique, a maintenant volé en éclats à mesure que les sidérés salafistes de tous les califats manipulés de l'imposture américano-sioniste ont été précipités sur le devant de la scène des pantomimes du mensonge déconcertant. Tous les États considérés comme potentiellement problématiques par le Mossad et la CIA, de la Libye à l'Irak en passant par l'Egypte, l'Iran ou la Syrie ont été vitrifiés, démantibulés, atrophiés ou neutralisés au point où Tel-Aviv peut enfin régner maintenant sans partage sur une vaste zone molle qui, des rives de la Méditerranée jusqu'aux lisières du Pakistan, laisse libre cours à l'exclusivisme de son impérialisme militaire et commercial.

Depuis que la France a définitivement capitulé en 1990 pour accepter de s'en remettre à la chronologie obligatoire de la guerre du Golfe hollywoodienne en Irak, Wall Street n'a cessé d'accélérer la construction bruxelloise d'une Europe américaniste qui applaudit frénétiquement à sa propre inféodation généralisée à mesure que le traité transatlantique architecture ses derniers barbelés et miradors pour définitivement enchaîner le vieux continent réfractaire de l'histoire critique au nouveau monde du négoce et du cerveau plat.

Washington, dans la réalité d'outre-comédie médiatique, n'est nullement inquiété par la prétendue force commerciale de la Chine et de la Russie qui nonobstant leurs réserves énergétiques et leur stocks de devises, demeurent encore des espaces lourdement retardataires et plombés pour un bon moment par des décennies de capitalisme étatique rétrograde. Seul a toujours prioritairement alarmé la Maison Blanche, le potentiel technologico-industriel de l'Europe et son possible partenariat eurasiatique avec une Russie qu'elle réparerait et rénoverait... C'est pourquoi toutes les péripéties mises en scène notamment autour des ébranlements ukrainiens ont bien pour objet primordial de soumettre de plus belle Berlin et Paris aux injonctions du billet vert et de sa succursale bruxelloise.

Alstom absorbé par General Electric, Peugeot et Renault boutés hors d'Iran par General Motors, la BNP condamnée par la justice américaine...Tout se tient dans le cercle infini des combinaisons et déploiements où œuvrent les zélés serviteurs des réseaux de la finance du cosmopolitisme de la marchandise...Le Hollande n'est là qu'un domestique pitoyable encore plus calamiteux que le Sarkozy et l'actuel locataire américaniste de l'Elysée aiguillonné par le pauvre Macron de Rothschild est en train d'inféoder Paris à Washington dans des proportions de reptation jusqu'alors inconnues.
L'économie de la finance américaine a ainsi pour l'avenir tous les moyens adéquats lui permettant d'empêcher toute élaboration d'autonomie diplomatique pouvant survenir d'Europe puisque tous les espaces prédominants de réflexion institutionnelle virtuelle y sont irrémédiablement otanisés dans une totale yankeesation financière de l'économie articulée à une opulente vassalisation culturelle.

Plus la crise de la domination réalisée de la valeur se réalise, plus la fourberie et la duperie étatiques se développent par le biais de vastes cinématographies qui renforcent à l'infini le contrôle technique et policier nécessaire à l'approbation unanimiste des citoyens amorphes et vaseux de la tyrannie salariale. Les réseaux terroristes clandestins obéissent scrupuleusement aux services spéciaux de la sécurité étatique qui réalisent de cette manière les plans généraux des souterrains occultes de la crise totale de la marchandise et le premier fantassin abruti des banlieues racailleuses du djihad du trafic peut ainsi s'imaginer - dans l'opacité de filières toujours plus triturées et obscurément hermétiques -combattre la puissance qui en réalité le commandite, l'actionne et l'utilise...

Le Levant est aujourd'hui à feu et à sang parce que le chaos gouvernementaliste mondial du spectacle de l'argent a besoin d'y répandre la confusion et l'embrouillement généralisés tout comme il a su si bien produire la chute programmée de Kadhafi pour faire du nord de l'Afrique un enchevêtrement de pagailles multiples qui ne peut profiter qu'aux extensions des multinationales du profit dévastateur.

Ainsi, le plan israélo-étasunien mondialiste de remodelage terroriste du Proche-Orient est d'une limpide clarté effroyable. Il consiste non seulement à y diviser les grands États déjà démolis mais à briser ultérieurement tous les autres de telle sorte que la région se voit complètement remaniée en une multitude de petites entités non-viables rendues ethniquement et carcéralement homogènes afin qu'elles se réduisent à des tribalismes locaux et hermétiques sans aucune possible portée d'ouverture. Ce qui suppose, dans un colossal opéra de sang et de larmes, de vastes déplacements forcés de populations devenues nécessairement imperméables les unes aux autres comme cela est aujourd'hui bien engagé partout par Washington et Tel-Aviv, à partir de leurs diverses mafias inavouables de l'Émirat islamique du chaos généralisé. L'objectif est là d'aboutir en définitive à déchirer le monde arabo-musulman en micro-États atones dont les populations n'auront plus d'autres moyens de se défendre de la cupidité et de la voracité des Etats-Unis et d'Israël que de se prosterner encore davantage devant les comptables de la violence et des agissements subis, rudimentairement dissimulés par d'obscènes paravents travestissant si mal la gestuelle scénique de leur créations barbues et créatures enturbannées.

Lorsque la gendarmerie du gouvernement mondial organise en sa province irakienne une descente aérienne emphatique dans ses blafards quartiers de vente de camelotes stupéfiantes et d'égorgements cérémonieux réels ou fabuleux... A l'évidence, elle ne vient pas annoncer qu'elle va abolir l'économie souterraine des sournoiseries boutiquières du crime forcené, elle procède uniquement à une vérification d'encadrement de ses flux pour les ajuster aux nécessités générales du commerce officiel des servitudes indispensables de telle manière que Kurdes, Sunnites et autres variétés de populations autochtones demeurent strictement dans les cases qui leur ont été attribuées pour le grand choc arrangé des heurts civilisationnels sans fin.

La crise cataclysmique de l'économie politique planétaire est en train d'atteindre le point culminant des contradictions où le mouvement de la production va cesser de pouvoir reproduire la production de son mouvement lorsque les chimères du crédit vont devoir avouer ostensiblement que le crédit n'a plus précisément aucun crédit...La gestion sarkozyste s'est terminée par une considérable usure, il n'est pas sûr que la gérance hollandienne qui périclite, elle, de façon tellement pressée, puisse finir autrement que dans une chute si pourrie qu'elle doive recourir à une forme nouvelle de la stratégie exutoire de la tension inflammable...

Les amis de Monsieur Vals ( missus dominici du monothéisme de l'argent !) qui admirent tant Monsieur Clemenceau se souviendront alors que c'est le " premier flic de France " que l'on appelait aussi le " briseur de grèves " qui de façon opiniâtre et zélée en tant que bon ami de Louis Andrieux, brave franc-maçon du Capital, Vénérable de la loge " Le Parfait Silence ", sut toujours tout faire pour que dans le brouillard, l'obscurcissement et la confusion, les brigades des tromperies ministérielles parviennent à casser les luttes maximalistes des humains n'acceptant point de se résigner à ne devoir devenir que des particules démocratiques du système cannibale de la réification citoyenne.

La grève des carriers et sabliers de Draveil et de Villeneuve-Saint-Georges qui se termina par la journée sanglante du 30 juillet 1908 où furent fusillés à bout portant des ouvriers indisciplinables renvoie assurément à cette cafardeuse place Beauvau de toutes les sordides manigances, feintes et intrigues où pour décapiter le mouvement offensif des luttes de classes contre la commercialisation de la vie, l'on sut à la fois générer la grandes escroquerie préalable des attentats anarchistes télécommandés et dé-radicaliser la grève sauvage ouvrière pour la torpiller et l'asphyxier dans le gâtisme syndicaliste et l'hébétement parlementaire. Ainsi, à la fois par le confusionnisme terroriste et le conditionnement évolutionniste, le charlatanisme oxymorique du syndicalisme soi-disant révolutionnaire permit là le façonnage final d'une étape de transition perfide pour transmuter sans retour les contestataires incomplets en réformistes consommés de la Belle Époque du progrès des affaires qui se parachèverait dans l'union sacrée orgiaque de la boucherie de 1914.

Nous allons prochainement rencontrer une situation sociale qui va renouer de manière encore plus énergique et étendue avec ce qui fut la fin de 1968. Des prolétaires enragés, sans chefs à qui devoir obéir et qui agiront désormais spontanément et de manière sauvage, en dehors de toutes les fables de la légalité démocratique et contre toutes les roueries de cette légalité se mettront en dynamique incontrôlable pour retrouver le vrai sens des joies de la communauté de l'Être. Leur parole de colère critique contre toutes les pourritures de la société de l'Avoir, refusera la logique chosifiante du travail et tous les représentants syndicaux et politiques qui, de l'extrême droite à l'extrême gauche du Capital, entendent perpétuer la liberté de la servitude se verront balayés. Sur qui l'État pourra t-il alors compter pour imposer la défense de l'ordre marchand de la démocratie de la soumission, du moment que les forces de gardiennage de la paix sociale et les syndicats se révèleront comme de plus en plus débordés et impuissants et que former un gouvernement d'union nationale ou de salut public apparaîtra rapidement comme une hypothèse insipide ? L'État, face à la tendance aux émeutes qui ne cessera de se fortifier, ne pourra plus compter sur rien d'autre que sur ses services secrets de sécurité et sur l'effet que pourront susciter dans l'opinion publique ses moyens d'information et de propagande, une fois que celle-ci aura été suffisamment secouée par des événements de nature traumatique qui découleront justement de bombes propices otano-islamiques qui exploseront -au bon moment -afin de court-circuiter les franges ouvrières extrémistes.

Dans le monde du spectacle de la marchandise où les intérêts agissants de la dictature démocratique des Mafia de l'argent sont à la fois si bien et si mal cachés, il convient toujours pour saisir les mystères du terrorisme d'aller au-delà des rumeurs médiatiques policières puisque le protègement des secrets de la domination opère continûment par fausses attaques et véridiques impostures.

Le leurre commande le monde du fétichisme de la marchandise et aujourd'hui d'abord en tant que leurre d'une domination qui ne parvient plus à vraiment s'imposer au moment où l'économie historique de la crise manifeste explosivement la crise historique de l'économie elle-même.

Du meurtre d'Aldo Moro par les brigades rouges étatiques aux attentats pentagonistes du 11 septembre et en passant évidemment par la tuerie calculée du pantin Merah, la société du spectacle de l'indistinction marchande ne cesse de s'éminemment montrer comme le monde de l'inversion universelle où le vrai est toujours réécrit comme un simple moment nécessaire de la célébration du faux. Derrière les figurants, les obscurs tirages de ficelles et les drapeaux factices, les vrais commanditaires sont adroitement camouflés puisqu'ils résident invariablement dans ces lieux impénétrables et énigmatiques, inaccessibles à tout regard, mais qui du même coup les désignent par cette ruse de la raison qui rend précisément percevable ce qui se voulait justement in-soupçonnable.

Le masquage généralisé se tient derrière le spectacle qui donne ainsi à infiniment contempler quelque chose en tant que complément décisif et stratégique de ce qu'il doit empêcher simultanément que l'on voit et, si l'on va au fond des choses, c'est bien là son opération la plus importante ; obliger à sans cesse observer ceci pour surtout ne point laisser appréhender cela.

Par delà tous les tueurs fous opportunément pilotés dans les eaux troubles du djihadisme téléguidé qui zigzague dans les entortillements du Maghreb, de l'Afrique noire et des étendues arabo-persanes, existe, en premier lieu, l'incontournable réalité du gouvernement du spectacle de la marchandise lequel dorénavant possède tous les moyens techniques et tous les pouvoirs gestionnaires d'altérer et de contre-faire l'ensemble de la production sociale de toute la perception humaine mise sous contrôle. Despote absolu des écritures du passé et tyran sans limite de toutes les combinaisons qui arrangent le futur, Big Brother pose et impose seul et partout les jugements sommaires de l'absolutisme démocratique des nécessités du marché de l'inhumain.

Le 26 mars 1962 devant la Grande Poste de la rue d'Isly à Alger, les forces spéciales et parallèles du spectacle étatique de la marchandise mirent en scène des coups de feu d'origine mystérieusement inconnue qui furent alors à l'origine du déclenchement du tir des militaires qui mitraillèrent alors la foule à bout portant. Cette fusillade de la rue d'Isly organisée manipulatoirement par la barbouzerie des services les plus secrets de la mystification gouvernementaliste, aux fins de briser les derniers sursauts Pieds-Noirs, devint par ricochet le début de l'exode massif des Européens d'Algérie.

L'attentat de la gare de Bologne, connu en Italie comme la strage di Bologna, soit le massacre de Bologne est l'une des plus importantes attaques terroristes étatiques que l'Europe a eu à subir au cours du XXe siècle et la plus meurtrière des années de plomb italiennes. L'attentat fit 85 morts et blessa plus de 200 personnes dans la gare de Bologne le 2 août 1980. L'identité des véritables auteurs de l'attentat a suscité en Italie débats et interrogations et malgré un certain nombre de pistes incongrues et de diversions tortueusement évoquées, les tentatives d'obstruction judiciaire à l'enquête de la part de multiples officines dont la loge P2, la Mafia et les services secrets n'ont pu empêcher qu'apparaisse avec le temps l'implication évidente et essentielle de l'organisation Gladio dans l'attentat, dans le cadre d'une stratégie de la tension délibérément élaborée par les États-Unis et l'OTAN à la fois pour endiguer les grèves incontrôlables et pour ré-aligner la politique internationale de Rome.

L'Assassinat des 7 moines de Notre-Dame de Tibhirine dans la nuit du 26 au 27 mars 1996 par le GIA des services secrets algériens aux fins d'intoxiquer l'opinion nationale et internationale pour que Paris continue à soutenir Alger dans la lutte contre le terrorisme que la classe capitaliste algérienne déliquescente avait elle-même ordonnancée pour tenter de discréditer la contestation qui s'étendait contre elle est irrécusable...Il s'agissait là dans le nébuleux, le dérobé et le double-jeu d'obtenir ainsi et tout simplement la reconnaissance complice de toutes les capitales qui escomptaient d'abord et avant tout une sage exploitation gazo-pétrolière calmement poursuivie...

D'action directe à Khaled Kelkal en passant par l'affaire de Tarnac sans oublier les irlandais de Vincennes, toute l'histoire réelle, petite ou grande, passée ou présente, de tous les Gladio à toutes les loges maçonniques P2, P3 ou P4 et en passant par toutes les Brigades rouges, noires, grises ou vertes des cryptes de l'Etat profond d'ici ou d'ailleurs, il va de soi que chaque bombe étatiquement déposée réellement ou métaphoriquement sur le terrain de l'histoire du monde des circulations affairistes -sous les faux drapeaux indispensables des masques opportuns de la restructuration de la fourberie absolue, a pour fonction première de réguler les processus de l'humanisme du marché.

On commet une très lourde erreur lorsque l'on s'exerce à vouloir expliquer quelque attentat ou homicide mystérieux en opposant la terreur à l'État puisqu'ils ne sont jamais en rivalité. Bien au contraire, la théorie critique vérifie avec aisance ce que toutes les rumeurs de la vie pratique avaient si facilement rapporté lors des très enténébrées disparitions de Robert Boulin et de Pierre Berégovoy en France ou plus encore celles des frères Kennedy aux USA ou bien de Yitzhak Rabin en Israël. L'assassinat n'est pas étranger au monde policé des hommes cultivés de l'Etat de droit car cette technique de mise en scène y est parfaitement chez elle en tant qu'elle en est désormais l'articulation de l'un des plus grands quartiers d'affaires de la civilisation moderne.

Au moment arrivé de la tyrannie spectaculaire de la crise du capitalisme drogué, le crime règne en fait comme le paradigme le plus parfait de toutes les entreprises commerciales et industrielles dont l'Etat est le centre étant donné qu'il se confirme là finalement comme le sommet des bas-fonds et le grand argentier des trafics illégaux, des disparitions obscures et des protections cabalistiques.

Quelque soit, de l'extrême droite à l'extrême gauche de la marchandisation, la gestion entreprise, le mode de production capitaliste est sans issu. L'impasse de la loi de la valeur est partout apercevable dans la schizophrénie démocratique de l'errance mégapolitaine. Elle ne peut donc plus être déniée que par une folie de plus en plus emballée puisque le terrorisme aveugle de masse se dé-voile comme le dernier anxiolytique possible mais de plus en plus délirant d'une civilisation devenue clairement illusoire et vaine.

Le terrorisme contemporain de la remarquable Mafia étatique mondialiste est le terrorisme enfin accompli de la puissance aliénatoire la plus férocement aliénée qui n'ait jamais été et qui est enfin parvenu à se rendre maître de toutes les terreurs et de toutes les mafia sommaires qui lui étaient extérieures ou antérieures...De la sorte, c'est l'orchestration symphonique de la diffusion totalitaire de la marchandise planétaire autistique qui se réalise par le chaos sans cesse reconduit d'un mode de production devenu impossible...

Le secret du spectacle terroriste domine le monde de la marchandise et d'abord comme secret spectaculaire de la domination marchande terroriste sur le monde. Tout expert en est le surveillant et le valais et sa spécialisation reconnue n'en est que la duplication dans sa forme médiatique, stupide et ignorante parfaitement conforme à l'idiotie sans limite de l'étatisme des falsifications obligatoires... L'histoire réelle du terrorisme est ainsi écrite par les actes de l'État lui-même tels que les scribes de son officialité doivent constamment en gratter les papiers sophistiqués du fourvoyant et du flou sempiternels. Tant que le Capital ne dominait que formellement la société et qu'il devait composer avec une antécédence dont il devait se débarrasser après l'avoir usé, les dialectiques de complots se formalisaient toujours en hostilité à l'ordre établi puisque ce dernier demeurait encore insuffisamment marchand. Dés lors que le Capital domine réellement la société jusqu'à en faire le territoire général de sa généralisation impeccable, il n'y a plus d'avant et le futur n'a plus pour seul avenir que le complot permanent en faveur de la maintenance l'ordre établi et achevé de la marchandise-monde.

La loi antiterroriste que dernièrement les députés de l'hexagone américain ont voté afin de censurer le Web français est un premier signe qui indique que le mouvement politique des sciences de la justification mensongère va se tendre et s'énerver pour protéger la trompeuse apparence des illusionnismes de la crise cataclysmique de la valeur d'échange...La démocratie crisique qui ne peut plus stopper les effets de la mort définitive de ses rêves va devoir fabriquer une forme supérieure de son extraordinaire ennemi mythique, le terrorisme -dans des apparitions, cérémonials et configurations fantastiques cruellement imposantes, qui devront élaborer et exposer d'innombrables enlèvements, attentats et coups fourrés.

Lorsque le si terne ministère des télémanipulations intérieures, déclare à la Presse : " Face au terrorisme, il faut l'unité nationale ", il convient plus que jamais d'être hégélien avec l'œil d'un Marx pétillant et de se souvenir, en rigolant, comme Debord l'a décelé que dans le monde du fétichisme marchand toute réalité est toujours renversée puisque le vrai n'y est plus qu'un moment de réécriture de la mutilation spectaculaire vers le fardé incessant attendu que dans le monde putride du réel universellement inverti, tout ce qui est dit vrai ne peut être que contre-vérité en ce sens que tout ce qui est présenté comme faux ne saurait être infailliblement que du véridique insupportable.

Par conséquent, la confession involontaire des prestidigitateurs du ministère de la sécurité des volumineuses sournoiseries, débilités et dissimulations étatiques doit se lire à l'envers sous la véritable formulation suivante : " Face à l'impératif d'unité nationale, il faut le terrorisme... ".

Bientôt, tout cela sera mis en action insidieuse, venimeuse et opulente...Alors, en ce temps de charlatanisme intense, dire la vérité à l'encontre de tous les conditionnements à la résignation devant les foutaises étatiques et para-étatiques de l'insurmontable crise du profit posera le premier réflexe de conscience qui mène à l'acte révolutionnaire vers une authentique existence anti-mercantile.

Contre la dissolution marchande de la logique, seule la logique anti-marchande de la dissolution permettra la fin de cet insupportable égarement dans la servitude volontaire...

Plus que jamais, il est temps d'en finir avec toutes les mystifications et tous les malheurs historiques de l'aliénation gouvernementaliste afin de commencer à pressentir la possibilité de situations humaines authentiques, c'est à dire aux antipodes cosmiques des aplatissements et déliquescences de l'argent et de l'Etat...


qui sifflent sur nos têtes ?

Entretien avec La Brique (N° 39), Juillet 2014.

* Apparemment ça chauffe en Grèce... Tu pourrais nous faire un petit portrait de ce qu'il s'y joue ? (La Brique)

Raoul Vaneigem : Ce qui se passe en Grèce et que l'information spectaculaire s'emploie à dissimuler, c'est le début d'un mouvement autogestionnaire. Une réalité l'emporte sur les grandes déclarations théoriques et sur les idéologies. Et cette réalité est celle-ci : l'État qui, hier, se servait d'une partie des taxes et impôts des citoyens pour entretenir les écoles, les hôpitaux, les transports publics, les caisses de retraite et d'allocations sociales, escroque l'argent des citoyens pour financer les malversations bancaires. Le bien public est envoyé à la casse, on rogne sur tous les budgets pour augmenter le profit des mafias multinationales.

* Comment réagissent les gens sur place ?

Devant la faillite de l'État devenu un simple organe de répression commandité par le totalitarisme financier, de plus en plus d'individus se disent : faisons nos affaires nous-mêmes, et chargeons-nous des tâches sociales que l'État ne remplit plus. La Grèce, qui n'a aucune tradition anarchiste, découvre non pas une idéologie libertaire mais une façon d'agir en se passant d'État et de tout le système politique qui lui est inféodé. Le moteur d'un tel mouvement, ce sont les collectifs ou centres sociaux autogérés. Il y en a partout en Grèce, et surtout à Athènes.

* Concrètement, ça se passe comment ? Qu'est-ce qui organise la vie dans ces centres sociaux ?

Des chômeurs et des bénévoles les gèrent selon le principe d'horizontalité : ni leader ni tribun. Les décisions sont prises par l'assemblée, à laquelle tout le monde peut participer. Ce qui est important dans les collectifs, c'est la pratique mise en œuvre sur la base de la gratuité. Gratuité de la cuisine collective (de grande qualité, avec des produits issus des coopératives de la campagne), gratuité des leçons aux enfants, aux chômeurs, aux émigrés, gratuité des films et des spectacles, consultation gratuite de la bibliothèque, gratuité des soins dans les cliniques autogérées, gratuité de l'aide juridique. Certains collectifs ont des potagers entretenus par des bénévoles.

* Comment l'argent circule-t-il dans ces centre sociaux ? Comment faire de cette gratuité une arme contre le système marchand ?

Dans les centres autogérés, il n'y a pas de circulation d'argent. Il existe une boite en carton où chacun est libre, s'il en a les moyens, de jeter quelques pièces. J'estime que le principe devrait trouver son prolongement dans un mouvement général où les citoyens refusant de payer l'État-escroc constitueraient une caisse de dépôt qui servirait au bien public. La gratuité est aussi une arme contre l'économie. On commence à détruire les barrières de péage des autoroutes, à saboter les machines de contrôle du métro. La multiplication des collectifs propage aussi la notion de gratuité.

* Concrètement, qui se mobilise ? À lire tes ouvrages, on a parfois le sentiment qu'il suffit de le vouloir pour se mobiliser...

Sur les murs d'Athènes, il est écrit " Autogestion de la vie quotidienne ", et je ne pense pas que les collectifs qui ont écrit cela peuvent être confondus avec des crétins ou des curés de bonne volonté. Ceux qui essaient d'être humains savent que s'ils doivent détruire l'économie d'exploitation, ils y arriveront en jetant les bases d'une société autogérée, non en pataugeant dans le merdier électoral et politique qui continue d'entretenir la servitude volontaire.

* Observes-tu dans ces centres sociaux autogérés des passerelles avec les classes populaires ?

Ce sont des centres qui accueillent tous ceux qui sont en difficulté. Certains travaillent avec les comités de quartier ou en créent. D'autres restent assez isolés et ont beaucoup de mal à briser le poids du désespoir et de la résignation. Athènes a le plus grand nombre de centres sociaux autogérés mais la plupart des autres villes en comptent aussi.

* Les occupations sont illégales... Ça se gère comment du coup ?

Du jour au lendemain, elles peuvent être interdites par décision juridique. Les problèmes ne manquent pas, comme dans tout mouvement qui avance en tâtonnant : il y a trop peu de relations établies entre les collectifs. Si certains se prolongent en comités de quartiers, d'autres restent relativement isolés. Les occupations, évidemment illégales, sont à la merci d'une attaque policière de l'État et des néo-nazis dont les accointances avec la police et l'armée sont évidentes (même si le gouvernement les a condamnés après l'assassinat d'un jeune chanteur). Les centres autogérés ne sont pas une organisation, ils sont un mouvement anti-autoritaire et de démocratie directe comme le furent les collectivités libertaires apparues lors de la révolution espagnole, et que les communistes écrasèrent au nom de l'organisation.

* La fragilité du mouvement est politique, elle est aussi économique...

Oui, la relation d'échange pose un problème. Mais au lieu d'en faire un problème abstrait, essayez de résoudre celui-ci : il existe en Grèce et en Turquie plusieurs usines autogérées. Je connais le cas d'une usine de détergents dont se sont emparés les ouvriers. Ils produisent des produits de nettoyage bio à des prix très bas, les collectifs vendent ces produits. L'argent est intégralement versé à ceux qui font fonctionner l'usine. Oui, les produits de l'usine autogérée sont des marchandises, mais des marchandises qui entrent dans leur processus de dépassement. Votre journal n'est-il pas lui aussi une marchandise ?

* Certes... Mais il est souvent reproché au " mythe " autogestionnaire de passer sous silence les contraintes structurelles que fait peser l'économie mondialisée sur la volonté de se réapproprier son propre travail. En quoi les expériences grecques apparaissent-elles stimulantes de ce point de vue ?

Elles ne sont qu'une esquisse d'un mouvement autogestionnaire exposé à tous les échecs, à toutes les récupérations, mais qui apparaît de plus en plus comme la seule et unique solution. Car de l'extrême gauche à l'extrême droite, personne n'est capable d'éviter la faillite mondiale qui menace l'environnement et la vie des hommes.

* Quels rôles jouent actuellement les autres groupes syndicaux ou politiques de gauche - comme Syriza, par exemple ? Penses-tu que des alliances soient possibles, ou qu'au contraire il faille maintenir une séparation radicale avec cette frange de la mobilisation ?

Les centres refusent toute intrusion politique. Aucune relation avec l'État et avec le système politique qui est sa courroie de transmission. C'est le social qui l'emporte et la solidarité qui opère à la base, là où sont les vrais problèmes de la vie quotidienne. Syriza n'a aucune solution. S'il l'emporte aux prochaines élections, cela offrira seulement un bref répit aux collectifs et permettra peut-être de " purger " la police des éléments néo-nazis qui sont nombreux. Mais les collectifs ne veulent rien avoir à faire avec Syriza et tutti quanti. En revanche si l'Europe réussit à maintenir le gouvernement actuel, la tendance qui prône de combattre le fascisme sans recours à la violence risque de se renverser et de déboucher sur une guerre civile dont seuls l'État et les multinationales tireraient profit.

* Si on se faisait un peu plaisir et qu'on imaginait un réseau d'espaces autonomes qui relierait Lille et sa région à Brussel, par exemple en 2043 : à quoi ce joyeux bordel pourrait-il donc bien ressembler ?

Au joyeux bordel qui règne en Grèce, mais sans la menace permanente des assassins de l'ordre étatique.

Marie-France Hirigoyen,
Propos recueillis par Serge Cannasse (extraits), La revue du praticien médecine générale, 2014.
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LE HARCÈLEMENT MORAL, LA VIOLENCE PERVERSE AU QUOTIDIEN
Extraits du livre de Marie-France Hirigoyen,1998.

Dans le spectacle actuel de la crise du fétichisme de l'argent, tout apparemment semble continuer à tourner rond mais à y bien regarder de plus près, les choses commencent subrepticement à bouger vers un commencement de radicalité tendancielle qui annonce un possible réveil de la lutte de classe prolétaire... La grève des cheminots est bien entendu à la source toujours torpillée par la gauche et l'extrême gauche du Capital mais elle signale simultanément qu'une colère des profondeurs porteuse d'un autre regard est bien en train de naître du fin fond des difficultés de la vie humaine arraisonnée par le système des objets...

En plus d'une semaine de contrastes, de tiraillements et de contradictions mais aussi et surtout de début complexe de parole ouverte, la grève à la SNCF, fait novation de sédition potentielle puisqu'elle signale là la production d'un bouleversement assurément inédit sous le règne crépusculaire d'un gouvernement de la gauche de la marchandise.

Par delà tous les abrutissements médiatiques qui de l'extrême droite à l'extrême gauche du gouvernementalisme de la domestication, récusent ou encensent bêtement la mythologie d'une grève corporative simplement serviliste pour dissimuler l'envers du décors de l'asservissement, il y a la dynamique de la base qui, elle, se met à renâcler en commençant à voir que ceux qui neutralisent et paralysent le mieux de l'intérieur cette embarrassante grève qui commence à tant déranger les flics syndicaux sont évidemment et comme toujours les prédicateurs anarcho-gauchistes du réformisme extrême lesquels bien loin d'appeler à une extension généralisée de la lutte à tous les secteurs de la vie emprisonnée, cloisonnent chaque entreprise à l'horizon aliénatoire et étriqué de ses particularités illusoires alors même que des grèves dont personne ne veut parler ne cessent pourtant, elles, de spontanément se développer depuis des semaines dans plusieurs secteurs et régions...

La police du Capital dans les usines doit d'abord empêcher qu'émerge les conditions d'un mouvement conscient vers une rencontre étendue et subversive des grévistes, au-delà des murs de chaque prison travailliste. La défaite des cheminots est ainsi savamment et naturellement orchestrée dans le double langage, le sabotage, l'illusion, la claustration et le freinage par tous les faux réfractaires de la CGT et de Sud Rail...

La période dans laquelle nous entrons est certes encore déterminée par l'extrême dispersion des forces de vie humaine susceptibles de contester de manière maximaliste l'ordre existant des galeries marchandes de la mort. Mais la situation désormais advenue de crise cataclysmique du spectacle mondial de l'argent ouvre la voie montante d'une gigantesque crise sociale qui fera, de toutes façons, de la rupture révolutionnaire une possibilité manifestement
évidente.

La contradiction essentielle de la domination spectaculaire en crise finale, c'est qu'elle est irrémédiablement condamnée à échouer en ce moment même où étant devenue le temps de la puissance historique la plus forte de son apogée, elle a perdu simultanément toute chance désormais de ne plus pouvoir être autre chose que l'histoire progressive de son dépérissement définitivement arrivé.

Tous les lamentables experts syndicalo-politiques du pouvoir de la pourriture marchande appuyés sur toutes les machineries numériques de l'intoxication sont partout réunis en permanents conciliabules pluridisciplinaires de vacuité et d'ineptie pour tenter de trouver les moyens de donner à un ordre moribond une dernière apparence de survie... Mais rien n'y fera.

Les jours de la société du calcul sont de plus en plus comptés à mesure que son compter historique invalide lui-même toute l'histoire de ses comptages et qu'un nombre croissant de vivants va vouloir véridiquement exister. Il s'ensuit irrépressiblement qu'elle doit et va disparaître.

Contre tous les rackets politiques du Capital, la conscience radicale de l'Être de la vie sait que pour devenir elle-même, la jouissance authentique doit se produire comme acte cosmique de subversion absolue vers la constitution de la communauté humaine universelle pour un monde sans argent, ni salariat ni État.

Parce que seul l'acte d'achat nous procure le bonheur,
Parce que nous ne croyons qu'en l'Argent, Dieu tout puissant, et en la croissance éternelle de notre PIB,
Parce que le but de toute existence est de travailler plus, pour consommer plus, pour travailler plus...
Parce que la vie est compétition et jungle économique,
Parce que pour qu'il y ait quelques très très riches, il n'y aura jamais assez de pauvres,
Parce qu'avant que la planète n'explose, on compte bien en profiter !
Parce que nous le valons bien,

Nous, riches actionnaires de l'Église de la Très Sainte de la Consommation, vous invitons à notre grand'messe pour célébrer la bonne parole: travaille, obéis,consomme ! Au nom du pèze, du fric et du saint crédit ! Amen ton pèze !

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Croissance

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Dilapidez !

Dilapidez ! Tout votre blé !
Pour la croissance Du P.I.B. !


Du fric à l'aise

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Mouise attaque

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La Marchandaise

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Aimer le pouvoir et l'argent

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Tu Es Là

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Missel du consommateur
http://inventin.lautre.net/livres/Pezemissel.pdf

http://www.amentonpeze.org
http://www.consomme.org/

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Vivons comme des esclaves !
https://www.youtube.com/watch?v=Lk2QWl9Bq3U

€UROP€ $ACRIFIC€
https://www.youtube.com/watch?v=ZPiygnSeqzk

L'Église de la Très Sainte Consommation
http://www.youtube.com/channel/UCpunRr31jcD-0XtwQuaZauA

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La politique ne crée pas d'alternatives. Son but n'est pas de nous laisser développer nos possibilités et nos capacités ; dans la politique, nous ne faisons que réaliser les intérêts qui découlent des rôles que nous exerçons dans l'ordre existant. La politique est un programme bourgeois. Elle est toujours une attitude et une action dont le point de référence est l'État et le marché. La politique est l'animatrice de la société, son médium est l'argent. Les règles auxquelles elle obéit ressemblent à celles du marché. D'un côté comme de l'autre, c'est la publicité qui est au centre ; d'un côté comme de l'autre, c'est une affaire de valorisation et de mise en conditions de celle-ci.

Le spécimen bourgeois moderne a fini par absorber complètement les contraintes de la valeur et de l'argent ; il est même incapable de se concevoir sans ceux-ci. En effet, il se maîtrise lui-même, le Maître et l'Esclave se rencontrant dans le même corps. La démocratie, cela ne signifie rien d'autre que l'auto-domination des supports de rôles sociaux. Comme nous sommes à la fois contre tout pouvoir et contre le Peuple, pourquoi serions-nous pour le pouvoir du Peuple ?

Être pour la démocratie, voilà le consensus totalitaire de notre époque, la profession de foi collective de notre temps. La démocratie, c'est l'instance d'appel et le moyen de résoudre les problèmes. La démocratie est considérée comme le résultat final de l'Histoire. Elle est certes corrigible, mais derrière elle, il ne peut plus y avoir rien d'autre. La démocratie est partie intégrante du régime de l'argent et de la valeur, de l'État et de la Nation, du Capital et du Travail. C'est une parole vide de sens, tout peut être halluciné dans ce fétiche.

Le système politique lui-même se délite de plus en plus. Il ne s'agit pas, ici, d'une crise des partis et des hommes politiques, mais d'une érosion du politique sous tous ses aspects. La politique est-elle nécessaire ? Que nenni et, de toute façon, dans quel but ? Aucune politique n'est possible ! L'antipolitique, cela signifie que les individus eux-mêmes se mobilisent contre les rôles sociaux qui leur sont imposés.

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Capital et Travail ne sont pas antagoniques, ils constituent, au contraire, le bloc de valorisation de l'accumulation du Capital. Qui est contre le capital, doit être contre le Travail. La religion pratiquée du Travail est un scénario auto-agressif et autodestructeur dont nous sommes les prisonniers, à la fois matériellement et intellectuellement. Le dressage au travail a été - et demeure - un des objectifs déclarés de la modernisation occidentale.

Or, c'est au moment même où la prison du Travail s'écroule, que cet enfermement intellectuel vire au fanatisme. C'est le Travail qui nous rend stupides et, de plus, malades. Usines, bureaux, magasins, chantiers de construction et écoles sont autant d'institutions légales de la destruction. Quant aux traces du Travail, nous les voyons tous les jours sur les visages et sur les corps.

Le Travail est la rumeur centrale de la convention. Il passe pour être une nécessité naturelle, alors qu'il n'est rien d'autre que la forme sous laquelle le capitalisme façonne l'activité humaine. Or, être actif est autre chose dès lors que cette activité se fait non en fonction de l'argent et du marché, mais sous la forme du cadeau, du don, de la contribution, de la création pour nous-mêmes, pour la vie individuelle et collective d'individus librement associés.

Une partie considérable des produits et des services sert exclusivement aux fins de la multiplication de l'argent, qui contraint à un labeur qui n'est pas nécessaire, nous fait perdre notre temps et met en danger les bases naturelles de la vie. Certaines technologies ne peuvent être comprises autrement que comme apocalyptiques.

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L'argent est notre fétiche à nous tous. Il n'y a personne qui ne veuille en avoir. Nous n'avons jamais décidé qu'il devait en être ainsi, mais c'est comme ça. L'argent est un impératif social ; ce n'est pas un instrument modelable. En tant que puissance qui nous oblige sans cesse à calculer, à dépenser, à économiser, à être débiteurs ou créditeurs, l'argent nous humilie et nous domine chaque heure qui passe. L'argent est une matière nocive qui n'a pas son pareil. La contrainte d'acheter et de vendre fait obstacle à toute libération et à toute autonomie. L'argent fait de nous des concurrents, voire des ennemis. L'argent dévore la vie. L'échange est une forme barbare du partage.

Il est absurde non seulement qu'un nombre incalculable de professions ait pour seul objet l'argent, mais aussi que tous les autres travailleurs intellectuels et manuels soient sans cesse en train de calculer et de spéculer. Nous sommes des calculettes dressées. L'argent nous coupe de nos possibilités, il ne permet que ce qui est lucratif en termes d'économie de marché. Nous ne voulons pas remettre à flot l'argent, mais nous en débarrasser.
Il faut non pas exproprier la marchandise et l'argent, mais les supprimer. Qu'il s'agisse d'individus, de logements, de moyens de production, de nature et d'environnement, bref : rien ne doit être une marchandise ! Nous devons cesser de reproduire des rapports qui nous rendent malheureux.

La libération, cela signifie que les individus reçoivent leurs produits et leurs services librement selon leurs besoins. Qu'ils se mettent directement en relations les uns avec les autres et ne s'opposent pas, comme maintenant, selon leurs rôles et leurs intérêts sociaux (comme capitalistes, ouvriers, acheteurs, citoyens, sujets de droit, locataires, propriétaires, etc.). Déjà aujourd'hui, il existe, dans nos vies, des séquences sans argent : dans l'amour, dans l'amitié, dans la sympathie et dans l'entraide. Nous donnons alors quelque chose à l'autre, puisons ensemble dans nos énergies existentielles et culturelles, sans présenter de facture. C'est alors que nous sentons, par moments, que nous pourrions nous passer de matrice.

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La critique est plus qu'une analyse radicale, elle demande le bouleversement des conditions existantes. La perspective cherche à dire comment on pourrait créer des conditions humaines qui n'auraient plus besoin d'une telle critique ; l'idée d'une société où la vie individuelle et collective peut et doit être inventée. La perspective sans la critique est aveugle, la critique sans la perspective est impuissante. La transformation est une expérience dont le fondement est la critique ayant pour horizon la perspective. " Réparez, ce qui vous détruit " ne peut être notre mot d'ordre.

Il s'agit d'abolir la domination, rien de moins, peu importe si celle-ci se traduit par des dépendances personnelles ou par des contraintes objectives. Il est inacceptable que des individus soient soumis à d'autres individus ou soient livrés, impuissants, à leurs destins et structures. Nous ne voulons ni d'autocratie ni d'auto-domination. La domination est plus que le capitalisme, mais le capitalisme est, jusqu'à aujourd'hui, le système de domination le plus développé, le plus complexe et le plus destructeur. Notre quotidien est conditionné à un point tel que nous reproduisons le capitalisme chaque jour et que nous nous comportons comme s'il n'y avait aucune alternative.

Nous sommes bloqués. L'argent et la valeur engluent nos cerveaux. L'économie de marché fonctionne comme une grande matrice. Notre objectif est de la nier et de la supprimer. Une bonne vie bien remplie suppose la rupture avec le capital et la domination. Aucune transformation des structures sociales n'est possible sans transformation de notre base mentale et aucun changement de la base mentale sans la suppression des structures.

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Nous ne protestons pas, nous avons dépassé ce stade. Nous ne voulons réinventer ni la démocratie ni la politique. Nous ne luttons ni pour l'égalité, ni pour la justice et nous nous réclamons d'aucune libre volonté. Nous n'entendons pas non plus miser sur l'État social et l'État de droit. Et encore moins nous voulons nous faire les porte-à-porte de quelconques " valeurs ". Il est facile de répondre à la question quelles sont les valeurs dont nous avons besoin : aucune !

Nous sommes pour la dévalorisation totale des valeurs, pour la rupture avec ce mantra des soumis appelés communément " citoyens ". Il faut rejeter ce statut. En idées, nous avons déjà résilié le rapport de domination. L'insurrection que nous avons en tête ressemble à un saut paradigmatique.

Nous devons sortir de cette cage qu'est la forme bourgeoise. Politique et État, démocratie et droit, nation et peuple sont des figures immanentes de la domination. Pour la transformation, nous ne pouvons disposer d'aucun parti et d'aucune classe, d'aucun Sujet et d'aucun mouvement.

6

Ce qui est en jeu, c'est la libération de notre temps de vie. C'est elle seule qui nous permettra d'avoir plus de loisir, plus de plaisir et plus de satisfaction. Ce dont nous avons besoin, c'est plus de temps pour l'amour, l'amitié et les enfants, plus de temps pour réfléchir ou pour paresser, mais plus de temps aussi pour nous occuper, de façon intense et extensive, de ce que nous aimons. Nous sommes pour le développement tous azimuts des plaisirs.

Une vie libérée, cela signifie de se reposer plus longtemps et mieux, mais, tout d'abord, dormir plus souvent ensemble, et plus intensément. Dans cette vie - la seule que nous ayons - l'enjeu est la bonne vie, il s'agit de rapprocher l'existence et les plaisirs, de faire reculer les nécessités et d'élargir les agréments. Le jeu, dans toutes ses variantes, requiert à la fois de l'espace et du temps. Il ne faut plus que la vie soit cette grande occasion manquée.

Nous ne voulons plus être ceux que nous sommes forcés d'être.

Le bonheur et la joie de vivre prendront la place de la fatigue nerveuse, de la lassitude et de la dyspepsie. Il y aura assez de travail à accomplir pour rendre le loisir délicieux, mais pas assez pour conduire à l'épuisement.
Les hommes et les femmes ordinaires, deviendront plus enclin à la bienveillance qu'à la persécution et à la suspicion. Le goût pour la guerre disparaîtra, parce que celle-ci exigera de tous un travail long et acharné. La bonté est, de toutes les qualités morales, celle dont le monde a le plus besoin, or la bonté est le produit de l'aisance et de la sécurité, non d'une vie de galériens. Les méthodes de production modernes nous ont donné la possibilité de permettre à tous de vivre dans l'aisance et la sécurité. Nous avons choisi, à la place, le surmenage pour les uns et la misère pour les autres : en cela, nous sommes montrés bien bête, mais il n'y a pas de raison pour persévérer dans notre bêtise indéfiniment.

C'est le point aveugle du débat : la dette publique est une escroquerie ! En cause, la loi Pompidou-Giscard de 1973 sur la Banque de France, dite " loi Rothschild ", du nom de la banque dont était issu le président français, étendue et confortée ensuite au niveau de l'Union européenne par les traités de Maastricht (article 104) et Lisbonne (article 123). D'une seule phrase découle l'absolue spoliation dont est victime 99% de la population : " Le Trésor public ne peut être présentateur de ses propres effets à l'escompte de la banque de France" . En clair, la Banque de France a désormais interdiction de faire crédit à l'État, le condamnant à se financer en empruntant, contre intérêts, aux banques privées, au lieu de continuer à emprunter sans intérêt auprès de la banque de France qui lui appartient. Depuis l'application de ce principe, la finance et son infime oligarchie donnent la pleine mesure de leur asservissement des peuples, en une spirale exponentielle d'accroissement des inégalités. Le pouvoir est désormais aux mains des créanciers privés, qui l'exercent au bénéfice exclusif d'intérêts particuliers, quand la puissance publique a renoncé à son devoir de protéger l'intérêt général. La démocratie, étymologiquement pouvoir du peuple, est morte.

" Ainsi, entre 1980 et 2008, la dette a augmenté de 1088 milliards d'euros et nous avons payé 1306 milliards d'euros d'intérêts ", résume Mai68.org. Faisons la soustraction : sans les intérêts illégitimes encaissés par les financiers privés, la dette publique française se serait élevée, fin 2008, à 21,4 milliards d'euros - au lieu de 1327,1 milliards ! Un escroc peut-il rêver pareil butin ?

Extrait de www.plumedepresse.net

COUP TORDU

L'INVENTION DE LA CRISE
Escroquerie sur un futur en perdition (Extrait)

Étant donnée la situation actuelle du capitalisme financier, nous sommes aujourd'hui contraints de comprendre et d'appréhender l'économie avec le point de vue plus global des relations humaines, sinon, nous serons condamnés à la subir comme un système d'oppression et d'exploitation pour le profit d'un petit nombre de privilégiés qui abuseront sans entraves de leur pouvoir sans limites, et ceci, à perpétuité.

Abandonnant les calculs quantitatifs des accapareurs de richesses, basés sur l'échange usurpateur comme unique valeur sociale, les rapports humains pourront enfin s'auto-organiser de manière juste et égalitaire. Si on se libère des combines et des arnaques, cachées dans la confusion par les complexités numériques des abstractions mathématiques, l'auto-organisation des liaisons entre individus égaux sera alors librement choisie et construite dans un consensus collectif au cours de processus démocratiques directs, à échelle humaine, dans tous les secteurs d'activités.

C'est la seule issue possible à la faillite d'un système mondial qui achève son temps dans la confusion et la désolation. Il s'agit maintenant d'émanciper la société des êtres humains de la tyrannie d'un système planétaire destructeur et suicidaire.

La crise économique est un discours idéologique qui sert à cacher la guerre sociale entre les capitalistes et les diverses couches de la population. Ce n'est pas l'aggravation illimitée de la crise qui produit la révolution, mais le combat dans la crise, contre les conditions d'une survie intolérable, qui engendre le changement de perspective nécessaire à un renversement du système d'exploitation du capital. Aujourd'hui, la révolution n'a plus le communisme comme projet idéal, mais plutôt comme pratique libertaire dans les luttes actuelles, en rupture avec le système, inadmissible pour les capitalistes. Et ce ne sont pas les blocages qui provoqueront la révolution, mais cet ensemble de pratiques incompatibles avec le système. Un bouleversement radical n'a que faire de syndicats aux revendications acceptables, de programmes préfabriqués à imposer, de logos ou de drapeaux de l'ancien monde.

Ce qui importe en réalité c'est le rapport social qui fait que l'activité humaine est réduite à l'esclavage du travail, l'important c'est alors l'abolition de ce rapport social, et non l'abolition abstraite du travail, en prenant collectivement des mesures qui libéreront l'activité de chacun, dans une démocratie générale qui rende tout retour en arrière impossible.

L'économie, idéologie de la domination, disparaîtra lorsque la monnaie, instrument à créer des inégalités, aura perdu sa valeur d'échange, et donc son usage, soit par implosion du système, soit par explosion sociale, soit, ce qu'il semble le plus vraisemblable, par une jonction fortuite des deux. Tout en reprenant le pouvoir sur notre existence et nous réappropriant l'usage de nos vies quotidiennes, instaurons la démocratie directe générale dans les entreprises et tous les établissements publics, " une personne, une voix ". L'autogestion généralisée de la vie dans le cours des libres jeux des relations est un minimum nécessaire à un changement de perspective devenu incontournable. Quand tout devient insupportable, il est prudent de ne plus supporter, et le désir de changer peut alors se transformer en plaisir de changer avec les autres en se libérant de l'emprise de la marchandise et de sa représentation spectaculaire.

Notre devenir sera ce que nous en ferons ensemble, dans une coopération auto-organisée, ou alors nous nous condamnerons à nous enfouir dans la barbarie et la misère.

Lukas Stella, octobre 2011

Le chômage de masse qui frappe la Grèce rappelle l'Allemagne des années 30 et les conséquences qu'on connaît. À Exarcheia, la violence de la crise a plutôt favorisé l'alternative humaniste, libertaire et sociale. Le quartier est massivement anti-autoritaire, avec des nuances et une pléiade d'initiatives complémentaires.
On trouve surtout des représentations de la misère sur les murs, y compris des mendiants dessinés, comme un décor visant à ne pas faire oublier ce qui se passe à l'extérieur du quartier. En effet, dès qu'on traverse la rue Solonos, on croise énormément de mendiants dans les artères marchandes devenues lugubres. De l'autre côté de l'avenue Patission, à l'ouest d'Exarcheia, c'est la misère à plus grande échelle. La misère qui se répand comme une maladie contagieuse. Et la faim qui se dévoile dans les regards furtifs ou insistants.

Le nazisme est de retour. 7% aux élections législatives en 2012. Plus de 15% dans les enquêtes d'opinion un an plus tard. Le fléau est partout. Partout, sauf à Exarcheia qui se revendique zone antifasciste. Sur ses principales artères, les affiches, dessins et textes sont sans appel ni concession, ni compromission.
Ici, les migrants sont tranquilles ou presque. Ils vendent à la sauvette des cigarettes de contrebande sur l'avenue Stournara, ou d'autres bricoles aux alentours du quartier, et se replient vers la place dès qu'une menace s'approche. Des guetteurs sont postés tout en bas de l'avenue. Au moindre mouvement suspect, tout le monde se lève subitement. À la moindre confirmation sonore, c'est la course, en emballant d'un seule geste toutes les marchandises. Ce manège fait songer aux proies de grands prédateurs. Des proies qui réagissent ainsi avant de fuir de la savane vers un territoire plus boisé ou à couvert.
Athènes, c'est la savane des chasseurs de migrants, agréés ou non agréés officiellement par le pouvoir. Exarcheia, c'est la jungle protectrice au beau milieu de ce vaste territoire à découvert. Un point d'eau. Un abri. Et plus, si affinité.
Le long des manifestations, les jeunes libertaires forment une chaîne avec leurs bâtons surmontés d'un drapeau rouge et noir ou tout noir. Les policiers anti-émeutes surveillent de près les cortèges et chacun cherche à impressionner l'autre. Le rapport de force est palpable, lourd, orageux. La détermination est totale. "BATSI, GOUROUNIA, DOLOFONI !"(flics, cochons, assassins !) crient les jeunes à la colonne de visages casqués et dissimulés sous des masques à gaz. Ceux qui pourraient être leur pères se taisent. Seuls leurs chefs répondent dans des talkie-walkie à des ordres venus d'ailleurs, toujours plus haut dans la hiérarchie de l'ordre et du pouvoir. On attend la sortie des Molotovs, pour l'instant cachés dans certains sacs à dos. Tout peut basculer à tout moment, dans les bombes assourdissantes et les gaz lacrymogènes aveuglants et très irritants. Les yeux dans les yeux, le face-à-face continue en criant, à trois ou quatre mètres seulement, le long de la manif.

Les gaz lacrymogènes sont déversés comme du napalm. Un masque à gaz dans chaque sac, les manifestants se sont préparés à cette éventualité. D'autant plus que les gaz utilisés par les brigades anti-émeutes sont absolument proscrits en Europe. Ce sont des gaz à usage militaire, souvent périmés, extrêmement puissants et irritants, voire dangereux pour la santé. Personne ne recule. Les entrées d'Exarcheia sont tenues par des jeunes et des moins jeunes qui dépavent les trottoirs à une vitesse incroyable, outils en main, et en font des projectiles pointus et tranchants. Des guetteurs préviennent de l'arrivée des "MAT" (CRS). Les cocktails Molotovs s'allument. Certains sont des bouteilles de bière et se projettent loin. D'autres sont des bouteilles de vin et même des magnums de i, litre ou de 3 litres et sont jetés en se rapprochant très près ou bien d'un toit. Des jeunes courent de terrasse en terrasse pendant que d'autres, plus nombreux, sont dans les rues. Tous les 6 décembre, chaque année, on assiste à un bras de fer à l'entrée d'Exarcheia et à une véritable guérilla urbaine. Une catharsis de la souffrance endurée.
Aux violences et tortures policières s'ajoutent les sanctions très lourdes de la Justice grecque... C'est pourquoi le quartier est aussi l'un principaux lieux de caches de résistants recherchés dans Athènes. Des planches d'échafaudage sur les toits permettent de passer d'une terrasse à l'autre très vite en cas de besoin. Certaines rues sont si étroites qu'on pourrait presque enjamber le vide. Des logements en apparence murés ou encore des caves ont le même usage. Même rien ne vaut les petits abris sur les terrasses.

NE VIVONS PLUS COMME DES ESCLAVES. Cette devise qui a fait le tour de la Grèce est née ici, à Exarcheia, suite à l'adaptation de la pièce de Jean Genet "Les Bonnes" (d'où elle est extraite).
Une devise qui est revenue à Exarcheia quelques mois plus tard sous la forme d'un film et d'une chanson éponymes. L'occasion de découvrir et fêter cette internationalisation la lutte dans différents lieux et sur la place bien sûr.

Combien de temps encore Exarcheia portera cette énergie créatrice ? Dans quelle mesure seront-nous capables ailleurs de prendre le relais ou de nous en inspirer ? Probablement, selon notre capacité à l'engagement, car c'est bien cela qui caractérise d'abord beaucoup d'habitants de ce quartier d'Athènes si particulier. Ils agissent, sans attendre, tournés ensemble vers l'horizon, par-delà leurs différences.
"Le temps s'écoule, le temps s'enfuit" et l'oubli menace de recouvrir tout ce qui se fait là-bas et ailleurs. Les affiches se déchirent, la peinture s'écaille... Les tyrans ont les yeux braqués sur les poches de résistance qui les menacent. Le temps nous est compté et la vie nous attend.

Les dettes se répandent comme des virus, l'épidémie envahit une société de crise qui s'est grippée. La fièvre monte dans un État fébrile, la lassitude gagne et les défenses immunitaires s'écroulent...
" Pour contenir les populations plongées dans la pauvreté, la propagande de la peur peut être utilisée à propos du changement climatique, des catastrophes naturelles et des attaques terroristes à grande échelle, comme outil de contrôle des populations. "
Rapport de la Fondation Rockefeller, 2010
L'insistance permanente et obsessionnelle du spectacle médiatique à nous faire peur par tous les moyens, nous pousse à nous recroqueviller dans la servitude, chacun " chez soi ", embourbé par nos habitudes casanières et solitaires. Mais la propagande tapageuse en fait parfois beaucoup trop et perd son emprise dans un dysfonctionnement latent, des relations apparaissent là où on ne les attend pas, les croyances se dérobent et la servitude se décompose en petits morceaux.
Le matraquage répétitif et permanent du spectacle de cette réalité des choses marchandes, déforme nos perceptions et notre compréhension de la situation, dans une surabondance de détails parasites qui nous placent dans un état de confusion permanente.
La société a considérablement protégé son fonctionnement depuis 1968 en surdéveloppant son discours spectaculaire, et la contestation de la société n'a pas compris les conséquences de cette mutation, l'empêchant d'effectuer le changement de perspective nécessaire à l'émergence d'un mouvement de transformation radicale. L'internationale s'est réalisée dans la mondialisation et l'abolition de l'État est en cours, il a déjà perdu tout contrôle sur l'économie et la finance. Les politiques gèrent au jour le jour un système dont le fonctionnement leur échappe, en justifiant très mal leurs mesures de rafistolage. Ce sont des escrocs bonimenteurs, et la contestation marche dans les pas de leurs embrouilles, se rendant complice de l'arnaque générale mal dissimulée par sa représentation spectaculaire.
Dans ce monde de communications numériques à sens unique, nous ne sommes pas informés, mais mis en conformité avec les faits objectifs du monde des marchandises.
" Notre croyance en l'objectivité entrave la compréhension que nous avons de nous-mêmes et des autres. L'objectivité du monde n'est qu'apparente. Le lien de cause à effet n'est pas dans la réalité, mais dans une explication de la réalité. C'est l'opération de distinction qui fait distinguer les choses. La réalité est une construction de l'esprit, elle est ce que nous en faisons. La question n'est plus de savoir ce qui est vrai, mais de chercher ce qui est utile pour agir selon nos désirs. "
Lukas Stella, Stratagèmes du changement
Le concept de cause, tel que le définit le scientisme déterministe, se fonde sur les présuppositions que l'on peut expliquer n'importe quel phénomène en le réduisant à l'étude de ses parties et qu'aucun autre élément n'entre en jeu. L'erreur commise par ce réductionnisme aveugle est de ne pas reconnaître avoir détruit le système des relations et interactions qui forment un tout en effectuant ces dissections et découpages arbitraires. Cette conception schizophrénique d'un monde fragmenté ne mène jamais qu'à un obscurantisme sans devenir, à un blocage des possibles.
Ce réalisme qui considère qu'une cause génère son effet, en dehors de tout contexte et de toute interaction n'est qu'une prétention scientiste erronée. La science peut se décrire comme un mode de perception, d'organisation et d'attribution de sens aux observations, qui construit par là même des théories subjectives qui peuvent être confirmées par l'expérience et dont la valeur n'est pas définitive.
Aucune science ne peut proposer une explication de la réalité absolument vraie et inaltérable. Il n'y a pas une seule, mais de multiples réalités, selon le point de vue de l'observateur et des instruments qu'il utilise à des fins d'observation. Ainsi est réfuté tout modèle d'interprétation présupposant une explication de la nature et du comportement de l'Homme qui se veut absolument vraie et définitive, parce qu'un tel modèle tombe inévitablement dans le piège idéologique d'autoréférenciation, sorte de discours qui génère sa propre justification, construite sur ses hypothèses de départ.

Le système doit être étudié dans sa totalité, car la totalité représente davantage que la simple somme de ses parties ; elle est autre et bien plus que le total. Toute tentative d'étudier les composantes de façon isolée détruirait la totalité et produirait des résultats qui altéreraient la compréhension du système.
" Ce sont ces liens, conceptuels ou opérationnels, qui sont les prérequis pour interpréter les structures et la fonction d'un organisme vivant vu comme un organisme autonome autoréférent. Quand ces liens sont ignorés, le concept "d'organisme" est vide, et ses pièces détachées deviennent des problèmes triviaux ou restent des mystères. "
Heinz von Foerster, Seconde cybernétique et complexité
Par opposition au mode de pensée conformiste, qui découpe les champs de connaissances et les compartimente, la pensée situationnelle relie, associe, recadre, coopère, harmonise, s'implique, interagit avec les autres, invente des possibilités et du plaisir partagé. Un mouvement de transformation sociale peut alors se comprendre comme la congruence d'une danse synchrone de coordinations d'actions, d'où émerge une évolution comportementale dans de nouveaux rapports relationnels, au cours de dérives individuelles et collectives sans plan préétabli. Selon ce point de vue, les règles de la concurrence, la loi du plus fort, la hiérarchie, l'exploitation et la prédation font place à l'entraide interactive, la coopération sociale, l'association fédérative, la commune à échelle humaine.
Les réseaux interactifs d'éléments autonomes sont à la base de comportements émergents non prévisibles, car ils sont non déductibles à partir de ses parties singulières. L'auto-organisation émergente est précisément l'agrandissement de l'espace de possibilités d'une nouvelle globalité issue d'une histoire d'interactions entre des éléments différents et hétérogènes. Lorsque la richesse de ces interactions franchit un certain seuil, le mouvement global produit de façon discontinue de nouveaux comportements d'ensembles tout à fait imprévisibles en fonction de la somme des apports de chaque individu ou groupe d'individus. Ces groupes de relations, en interaction temporaire avec d'autres groupes, peuvent développer, dans de brèves périodes, des capacités et des propriétés nouvelles inconcevables, parce que non déductibles.

La société du spectacle est très peu spectaculaire
(Réponse de Jean-Pierre Voyer à M. Bueno)

Debord et la Société du spectacle

Pour Debord, les marchandises et leur consommation sont des promesses de bonheur, "le spectacle n'est qu'une image d'unification heureuse" (encore des images ! thèse 63). Le titre du deuxième chapitre est d'ailleurs "La marchandise comme spectacle". Pour Debord, donc, le spectacle est le monde marchand dans son ensemble, et non pas seulement un seul secteur de ce monde.

D'abord, je vous le demande, où donc le monde réel se change-t-il en de simples images comme le prétend le monsieur ? Nulle part. Vous verrez peut-être des images, à la télévision notamment, qui se prétendent images du monde ou qui sont tenues pour des images du monde. Mais cela ne signifie pas que le monde se transforme en images. Allez dire ça aux bougnoules irakiens. Il produit et contient peut-être beaucoup d'images (de ce fait, il est spectacliste) mais ce n'est pas pour autant qu'il se transforme en images. C'est tout le contraire. Quelques images, quelques femmes nues sur des affiches, essayent de se faire passer pour le monde et cela n'est possible qu'à cause de la déficience de parution du monde. Le monde ne paraît pas. Comment pourrait-il être un spectacle ? Le monde réel ne se change en rien du tout sinon en lui-même. Il se contente de ne pas paraître. Il continue d'être, tranquillement. Il tremble dans ses profondeurs et pourtant il n'est pas inquiet. Quant à ce qui paraît, ce n'est pas le monde, mais ce n'est ni une image, ni un spectacle pour autant, ni plus, ni moins que les Alpes.

Ensuite, où peut-on voir des images, qu'elles soient d'unification heureuse ou de ce qu'on voudra, qu'elles se prétendent images du monde ou non, qu'elles soient tenues pour des images du monde ou non ? Je vous le demande, où peut-on voir de telles choses ? Dans la pub, à la télévision et nulle part ailleurs. Le seul endroit où les marchandises sont un spectacle, au sens de mise en scène, le seul endroit où leur consommation est une image d'unification heureuse, le seul endroit où les marchandises sont des images, c'est la pub, n'en déplaise à Debord, cet homme qui ne se corrigeait pas mais qui baissa sa culotte devant un "merdeux qui espérait hériter" et qui, finalement, hérita. Tout le reste, c'est de la phrase.

Ailleurs que dans la pub, ailleurs qu'à la télévision, dans les supermarchés notamment, vision d'enfer que ne pouvait imaginer Dante, les marchandises et leur consommation ne sont pas une image d'unification heureuse, ni aucune autre image, mais un spectacle d'épouvante et de désolation, grouillement abject d'esclaves pacifiés et apeurés. Et là il ne s'agit pas de mise en scène mais de réalité ! Là le mot "spectacle" n'a pas le sens de mise en scène et d'illusion lénifiante mais simplement le sens de "vision" d'horreur, ce que l'on voit quand on ouvre les yeux si les mots veulent encore dire quelque chose. Encore une fois, le seul endroit où il y ait image d'unification heureuse c'est la propagande ou la pub, le seul endroit où les marchandises et leur consommation soient une promesse de bonheur, c'est la pub, le seul endroit où la marchandise soit un spectacle, c'est la pub. Partout ailleurs, c'est une vision de terreur et de désolation et il ne s'agit pas d'images. Les mots "image d'unification heureuse environnée de désolation et d'épouvante" sont de Debord lui-même (thèse 63). Il reconnaît donc, (il n'est pas à une contradiction près du moment qu'il peut faire de la phrase), que l'image de l'unification heureuse a lieu au milieu de quelque chose qui n'est ni image, ni spectacle, ni mise en scène, ni unification heureuse ; mais atroce réalité quasi invisible pour la plus grande part. La misère et le malheur sont secrets ou bien, quand ils paraissent, c'est précisément sous une forme spectaculaire (au sens vulgaire, très vulgaire même), à la télévision. Le con de Mme Ockrent est si large que son mari peut y pénétrer avec un sac de riz sur l'épaule.

Je serais encore plus précis : ce n'est pas tout ce qui était directement vécu (quoi donc d'ailleurs ?) qui s'est éloigné dans une représentation, mais seulement l'idéologie, ce qui n'est déjà pas mal. Toute l'idéologie des sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de communication se réduit à une immense accumulation de spectacles. Ce qui était seulement écrit et prononcé est aujourd'hui photographié, filmé, télévisé, chanté et dansé, comme l'avait bien compris Céline qui y voyait, en tant qu'écrivain, de la concurrence déloyale. L'idéologie est devenue audiovisuelle et se réduit à une mise en scène. Il n'est même plus la peine d'argumenter et les néo-professeurs et néo-auteurs sont seulement des cabotins dont le succès dépend de leur passage de la rampe (ils rampent d'ailleurs). Le seule spectacle qui soit est seulement l'idéologie devenue spectacle. C'est tout. Et l'idéologie n'est pas le monde que je sache mais seulement un discours sur le monde. Aujourd'hui ce discours, si on peut appeler cela ainsi, est photographié, filmé, télévisé et même vécu (les prides et les proud). Voilà donc ce concept de spectacle. C'est la seule différence avec le monde du temps de Marx et Balzac. L'idéologie est devenue un spectacle et n'a même plus besoin de prétendre être une pensée. C'est seulement dans cette idéologie audiovisuelle que la marchandise est image d'unification heureuse, encore que les pâtes Panzani ou l'huile Lesieur ne soient pas tellement bandantes. C'est pourquoi on leur adjoint généralement une pisseuse dont la culotte est mouillée, oui, mais de pisse. Aujourd'hui l'idéologie est audiovisuelle, elle est non seulement presse, édition, mais culture, pub, télévision, cinéma, mode, prétendu art post-pédé, sport ou plus généralement industrie des loisirs où le bétail servile est engagé à ses frais (on est loin de l'édition à compte d'auteur) comme figurant et prosélyte. Mais tout cela n'est qu'un secteur spécialisé du monde et non pas le monde lui-même, ni "un rapport social entre des personnes médiatisé par des images" (thèse 4) quoique les billets de banque soient des images. Disneyland n'est pas le monde et ne le sera jamais.

Debord a certainement réussi à stigmatiser cette partie de la société dont le rôle est de concentrer et d'abuser tout regard et toute conscience (il aurait certainement mieux réussi d'ailleurs s'il avait été moins prétentieux et moins précieux, car, que je sache, les stigmatisés ne se portent pas trop mal et se réclament tous, à juste titre, de Debord) ; mais il a totalement échoué à montrer que le spectacle était un rapport social entre des personnes, que le spectacle était le capital qui se change en image, que le monde se change en de simples images, bla bla bla. Il n'a même jamais essayé. Cet ivrogne s'est vite fatigué et vite contenté. Certes, le spectacle se donne comme "la société même" ; mais il n'est pas "la société même". La société même n'est pas non plus spectaculaire mais au contraire, hélas, strictement invisible. Ce spectacle qui se présente comme la société même est le fait d'une partie de la société, même si tous les habitants de la société sont victimes de cette apparence. Tous les habitants de la société peuvent très bien voir "la société même" dans les représentations que leur en donne un secteur spécialisé dans l'illusion et la mise en scène (ce qui reste à prouver) sans que pour autant "la société même" soit un spectacle, ni spectaculaire, ni une mise en scène. Au contraire, "la société même" (la main invisible d'Adam Smith) ne paraît jamais et c'est bien ce défaut de parution qui permet au spectacle de s'épanouir et de prospérer. Ce n'est pas le spectacle qui cache la société et l'empêche de paraître, c'est le défaut de parution de la société qui permet au spectacle d'exister. Contrairement aux sociétés étudiées par Lévi-Strauss où les règles des systèmes d'échange portant sur des biens, des signes, des femmes, paraissaient néanmoins tout en demeurant incompréhensibles pour l'ethnographe, dans les sociétés modernes ces règles ne paraissent pas. Ensuite, ce secteur spécialisé de la société peut très bien être un instrument d'unification, mais il n'unifie que l'abrutissement et non pas la société. Si la société même paraissait, tous les problèmes seraient instantanément résolus. C'est du fait de l'invisibilité de la société que les hommes font autres chose que ce qu'ils croient faire et qu'ils le font toujours contre leur gré. Tout le problème consiste selon Hegel dans le paraître dans soi du monde (la phénoménologie de l'esprit stricto sensu si je ne m'abuse), ce qu'était bien incapable de comprendre Lévi-Strauss et à fortiori M. Derrida absorbé par la recherche de son prépuce perdu.

Ce qu'est la société même, Debord l'ignore, moi aussi et vous sans aucun doute. Seule m'importe ce qu'est la société, seule m'importe la réponse à la question "pourquoi y a-t-il des esclaves plutôt que rien ?", choses dont Debord s'est moqué dans tous les sens du terme. Ce qu'est la société même, elle l'était déjà du temps de Balzac et de Marx et elle l'est toujours aujourd'hui.

Le spectacle comme partie de la société et comme production d'une partie de la société, le seul qui existe contrairement à ce que prétend Debord, est, d'une manière plus générale, l'industrie des loisirs et s'il est vrai que cette industrie concourt à l'unification de l'abrutissement dans la société, ce n'est qu'en tant que branche particulière du commerce. Le commerce est l'instrument d'unification unique de ce monde. Il est certainement vrai que l'industrie des loisirs concentre tout regard et toute conscience mais justement parce qu'elle est industrie de loisirs spectaculaires, destinés par définition au regard et à la conscience. Il est certainement vrai que cette industrie est un puissant instrument d'abêtissement ; mais au moins est-ce partout le même abêtissement, un abêtissement universel. L'universel progresse par le mauvais côté ce qui ne devrait pas vous étonner. Voilà le négatif au travail. Il n'en n'est pas moins vrai que la société même n'est ni spectacle ni spectaculaire ne serait-ce que parce que si elle était spectacle, vous la verriez, or vous ne l'avez jamais vue, ni Marx, ni Durkheim, ni Mauss ni tant d'autres qui auraient tellement aimé la voir. Hegel fut certainement le meilleur visionnaire de la société. Hegel est catégorique : la société est communication, la société est savoir, la société est un système général d'apparence. L'histoire du monde est celle du paraître dans soi du monde. Si toute illusion est une apparence, toute apparence n'est pas une illusion et cette société ne vit pas à travers son système général d'illusion, comme le prétend la pensée Canal plus ; mais, comme toute société, à travers un système général d'apparence qui ne parait jamais (Dans les sociétés étudiées par Lévi-Strauss il paraissait encore). Prétendre le contraire, c'est confondre l'enculage proprement dit avec la vaseline. Ce savoir vous ignore et réciproquement vous l'ignorez. C'est de bonne guerre. Plus précisément, Hegel et les sauvages savent que la société est savoir, Weber et vous l'ignorez.

Donc, finalement, le spectacle se réduit à l'industrie des loisirs : culture, sport, mode, loisir, télévision, show-business, pub, presse. Le monde entier n'est pas une industrie des loisirs, n'est pas un spectacle, n'est pas spectaculaire, n'est pas une mise en scène, n'est pas illusoire, n'est pas une accumulation de spectacles ou d'images. Pour qu'il soit illusoire, au moins faudrait-il qu'il paraisse, ce qu'il se refuse à faire. Il s'abstient de paraître, tout bonnement. Et quand il parait c'est comme une nature. Le spectacle du monde réel est comme le spectacle des Alpes. Comme Hegel devant les Alpes nous ne pouvons que dire das ist. C'est la naturalisation de l'esclavage. Dans la société, telle qu'elle paraît, l'esclavage est naturel. Il va de soi. J'écrivais précédemment qu'il n'y avait pas de société du spectacle mais seulement un spectacle de la société. Hélas non, il n'y a même pas de spectacle de la société, seulement un spectacle d'une nature. La prétendue société du spectacle est très peu spectaculaire. On ne la voit jamais sinon à la télévision. La société que l'on voit ailleurs qu'à la télévision est tout à fait ordinaire, tout à fait naturelle, ce qui est la pire des choses pour une société. (Les société des sauvages sont bien moins naturelle que la nôtre. C'est ce qui a frappé les ethnographes.) Le monde cache bien son jeu. Le monde paraît dans lui-même secrètement, à l'insu de tous et de lui-même évidemment. Le monde est plus fort en secret que la CIA et le Mossad réunis. Le monde est un message secret dont le sens ne préexiste pas à son déchiffrement. Donc, le spectacle n'est pas, comme le prétend le monsieur (thèse 10), "la négation de la vie devenue visible". [Le crétin a également écrit dans ses Commentaires : "Le secret domine le monde et d'abord comme secret de la domination". Il faudrait savoir. La négation de la vie est devenue visible, mais la domination demeure secrète ! Pour un homme qui ne se corrige jamais. Prétentieux imbécile. La vanité l'a perdu. C'est comme ce Bounan qui prétend que le secret de la domination est connu depuis un siècle. Mais on chercherait en vain, dans le monde, le plus minime effet de ce savoir séculaire. Mais, crétins, le monde lui-même est un secret. Personne, hormis Hegel et Allah, ne peut se vanter d'en produire le concept. Le monde seul peut produire son concept. Durkheim dirait que seule la société peut expliquer la société.] C'est exactement le contraire. Comme toute idéologie le spectacle (le médiatique) a pour mission de dissimuler la négation effective de la vie qui, sans cela, risquerait de devenir visible. Au besoin, le spectacle (le médiatique) insiste complaisamment sur des négations de la vie bien sanglantes, en un mot bien spectaculaires, massacres, camps de concentration, chambres à gaz, génocides, guerres locales, charniers, ce qu'il faut bien appeler des détails face à la généralité et à la permanence de la véritable et universelle négation de la vie qui demeure secrète. Celle là, on ne la verra jamais à la télévision. (J'emprunte le mot détail à M. Le Pen. J'espère qu'il ne va pas me réclamer de droits d'auteur. Ce n'est qu'une juste compensation après le plagiat universel de mon titre Reich, mode d'emploi qui est certainement le titre le plus plagié dans toute l'histoire de la littérature.) M. Lévy, flanqué de l'inévitable James Bond girl, grand amateur de ce genre de détails édifiants, est l'un de ces agents de désinformation très actifs du Maussade (voilà donc pourquoi il ne sourit jamais sur ses photos !) La négation effective de la vie, ce qui nie effectivement la vie, demeure invisible, secret. Et pour cause, c'est la vie même qui nie la vie, l'esprit qui nie l'esprit, la communication qui nie la communication. Si la négation de la vie devenait visible, le problème serait résolu immédiatement. Quand les dix mille hoplites (hélas, ils n'étaient plus que cinq mille alors) voulaient déposer un de leurs officiers, trois cents d'entre eux se baissaient et ramassaient une pierre, et cela suffisait si l'on en croit Xénophon. La phénoménologie de l'esprit n'est pas un spectacle.

Comme le remarque très justement Weber, les sauvages voient beaucoup mieux leur propre société que nous ne voyons la nôtre (et la leur par la même occasion). C'est cela l'aliénation. La communication s'éloigne de chacun et devient invisible ou plutôt visible mais méconnaissable. Vous l'avez sous les yeux mais vous ne la voyez pas. Ainsi, selon Hegel, la nature est l'esprit, mais méconnaissable. Dans son œuvre, Hegel tente justement de nous montrer que sous ses dehors peu avenants, la nature est cependant l'esprit devenu autre. Les esclaves ont le devoir de détruire tout ce qu'ils ont été contraints de produire ; mais contrairement à ce qui se passait dans d'autres sociétés, ils peuvent produire et détruire autant qu'ils peuvent, la communication ne leur demeure pas moins étrangère, elle n'en demeure pas moins toujours ailleurs et strictement invisible. La communication aliénée est tout le contraire d'un spectacle. Il faut vraiment beaucoup chercher pour voir l'esprit à l'œuvre dans la nature ou la communication à l'œuvre dans cette société. Bien qu'il ne s'agisse pas du même dieu, je pourrais reprendre à mon compte ces mots de Bloy : "Tout ce qui s'accomplit extérieurement n'est qu'une apparence, - un reflet énigmatique, per speculum, - de ce qui s'accomplit, substantiellement, dans l'invisible." Voilà pourquoi, Monsieur, l'homme ne peut demeurer au repos dans une chambre à Gaza ou ailleurs. La substance invisible dans laquelle l'homme se meut réellement et qui le meut pénètre et agit dans la chambre la mieux calfeutrée.

Effectivement, cette industrie des loisirs, extrêmement récente (disons 1960) est bien caractéristique du monde présent et n'existait pas du temps de Marx et de Balzac (à part la presse aux ordres, cf "Illusions perdues" et la réclame. Au moins les journalistes du temps de Balzac étaient-ils cyniques. Les Lousteau et Bixiou en plaisantaient en privé et faisaient des mots d'esprits sur leur scélératesse. Ceux d'aujourd'hui sont de gauche et intimement bien pensants - et non plus seulement dans les colonnes des journaux - c'est à dire infâmes. Regardez ces lycéens prétendument cyniques de Libération-Chargeurs, toujours ricanants, pas dupes n'est-ce pas, toujours prêts à faire un bon mot grinçant. Lâchez devant eux, je ne dirais même pas les mots "Heil Hitler !", mais simplement le mot "détail" et c'en est fini de leur cynisme et de leur goguenardise. Là ils ne rigolent plus.) Mais ce n'est pas une raison pour dire que le monde est spectaculaire, que la société est spectaculaire. Seuls l'idéologie l'est devenue. Les loisirs des esclaves sont tout sauf une image d'unification heureuse. Céline ne se trompait pas sur ces questions comme en témoigne notamment sa partie de canotage à Chatou. Il ne rate pas ces cochons d'hédonistes supposés. C'est bien ce monde qu'il décrivit de façon véridique. La prétendue félicité, le prétendu hédonisme de ces loisirs spectaculaires sont en vérité abjection, bêtise, ennui, terreur, hébétude, concours de thermomètres. C'est dans ces loisirs spécialement produits pour lui que l'esclave peut révéler toute sa bassesse et son ignominie d'esclave. Le maître est à son balcon, il jette sa chéchia dans la cour, les esclaves sursautent. Quant au monde ou à la société, ils sont toujours ce qu'ils étaient déjà du temps de Marx et de Balzac, l'industrie des loisirs et l'idéologie transformée en spectacle (Hitler et Goebbels n'en espéraient pas tant) n'en étant qu'un des logiques aboutissements : l'esclave doit pouvoir dépenser son salaire. La consommation, c'est l'esclave qui doit dépenser son salaire.

Ce n'est pas cette industrie des loisirs qui fait que les esclaves sont esclaves, c'est parce que les esclaves sont des esclaves que cette industrie est possible, qu'elle peut coloniser la fameuse vie prétendument quotidienne (prétendument au sens où Wittgenstein parle des lois prétendument naturelles) de l'esclave. Elle consiste à occuper l'esclave le temps qu'il ne travaille pas. La pleureuse très bouffie Finkielkraut prétend que c'est l'industrie des loisirs qui empêche que les esclaves puissent accéder à la pensée. C'est seulement le fait que les esclaves sont des esclaves qui empêche qu'ils puissent accéder à la pensée et que l'industrie des loisirs est possible, facile et rentable. C'est seulement parce que les esclaves n'ont pas accès à la communication et à la reconnaissance qu'ils n'ont pas accès à la pensée. C'est parce qu'ils ne peuvent rien faire d'autre que dépenser leur salaire que l'industrie des loisirs est possible et a été tout spécialement conçue pour dépenser ce salaire (enfin ce qui n'est pas dépensé en pâtes Panzani et en huile Lesieur). Seuls parmi tous, que vouliez vous qu'ils fassent. L'industrie des loisirs est calquée sur la bassesse des esclaves (marketing oblige) ; ce n'est pas la bassesse de cette industrie florissante qui est la cause de la bassesse de l'esclave.

L'industrie des loisirs est un résultat de la séparation et non la cause. Donc, il est stupide d'écrire que la séparation est l'alpha et l'oméga du spectacle (thèse 25) d'autant plus stupide que le ton est plus pompeux et pompant. Au contraire, l'idéologie devenue spectacle est spectacle de la réconciliation, de la reconnaissance et de la communication. La séparation est l'alpha et l'oméga du monde, le résultat de l'éloignement de la communication et de la reconnaissance dans le monde. Le commerce est la cause de la séparation. Dans le monde, c'est la communication elle-même, c'est la reconnaissance elle-même (l'argent) qui séparent. Le commerce est un surgénérateur de séparation : il produit plus de séparation qu'il n'en consomme. Le commerce ne peut avoir lieu que là où existe déjà la séparation ; mais là où il a lieu il produit sans fin de la séparation. C'est parce que la fornication est interdite par la censure que, dans les film porno, il n'y a que fornication, hélas. De même, c'est parce que la reconnaissance est interdite dans le monde que, dans l'idéologie devenue spectacle, il n'y a que reconnaissance, reconnaissance et reconnaissance avec la même abjection, la même vulgarité et la même déchéance de la reconnaissance que pour la fornication dans les films porno.Ce n'est pas parce que dans ce monde existe une industrie des loisirs pour qu'aussitôt, ni jamais, ce monde devienne un monde du spectacle ou des loisirs comme d'aucuns l'ont prétendu.

Il est parfaitement injustifié de prétendre que toute la vie (rien que ça) des sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de production s'annonce comme une immense accumulation de spectacles et que tout ce qui était directement vécu s'est éloigné dans une représentation. C'est seulement l'idéologie qui s'est éloignée dans une représentation. C'est seulement toute la prétendue vie présentée par l'industrie des loisirs qui parait comme une accumulation de spectacles. C'est seulement l'accumulation de spectacles qui parait comme une accumulation de spectacles et rien d'autre. Quant à tout ce qui était directement vécu, il a purement et simplement disparu. La vie telle qu'elle est, ou son absence, ne paraissent jamais. Personne ne sait ce qu'est toute la vie, ni ici, ni ailleurs. Là encore la remarque de Weber garde tout son sel. Quelques hommes ont conquis une gloire immense pour avoir tenté de dire ce qu'était toute la vie notamment, Stendhal, Balzac, Proust, Joyce, Céline. Un Debord n'en sait rien et surtout ne veut rien en savoir. Seule l'intéressait son érection (terme peu approprié pour cet ivrogne, boire ou bander, il faut choisir) en Debord l'Admirable, grand détecteur d'octosyllabes devant la postérité.

Seule l'industrie des loisirs s'annonce comme une immense accumulation de spectacles (qui sont aussi des marchandises ; mais le plutonium aussi est une marchandise). Et l'industrie des loisirs n'est pas le monde ni la société. C'est seulement dans l'industrie des loisirs, dans l'idéologie audiovisuelle, que "les images se sont détachées de chaque aspect de la vie" et non pas dans le monde et la société bien que l'industrie des loisirs soit une partie de ce monde et de cette société. Mais il est possible que l'industrie des loisirs, et seulement elle, "se déploie dans sa propre unité générale en tant que pseudo-monde à part, objet de la seule contemplation", et tout d'abord parce qu'elle est industrie de spectacles, que ce qu'elle fait est fait pour être vu, qu'elle y emploie les moyens adéquats. "Le spectacle en général" (thèse 2) n'existe pas. N'existent que "ses formes particulières, information ou propagande, publicité ou consommation directe de divertissement" (thèse 6). Il ne peut donc être "inversion concrète de la vie, mouvement autonome du non-vivant". Encore moins "un rapport social entre des personnes médiatisé par des images", "le capital devenu image", bla bla bla. Mais en tant qu'industrie des loisirs, il peut très bien être "une vision du monde qui s'est objectivée" (thèse 5), c'est à dire une idéologie qui s'est objectivée [thèse d'Anders, mot pour mot, publiée en 1956]. Et à ce titre il ne peut être "le monde réellement inversé" mais seulement un monde illusoire qui prétend être le monde même (renversé ou non) mais qui ne l'est pas. Pendant ce temps, le vrai monde, c'est à dire le monde tel qu'il existe, et qui contient et produit ce monde illusoire, continue tranquillement dans l'indifférence générale. Cependant, ce monde illusoire qui bien que n'existant pas semble exister n'en n'est pas moins révélateur : il est un monde où la reconnaissance aurait lieu, il est mise en scène de la reconnaissance. Ainsi, en devenant spectacle l'idéologie change également de contenu. Aux sévères leçons de morale anglo-saxonnes et protestantes a succédé une célébration débridée de l'hédonisme. Là, il y a effectivement un changement qualitatif. On ne célèbre que ce que l'on n'a pas justement. L'idéologie de l'hédonisme c'est avant tout le spectacle d'un monde où la reconnaissance aurait lieu, c'est à dire tout le contraire du monde tel qu'il est si l'on en juge par le peu qu'on en voit. Mais la mise en scène de la reconnaissance n'est pas la reconnaissance, c'est seulement un spectacle assez dégoûtant. Pendant ce temps, le métro est bondé d'hédonistes, les autoroutes vomissent des hédonistes à pleins embouteillages et pleins gaz, les bureaux regorgent d'hédonistes et les syndicats de pédés défilent dans les rues pour exiger le droit au divorce.

Voilà donc à quoi s'emploie la canaille culturelle, médiatique et autre, elle s'emploie à la mise en scène de la reconnaissance et en tout premier lieu à la mise en scène de sa propre reconnaissance. L'activité de la canaille intellectuelle est l'idéologie vécue et militante. Et c'est pourquoi M. Lévy, bien que piètre metteur en scène, (c'est en quoi il est excellent, il ne cherche même pas à donner le change, contrairement à Debord) est parfaitement représentatif de ces gens, c'est en quelque sorte le secrétaire perpétuel de cette académie. C'est l'écrivain réduit à la pure opération d'écrire et donc totalement délivré de l'obligation d'écrire quelque chose. Né riche, ami de riches et puissants capitalistes, capitaliste lui-même, il n'a pas à se soucier, comme ses congénères pauvres, de l'or nécessaire mais seulement de la gloire des lauriers, comparable en cela, (et pas seulement en cela) au vicomte d'Arlincourt. (Telle Mme Barbie-Lévy, la vicomtesse entrait dans les librairies pour acheter les livres de son mari, celui-ci faisait faire simultanément plusieurs impressions de ses livres pour se targuer de rééditions rapides, il se ruinait en soupers où il invitait toute la presse de son époque etc. La vicomtesse était-elle aussi jolie que Mme Barbie-Lévy, baissait-elle sa petite culotte avec autant de grâce ? C'est la seule chose qui risque d'être différente et qui intéresserait fort Stendhal aujourd'hui.) De plus il est déjà reconnu par ses pairs de son vivant (contrairement au vicomte). Il est donc totalement libre de travailler à sa propre reconnaissance posthume. Il se coltine directement à la postérité sans se soucier d'accomplir la moindre œuvre ou le moindre exploit. Il ne prend même pas la peine de signer une pissotière comme le tout venant des artistes post-pédé. Il travaille la postérité à main nue. L'artiste spectaculaire travaille directement sur la reconnaissance (la femme de l'artiste est aussi très spectaculaire. Elle tient un rôle important dans l'idéologie faite spectacle. Effectivement, quand elle baisse avec grâce sa petite culotte dans le roman photo grandiose que son mari lui a consacré, on a bien une image du bonheur. Elle nous apprend d'autre part dans les colonnes du Monde que son mouillomètre déborde quand elle détecte une société du spectacle tandis que son mari fait du grand journalisme avec les cadavres des bougnoules algériens. Je sais d'ailleurs pourquoi il ne s'est pas rué sur les cadavres des Tutsis et des Hutus pourtant innombrables, c'est qu'il craignait que les nègres ne coupent ses arbres en représailles faute de pouvoir lui couper les couilles. Or la Mitidja est très peu boisée. Un bon négociant ne prend jamais de risques inconsidérés. M. Babette Lévy s'en va-t-en guerre avec son ami Vacherin très, très fripé. Après tout, c'est son monde, il en est l'un des propriétaires. Il en fait ce qu'il veut, avec ses amis, du moins, jusqu'à maintenant.) M. Lévy, comme Debord, est fou de reconnaissance comme d'autres sont fous de Dieu. C'est un militant infatigable de l'idéologie faite spectacle. C'est, comme Debord, un fanatique de la reconnaissance. L'art post-pédé, (c'est à dire l'art après l'affreux pédé albinos Warhol) ne se préoccupe que de la mise en scène de la reconnaissance. Dans l'idéologie devenue spectacle, tout est réduit à la pure opération.

En fait la seule véritable société spectaculaire fut la société stalinienne. Celle-ci ne fut qu'une réédition gigantesque et sanguinaire des mises en scènes Potemkine. La révolte sur le cuirassé Potemkine en 1905 ne fut donc qu'un sinistre présage. Tintin chez les soviet est un reportage véridique et clairvoyant, le Nord d'Hergé. Au contraire, malgré l'estime que j'ai pour Céline, je trouve son Mea culpa brouillon, incompréhensible et mensonger : où donc a-t-il vu Popu à l'œuvre en URSS ?

En résumé : la mise en scène n'est pas le secret de ce monde. C'est au contraire ce secret demeuré inviolé qui permet l'abondance et la facilité de la mise en scène, qui permet que l'idéologie devienne spectacle. Il y a plus de mise en scène (est-ce certain ?) et donc plus de metteurs en scène aujourd'hui que du temps de Balzac mais, c'est une simple question quantitative. Bien qu'abondante, la mise en scène n'est qu'un détail, une anecdote du monde. Ce qui fait que les esclaves obéissent est ailleurs. Ce qui nie la vie demeure secret. Serait-il connu que tout s'effondrerait. Et Debord n'a pas écrit une théorie du monde comme système général d'apparence, comme phénoménologie de l'esprit. J'ai pensé un moment que tel était son projet. Il n'en est rien. Il s'en souciait comme de sa chemise ou de la culotte qu'il baissa devant l'héritier Gallimard. La marchandise contient le négatif comme apparence, certes, mais elle n'est pas spectacle. La valeur est un échange effectué en pensée, mais cela n'est ni spectacle, ni mise en scène, c'est la réalité. D'ailleurs, personne ne le voit. C'est le familier qui n'est pas pour autant connu.

Comme je l'ai écrit à M-E Nabe, les journalistes pour une fois sont innocents (n'en déplaise à M. Lévy, l'écrivain abstrait) quand ils entendent le mot spectacle au sens de médiatique. Il n'y a pas d'autre sens. Debord n'a que ce qu'il mérite, il a choisi ses lecteurs. Il plaît furieusement aujourd'hui, à Paris, ce qui est fâcheux pour quelqu'un qui prétendit, avec quelle insistance (cf Cette mauvaise réputation) s'être appliqué à déplaire. Il donne raison à Buffon : il n'a que le style (faisandé) puisqu'il n'a pas la pensée. Si d'aventure, vous lisez son autopanégyrique vous apprendrez que dans l'âtre de sa maison de campagne "Plusieurs bûches brûlaient ensemble". Plusieurs ! Ensemble ! C'est extraordinaire. Quel grand homme. Il ne peut rien faire comme tout le monde. [Exclamation du général Lefèvre alors que son ancien camarade Bonaparte, devenu entre temps directeur ce qui jetait un certain froid dans leurs relations, disait qu'il mangeait les artichaut à la croque au sel. Anecdote rapporté par Paul-Louis Courier] Je suis certain qu'il mangeait les artichauts à la croque-au-sel, comme Bonaparte.

A nouveau je vous mets au défi de citer un seul passage de Debord qui définisse le spectacle dans un sens autre que celui de médiatique et qui ne soit pas une sottise comme ce monde qui se transforme en images ou cette économie se développant pour elle-même. Je vous mets au défi de m'indiquer un seul phénomène que l'on puisse nommer spectacle et qui soit autre chose que médiatique. Tout ce que vous avez trouvé à me répondre jusqu'ici, c'est que je sais, moi, ce qu'est le spectacle. Ce n'est pas de chance, je n'ai jamais su ce qu'était le spectacle contrairement aux perroquets qui répètent le mot ou à Debord qui prétendait le savoir (Debord et Lebovici prétendaient aussi savoir qui avait critiqué Marx !). Aujourd'hui je sais que, hors du sens médiatique, c'est un mot vide de sens, un de plus. Debord m'a aidé dans cette compréhension par sa conduite. Il me dit un jour que l'on pouvait toujours discuter et transiger sur la théorie mais jamais sur les actes. Oui en effet. J'applique à lui-même ses sages principes. Ceci dit, où avez vous jamais vu Debord, ou un seul de ses disciples, discuter de théorie ou de quoi que ce soit d'autre ? En avez-vous vu un seul penser ? En avez-vous vu un seul argumenter ? Ils sont tellement au dessus de ça.

COUP TORDU
Francis Cousin, Éditions Le retour aux sources, octobre 2012 (extraits)

Le spectacle du fétichisme de la marchandise fait le devenir du monde. L'existence humaine n'y est là qu'une longue errance angoissée sur le marché narcissique des rencontres factices. Partout règne la liberté despotique de l'argent et l'humain asservi et déchiré par la dictature démocratique de l'avoir et du paraître, ne cesse de consommer sa propre soumission. Contre ce totalitarisme de la fausse conscience, il s'agit de tourner le dos à la mise en scène de la passivité moderne, pour retrouver les véritables chemins du sens critique et poser en pratique la question radicale de l'authenticité de l'être. A l'heure où les troubles sociaux d'envergure, qui partout s'annoncent, menacent l'organisation inhumaine de l'ordre existant, l'auteur tient à dire qu'il n est pas indifférent de rappeler que toutes les politiques de la raison marchande sont, de l'extrême droite à l'extrême gauche du Capital, l'ennemi absolu et définitif de toute joie humaine véridique.

Critique du concept de désinformation

Le concept de désinformation est insuffisant. Il nous donnerait à croire que le système matraque, que le système par une technique de renversement construit le Faux. Or, le Faux n'est pas une construction diabolique et complotiste d'états majors petits, moyens ou grands, le Faux, est la substance même du fétichisme de la marchandise, c'est une immanence.
Bien évidement, il y a des états majors dans les services qui organisent, mais ils n'ont aucun pouvoir, ils sont eux mêmes dans la mystification du fétichisme, ça ne sont pas les états majors qui organisent le fétichisme de la marchandise, c'est le fétichisme de la marchandise qui manipule et qui organise les états majors.
Extrait de l'émission : "Francis Cousin : L'Être contre l'avoir" sur Méridien Zéro

Le concept équivoque de désinformation, mis en vogue ces temps derniers par ceux qui souhaiteraient voir se mettre en place une autre forme d'économie politique de l'aliénation et qui aboutit finalement à faire croire que le mensonge résulterait d'une simple utilisation inadéquate et malveillante de l'authenticité qu'il conviendrait uniquement de changer en bon usage de réinformation, oublie que c'est la marchandise qui est en soi pure contre-vérité.
Tant que le fétichisme de la marchandise existera, et peu importe là quelle faction étatique en assume la gestion, le renseignement et l'investigation, la vérité officielle du spectacle démocratique ne saurait être autre chose que la perfide impérialiste du marché, puissance la plus hostile qui puisse être pour la vraie passion de vérité humaine.
Ainsi, de l'extrême droite à l'extrême gauche du Capital, tous les contre-médiatiques qui voudraient simplement changer d'État et modifier la donne de l'argent, omettent de voir que le faux ne résulte nullement de soi-disant mauvais jugements, observations ou déductions mais qu'il est, a contrario, l'impeccable conclusion du bon raisonnement spectaliste de l'intellection marchande".
Francis Cousin, "L'Être contre l'avoir", extraits.

Réponse de Francis Cousin à Alain Santacreu

Virer par-dessus bord tout ce qui n'est pas le mouvement réel de l'histoire pour enfin saisir l'histoire réelle de ce mouvement...

(...) À rebours de toute allégeance idéologique à toutes les écritures religieuses de domestication possible et de toutes les génuflexions envisageables à l'économie politique de la fausse conscience, qui construisent de toute pièce le spectacle illusoire d'une introuvable vérité, le style dialectique du renversement permanent cher à Marx et Debord n'est pas autre chose qu'une forme d'expression obligée pour dire le mouvement permanent du refus de d'aliénation littéraire. La contre-domestication n'est point une domestication contraire mais le contraire de toute domestication. La théorie critique ne peut ainsi se communiquer que par le langage de la critique. C'est le langage de la contradiction révolutionnaire lequel est dialectique dans la forme de son contenu comme dans le contenu de sa forme. Il est, là, critique accomplie de la totalité historique des langages de l'imposture. Il n'est pas une nouvelle écriture mais le tumulte de son renversement définitif. Il annonce que l'énergie du vrai logos commence quand la chair sacrale du cosmos de l'être cesse d'avoir besoin pour croire exister d'aller se faire verbe vadrouillant et bavardant sur les représentations administratives de l'asservissement.

Dans les années post-soixantuitardes, Guy Debord conçut un jeu de la guerre à partir d'une conservation/dé-passement de la théorie de Clausewitz et du modèle en mouvement de la guerre classique née au dix-huitième siècle. Effectivement, dans les formes désormais totalement accomplies de la guerre et de la paix capitalistes absolues, il pourrait se révèler bien plus efficace d'avoir correctement lu les utilités stratégico-pratiques de l'affrontiste Clausewitz que les envolements psycho-aériens du fuitiste Évagriste. Et ce n'est certainement pas un hasard si Debord fut le seul écrivant du siècle passé à pouvoir dé-chiffrer et dénoncer [ à la source !] les volumineux secrets du terrorisme étatique mondial qui depuis la gare de Bologne n'a cessé de s'étendre en un vaste spectacle permanent de manipulations mondialistes croissantes, à mesure que se développait la crise historique du déploiement mercantile.

Incontestablement, comme Debord le rappelait souvent, Edgar Poe nous a effectivement orientés vers la situation de cette vérité, par son célèbre raisonnement du Double assassinat dans la rue Morgue qui aboutit à saisir que l'important dans ce qui arrive aujourd'hui, c'est principiellement ce qui le distingue de tout ce qui est arrivé auparavant. Encore faut-il comprendre dorénavant que la seule vérité totale qui est la situation de toutes les situations réside par-delà tous les mystères chimériques des commerces de l'usurpation dans cette forme politique ultime précisément appelée par Debord le " spectacle " et qui n'a de sens qu'en tant que mise en scène domesticatoire du fétichisme de la marchandise. Et dans cette histoire, le situationnisme aura démontré à l'opposé de l'ensemble des abêtissements universitaires que tous les gauchismes de l'argent et du pouvoir ont partout joué le rôle de l'idiot utile dans tous les compartiments du jeu qu'ils prétendaient faussement détruire. Contre tous les ontismes de la servitude reconduite, il n'est qu'un chemin de l'ontologie vérifiée ; celui de la communauté radicale de l'être générique posé et fondé en la communauté réfractaire et active du cosmos conscient.

En effet, la forme que revêt le langage ne saurait être secondaire. Si, comme je le soutiens, à l'origine, " la langue se définit comme la forme la plus expressive et la plus significative de la communauté humaine naturelle ", il est indéniable que l'on ne peut retrouver actuellement dans le mode de production capitaliste de l'expression pervertie par le marché démocratique du paraître et de l'inversé, la véracité des mots qu'au travers de la fameuse dynamique de sortie de l'obscurité des situations aliénées par la mise en forme creusée d'une désignation systématique des processus de l'obscurcir qui renverse justement le renversé. Avec cette pratique permanente de la métabole qui montre les changements profonds par lesquels l'ordre habituel de la soumission peut être bousculé, ses opportuns découpages pré-fixionnels qui mettent en relief tout ce qui doit être dé-couvert, ses mises en italiques systématiques qui marquent l'amplification sur les passages où la contradiction être/avoir s'intensifie précisément, la dialectique radicale à partir de Marx et de Debord et au-delà d'eux-mêmes constitue assurément la seule voie de clarté vers un vrai langage non spectaculaire, c'est à dire qui sache exprimer cette substantialité révolutionnaire qui montre que la vérité s'inscrit toujours en négatif du parler creux des servitudes quotidiennes même décorées d'un mauvais ciel d'espérance compensatoire.

Mais de quel lieu je parle ? telle est la question que le lecteur peut se poser quand il lit : " Le totalitarisme des ruses de la raison capitaliste est enfin parvenu à édifier un monde où il n'y a plus de place pour aucune autre réalité que celle des vérités qui valorisent les besoins de la loi de la valeur. ". En effet, si le monde est devenu spectacle, de quel lieu peut-on dénoncer le monde et comment s'en émanciper si ce n'est à partir d'un poser de l'exister résolument anti-spectacle... Définir les prolétaires comme des " êtres à l'être perdu ", c'est assurément reconnaître que, d'un point de vue ontologique, le spectacle a prolétarisé la totalité des hommes, tant les oppresseurs que les opprimés...Certes... Peut-il se produire une non-satisfaction ontologique de l'exploiteur ? La " lutte des classes " se justifierait-elle encore ? Bien que je remarque que " tous se trouvent là clivés en un personnage ", je considère néanmoins que la prise de conscience révolutionnaire en acte de trans-formation historique ne concerne que le prolétariat en tant que " chair à travail " car, si dans ce marché de dupes du spectacle, le possédant est aussi le possédé, seuls les possédés - en tant que classe historique de la crise de l'histoire - peuvent au moment de la décadence réalisée de la possession briser le cycle de l'implication réciproque, puisque c'est eux qui en assurent toute la matérialité et la force reproductive de reproduction possible. La seule crainte massive du système de la marchandise généralisée, c'est d'ailleurs celle d'un retour possible des luttes radicales qui mènent aux grandes grèves insurrectionnaires contre le Capital et l'État... Je ne parle donc que d'un unique lieu, le seul qui vaille humainement, celui qui s'inscrit dans cette aspiration historique invariante de l'humain in-satisfait par la sur-vie costumée à vouloir retrouver la véridique satisfaction en l'être générique de la Communauté.

Pour moi, répétant simplement Marx en dépassement de Marx, le marxisme n'a rien à voir avec le Marx de l'essentialité, mis à part cette utilisation absorbante et perverse par laquelle le Capital retourne toujours ce qui le conteste afin de se mieux valoriser par le biais de l'inversion spectacliste continue, selon cette compréhension évidente que pour Marx l'émergence de la conscience subversive est un auto-mouvement de l'humanité en général contre l'argent qui permet sans ambages de déclarer que le partitisme du capitalisme d'État bolchévique - simple forme durcie des mystifications réformistes de la social-démocratie molle ! - se place aux antipodes de toute son œuvre, laquelle de l'Idéologie allemande à la critique du programme de Gotha en passant par les Grundrisse affirme très distinctement que le communisme est le mouvement de la Commune humaine destructrice de l'argent et de l'État et qu'il n'a rien à voir avec les divers fusilleurs gauchards du prolétariat qui depuis 1848 n'ont jamais cessé d'exterminer les insurgés du comprendre maximaliste. Par conséquent, je ne me prétends pas plus marxiste que Marx affirmant " Je ne suis pas marxiste ", selon la formule pertinente qu'Engels rapporte dans sa célèbre lettre, du 5 août 1890, à Conrad Schmidt. Le Jésus réel est à des milliers d'années lumières de sa caricature idéologique calviniste, tout comme le Marx objectif est à l'extrême opposé de son effigie lénino-trostkyste ; et c'est pourquoi Riazanov, qui avait fondé l'Institut Marx-Engels pour se consacrer à la publication de ses écrits, a fini fusillé pour cause de production de manuscrits inédits trop perturbant.

Ce faisant, je me place à l'opposé de cette lignée de penseurs " marxiens " péri-universitaires et éclectico-confusionnistes, qui n'ont pas su voir que l'anti-Étatisme de Marx, s'il était bien une des constantes fondamentales de sa pensée anti-politique, était radicalement anti-anarchiste au sens où l'État ne s'abolit pas par décret (contrairement à ce qu'imaginaient les clowneries bakouninistes lors de la Commune de Lyon !) mais par le mouvement social pratique de la communisation vécue de l'espace-temps, et ceci en relation avec le fait que l'État n'a jamais rien eu à craindre de l'anarchisme historique officiel qui n'a abouti en sa plus grande extension qu'à simplement produire les polices ministérielles de la CNT étatique. CNT d'Espagne qui, et ce n'est pas un hasard, dans les années 1920, louait le grand flic capitaliste Lénine après avoir décidé d'ailleurs en décembre 1919 à son congrès au Théâtre de la Comédie de Madrid d'adhérer à l'Internationale Syndicale Rouge du capitalisme concentrationnaire alors que les groupes maximalistes allemands ou italiens qui donneraient plus tard naissance aux Communistes de conseils, au réveil communiste ou à L'ouvrier communiste percevaient déjà fort bien que le marxisme (léniniste ou pas...) n'était finalement que l'ensemble des contre-sens effectués sur Marx lorsqu'au lieu de regarder vers la critique de l'économie politique l'on se laisse coloniser par l'économie politique critique...

Il serait temps d'en finir avec ce leurre du parabolchévisme de Karl Marx. La théorie de Marx expression du mouvement réel des luttes de classe contre le fétichisme de la marchandise et pour l'abolition du salariat, d'après ses propres principes dialectiques, est l'antithèse absolue de ce que sont historiquement devenu les pays capitalistes d'État du vingtième siècle. Je me permettrai seulement de renvoyer, concernant ce processus anti-étatiste proprement dit, à la géniale formule d'Engels dans l'Anti-Dühring : " L'État moderne, quelle qu'en soit la forme, est une machine essentiellement capitaliste : l'État des capitalistes, le capitaliste collectif en idée. Plus il fait passer de forces productives dans sa propriété, et plus il devient capitaliste collectif en fait, plus il exploite de citoyens. Les ouvriers restent des salariés, des prolétaires. " Ce qui renvoie pleinement aux premiers textes de Marx de 1843 précisant que l'émancipation humaine est anti-politique... Si Marx n'a pas fait le marxisme tout en permettant qu'il se fit alors même qu'il le dénonçait, c'est bien le marxisme du spectacle capitaliste qui a fait le Marx factice de la soupe progressiste du salariat amélioré contre le Marx authentique du salariat à abolir. La pensée de Marx n'est devenue " célèbre " qu'en 1917, lorsque les marxistes-léninistes du capitalisme d'État triomphant l'ont fait spectaculairement triompher à l'envers de tous ses projets d'abolition du salariat et de l'État. Il faut ainsi bien comprendre que, si Marx est bien l'anti-précurseur de Lénine, Lénine est donc le parfait successeur de toutes les falsifications étatico-universitaires de Marx. Sans le Marx falsifié, pas de Lénine vrai. C'est d'ailleurs pour cela que les groupes radicaux des années 60 pouvaient dire avec humeur et humour que Marx n'est qu'un vieux con lorsque c'est Raymond ARON et Louis ALTHUSSER qui en parlent... Assurément, il faut lire et relire Anton Pannekoek, Paul Mattick et Otto Rühle en se rappelant toujours que le communisme n'est rien d'autre que le plan de vie de l'espèce humaine émancipée de toutes les matérialités échangistes et policières de l'inféodation aux règles des hiérarchies du calcul.

Je n'ignore nullement Proudhon. Je l'ai d'ailleurs en ma jeunesse assez longuement côtoyé... Je connais même fort bien le conciliateur mythologique des contraires impossibles qui n'avait défendu les barricadiers de 1848 que du bout des lèvres et qui révassait au crédit gratuit en espérant conserver le bon côté de la marchandise tout en en évacuant le mauvais et qui, bien plus que tout autre penseur socialiste, fut porteur de cette psychologie artisano-paysanne propriétarienne née de la révolution capitaliste de 1789 en laquelle réside la négation accomplie de l'être de la " communauté de terre " propre aux communautés paysannes communistes d'avant la modernité des échanges. Proudhon qui confondait collectivisme et communisme a immédiatement fait l'impasse sur tout ce qui fait la spécificité du mouvement réel vers un monde sans argent et sans État.

Bricoleur économiste d'une fausse émancipation, il a très vite sombré dans les ridicules équilibrismes des incompatibilités multiples de l'auto-gestion marchande, comme si administrer directement et populairement la merde commerciale des villes et campagnes était plus humain que la laisser en rente privilégiée aux aristocraties d'argent. Dès 1847, Marx définit le système politique du mutualisme capitaliste proudhonien, en des termes mémorables et définitifs. Il suffit de comparer sereinement la philosophie de la misère qui voudrait simplement rééquilibrer le système des échanges avec la misère de la philosophie qui appelle à l'éradication de toute aliénation échangiste... De même que j'incite à relire Marx hors du prisme marxiste, je vous invite à relire Proudhon sans le préjugé proudhoniste. Il y a, entre Proudhon resté indécrottablement un prisonnier de la théorie capitaliste du contrat et un Varlin, passé de cette illusion à l'immanence radicale du mouvement réel vers l'éradication de la monnaie, tout un monde et c'est là celui qui fait la différence entre les améliorantistes de la merde marchande et les préparateurs clairvoyants de la vie humaine émancipée. En juin 1937, le groupe communiste radicaliste BILAN à l'encontre du système politique du centralisme capitaliste soviétoïde, simple fraction du mondialisme marchand en mouvement dénonçait en des termes mémorables tous les agents complices de l'oppression appropriative planétaire : Le 4 mai 1937, ces mêmes prolétaires, MUNIS D'ARMES, laissent sur le pavé bien plus de victimes qu'en juillet, lorsqu'ils doivent repousser Franco -et c'est le gouvernement antifasciste comprenant jusqu'aux anarchistes et dont le P.O.U.M. est indirectement solidaire -qui déchaîne la racaille des forces répressives contre les ouvriers...
" Le 19 juillet 1936, les prolétaires de Barcelone, AVEC LEURS POINGS NUS, écrasèrent l'attaque des bataillons de Franco, ARMÉS JUSQU'AUX DENTS.

La milice ouvrière du 19 juillet est un organisme prolétarien. La " milice prolétarienne " de la semaine suivante est un organisme capitaliste approprié à la situation du moment. Et, pour réaliser son plan contre-révolutionnaire, la Bourgeoisie peut faire appel aux Centristes, aux Socialistes, à la C.N.T., à la F.A.I., au P.O.U.M., qui, tous, font croire aux ouvriers que L'ÉTAT CHANGE DE NATURE LORSQUE LE PERSONNEL QUI LE GÈRE CHANGE DE COULEUR. Dissimulé dans les plis du drapeau rouge, le Capitalisme aiguise patiemment l'épée de la répression qui, le 4 mai, est préparée par toutes les forces qui, le 19 juillet, avaient brisé l'échine de classe du prolétariat espagnol...

Épuisé par dix mois de guerre, de collaboration de classe de la C.N.T., la F.A.I., le P.O.U.M., le prolétariat catalan vient d'essuyer une terrible défaite. Mais cette défaite est aussi une étape de la victoire de demain, un moment de son émancipation, car elle signe l'arrêt de mort de toutes les idéologies qui avaient permis au capitalisme de sauvegarder sa domination, malgré le soubresaut gigantesque du 19 juillet...

Élevons l'étendard de la Révolution communiste que les bourreaux fascistes et antifascistes ne peuvent empêcher les prolétaires vaincus de transmettre à leurs héritiers de classe. Soyons dignes de nos frères tombés ! Vive la Révolution communiste dans le monde entier !

Il y aurait fort à dire sur les multiples manigances mysticatrices de Marx, Proudhon, Bakounine et Blanqui. Ils étaient tous plus ou moins prisonniers de cet échiquier géo-politique narcissique de la représentation qui les poussaient à s'imaginer comme indispensables à l'histoire qui se préparait... Les statuts secrets de l'Alliance bakouniniste de 1868 constituent d'ailleurs là un summum, quand cette dernière caractérise le cadre exact de sa propre pratique : " Au moyen d'une force invisible qui n'aura aucun caractère public et qui ne s'imposera à personne ; au moyen de la dictature collective de notre organisation qui sera d'autant plus puissante qu'elle restera invisible, non déclarée et sera privée de tout droit et rôle officiels ". Mais par delà tout cet égarement dans le prisme dirigiste et cheffiste, ce qui compte c'est que seul Marx a su dénoncer à l'avance " les héritiers des héritiers de tous les gangs qui parlèrent invariablement de lui à l'envers pour mieux cacher la parole radicale du Marx de la réalité anti-salariale et anti-étatique ". À partir d'une étude diachronique de toutes ses propres palinodies, il est évident que Marx, envers et contre Marx lui-même, est le seul qui, entre le début de la guerre franco-allemande de 1870 et l'écrasement de la Commune, a su s'auto-dépasser en profondeur pour aboutir à cette claire vision que - contre tous les délires léninistes et CNTistes à venir - il ne s'agit point de modifier ou d'apprivoiser l'État mais bien de le détruire par la communisation, c'est à dire par la mise en marche d'un processus historique concret d'auto-émancipation humaine et de négation de la loi de la valeur.

C'est la stricte observance de la dialectique hégéliano-marxienne (qui n'est que l'expression dialectique du devenir réel du logos incendiaire !) qui me permet de m'ouvrir au grand mouvement christique de l'insurrection absolue tel que cela est positionné comme nulle part ailleurs dans L'esprit du christianisme et son destin. Ma critique de la religion comme confiscation étatico-serviliste du sacral originel est d'abord intéressante parce qu'elle dé-monte notamment le vitalisme moniste d'inspiration nietszchéenne qui n'est qu'un monothéisme de l'argent renversé sur le terrain de l'argent monothéiste, là ou finalement la volonté de puissance n'est qu'une impuissance de volonté vraie.

Chez moi, la dimension christique ne se confond pas avec le Logos grec ou le Sol invictus romain, elle les accomplit en les continuant/outre-passant en une dimension supérieure d'universelle in-soumission. Je peux donc percevoir l'événement absolument révolutionnaire de l'Incarnation - uniquement parce que je l'interprète en sa genèse extrémiste - aux antipodes de l'événement ecclésial mis en scène par les chaînes de la religion. L'idée de transcendance radicale est absente de toutes les modernités marchandes qui vont de l'idéalisme romantique au matérialisme positiviste. Que le divin soit à la fois transcendant et immanent ne peut être saisi par une dialectique de l'identité aristotélicienne sur laquelle se fonde la vision spectaculaire du monde qui est née de l'agora de la Cité des échanges. La critique radicale du spectacle appelle une dialectique révolutionnaire du contradictictoire qui, en négation totale de la théorie proudhonienne de l'organisation antinomique du monde visant à réaliser une pitoyable coopération financière mutuelle, renoue avec Héraclite, Parménide et Hegel pour à partir de Marx et des courants radicaux issus de la I° Internationale poser les jalons enflammés d'une révolution humaine éradiquant définitivement le spectacle de l'ignominie marchande.

Je dois insister sur mon analyse de la stratégie immigrationniste du système marchand laquelle vise en effet à " substituer au prolétariat offensif de la vieille histoire européenne, la diversité docile des multiples différences prosternées devant la loi du pécule. " D'ailleurs, vous concédez vous-même que je souligne fort justement que les populations immigrées, étant issues de " temporalités non-critiques, de par l'essence même de leurs histoires immobiles sont ainsi davantage passives et manipulables par le Capital ". Pour autant, ce n'est pas l'immigration qui cause la contre-révolution affermie du Capital, c'est le Capital contre-révolutionnaire qui s'affermit par la cause immigrationniste qui vient d'emblée faire connaître au monde que le vieux prolétariat communard d'Europe, en corollaire de la grande alarme de 1968, doit nécessairement terminer de sortir de sa propre histoire et migrer hors des dynamiques qui firent son ancestrale in-docilité pour que le melting-pot des mélanges marchands puisse finalement prévaloir comme spectacle de l'irrémédiable.

Cependant, je crains que vous vous illusionnez sur la capacité offensive d'élites révolutionnaires prolétariennes supposées qui auraient été purgées depuis longtemps, notamment par les deux guerres mondiales. Le Capital n'a pas pour l'instant triomphé des luttes ouvrières extrémistes qu'il a rencontré pour d'autres raisons majeures que tant qu'il est à même de développer les forces productives de l'aliénation générale, il demeure apte à reproduire le mouvement de sa production. Ce n'est point parce qu'il a brisé les groupes de radicalité maximaliste que le spectacle de la marchandise a pu écraser les grands mouvements contestataires des années 1920-1960, c'est au contraire parce qu'étant encore en phase de développement dominatoire qu'il est parvenu à neutraliser la contestation émeutière et qu'il a pu se débarrasser des éléments alors les plus radicaux.

Il n'y a nulle crédulité révolutionnaire à envisager que le " temps des grandes fractures qui approchent et qui verront sûrement les assemblées ouvrières de la contestation intransigeante - pour s'opposer aux délocalisations ininterrompues et à la dévoration financière de tous les espaces sociaux de la circulation - envisager de s'insurger contre la misère marchande. " Selon moi, dans l'univers concentrationnaire contemporain, où effectivement il n'y a plus d'évasion horizontale possible puisque les prisons multiformes du quantum ont pris la mesure de tout. Le seul lieu désormais envisageable est celui du Hors-Mesure des verticalités ontologiques où l'humain aspire subversivement à retrouver le chemin de la GEMEINWESEN, autrement dit la communauté de l'être générique.

Au début de cette chronique, je faisais remarquer en renversant votre illusion que, dans les nouvelles formes modernistes abouties de la guerre, il pourrait se révèler bien plus efficace d'avoir lu Clausewitz qu' Évagre. Contre le conformisme mondain de la dictature démocratique de la marchandise spectaculaire accomplie, il ne s'agit point de dire qu'il faut quitter ce monde... Les vastes solitudes du désert métaphorique ou réel sont la forme narcissique simplement invertie des nombreuses galeries commerciales de l'errance spectaculaire des égotismes d'angoisse. Le seul mouvement radical vers la conscience de l'être vrai de l'homme n'est pas un retirer esthético-théatral de la mondanité mais un affronter à tous les théâtres esthétiques qui répètent et perpétuent cette dernière. Si la vérité de l'homme n'est pas de ce monde marchand, elle est bien de ce monde humain qui, en négatif et par delà l'écrasement, continue toutefois et en sous-jacence à crier de mille manières possibles qu'il faut sortir de là non pour s'esquiver loin (ce qui ne gêne guère l'univers de la fausse conscience !) mais pour frapper fort et au plus près (ce qui seul peut terrasser la tyrannie du système des objets).

De la sorte, l'incarnation comme expérience ontologique vérifiée de l'auto-mouvement de l'esprit radical en la chair, est fondamentalement anti-anachorètique car bien loin d'être un retrancher du monde, elle se pose et s'impose comme la nécessité d'un trancher absolu et total, en le mouvement profond des contradictions du monde lui-même, de toutes les relations historiques de la servitude. L'Incarnation est le concept christique selon lequel le logos du divin s'est fait chair, non pour récuser les plaisirs de la vie naturelle et se soustraire aux sensualités du corps mais à rebours pour signifier que le divin s'est bien fait homme pour que l'homme ad-vienne dans le divin à l'encontre de tous les ecclésiastismes de l'échappement et de l'éloignement, du carcan et de la subordination.

Si, en nécessaire préambule premier à la Critique de l'économie politique, Marx décida de rédiger sa fameuse Question juive dans les modalités d'implacable rigueur qui furent alors les siennes, ceci loin d'être fortuit exprimait de manière réfléchie et longuement mûrie, l'ardente obligation d'appeler à cette clairvoyance révolutionnaire indispensable selon laquelle si le change est bien devenu désormais le " dieu mondial ", l'émancipation humaine vraie n'est réalisée que lorsque l'homme a reconnu et organisé ses forces propres génériques comme forces communautaires cosmiques et ne sépare donc plus de lui la force de sa vie réelle sous la forme de la force politique, artistique ou religieuse. " L'aliénation, c'est la pratique du dé-saisissement " dit Marx et " de même que l'homme, tant qu'il est sous l'emprise de la religion, ne sait concrétiser son être qu'en en faisant un être fantastique et étranger, de même il ne peut, sous l'influence du besoin égoïste, s'affirmer pratiquement et produire des objets pratiques qu'en soumettant ses produits ainsi que son activité à la domination d'une entité étrangère et en leur attribuant la signification d'une entité étrangère, l'argent ".

C'est pourquoi, contre la domination générale de l'aliénation dont l'alliance commerciale abrahamique constitua un modèle exemplaire, le christianisme est véritablement une pensée sublime du soulèvement distinctif explique Marx et, avec Engels, ils demeureront tous deux particulièrement attentifs à toutes ces guerres paysannes qui rythmèrent le développement historique européen en n'ayant de cesse d'y appréhender une radicalité restauratrice d'un christianisme primitif qui n'avait décidément aucun rapport avec les pratiques vulgaires, institutionnelles et cléricales qui ont suivi la conversion politico-religieuse de l'empire romain en crise à un nouveau mode d'unification symbolique de dressement.

Comme le souligne fort bien la deuxième thèse sur Feuerbach : " la question de savoir s'il y a lieu de reconnaître à la pensée humaine une vérité objective n'est pas une question théorique, mais une question pratique. C'est dans la pratique qu'il faut que l'homme prouve la vérité, c'est-à-dire la réalité, et la puissance de sa pensée, dans ce monde et pour notre temps. La discussion sur la réalité ou l'irréalité d'une pensée qui s'isole de la pratique, est purement scolastique ".

Par delà tous les possibles réenchantements-exutoires du monde et à l'encontre de tous les barbouillages où se soulagent les écritures consolatrices de l'angoisse humaine divaguant en toutes les inventions graphiques envisageables, la vie authentique est l'anti-écriture du monde comme relation anti-médiée où, si l'expérience humaine emprisonnée parfois tient la plume, c'est en sachant toujours que la rédaction n'est là qu'un intervalle marginal puisque la vraie vie se doit d'être premièrement cet espace-temps de l'anti-monothéisme de l'état de l'argent où le vibrer tripal des intelligences sacrales empoigne toute la sève érotique à contre-pied de tous les onanismes textuels.

L'homme se disloque non par défaut de tons et de tonalités fondamentales en l'existence du vivre mais en absence d'étonnement devant ce qui les fonde, lorsque la société des représentations de l'avoir prend le pas sur la communauté des sensations de l'être. La conscience révolutionnaire est donc dès lors tout simplement la dialectique d'éveil, de veille et d'émerveillement qui sait discerner que la richesse d'essence est bien davantage en les arbres, rivières et fleurs que dans les paperasses médicamenteuses et les pharmacopées théologiques. La véritable joie de l'homme exige que la religion de l'écriture soit supprimée en même tant que l'écriture de la religion en tant qu'elles expriment de bonheur illusoire de l'homme coupé de l'être de l'homme. Exiger qu'il soit renoncé aux illusions du texte religieux et de la religiosité du textuel, c'est aller à la situation réelle du réel, c'est exiger qu'il soit renoncé à une situation qui a besoin d'illusions...

Rendez-vous dans l'anti-désert, là où il convient de toujours labourer la terre de l'Être au milieu de ces cohues où l'homme-machine est programmé à la mort par la liberté despotique de l'argent mais où l'incarnation prend tout son sens pour positivement lui indiquer qu'il est prioritairement chair de la chair cosmique de l'insoumission permanente.

COUP TORDU
Karen Hudes employée de la Banque mondiale (Extraits)

L'élite mondiale utilise un noyau très serré des institutions financières et des méga-sociétés pour dominer la planète. Le but est le contrôle. Ils veulent nous asservir tous à la dette, ils veulent asservir tous nos gouvernements à la dette, ils veulent rendre nos politiciens accros aux énormes contributions financières qu'ils canalisent dans leurs campagnes. Puisque l'élite détient aussi toutes les grandes sociétés de médias, les grands médias ne nous informent jamais de ce secret.

L'élite mondiale domine également les organisations non élues, qui n'ont pas de compte à rendre, et qui contrôlent les finances de presque tous les pays de la planète.

Une organisation internationale extrêmement puissante, dont la plupart des gens n'ont jamais entendu parler, contrôle secrètement la masse monétaire du monde entier. Elle est appelée la Banque des règlements internationaux , et c'est la banque centrale des banques centrales. Il s'agit essentiellement d' une banque centrale non élue , qui n'a pas de compte à rendre au monde, qui bénéficie de l'immunité complète de la fiscalité et de la législation nationale. La Banque des règlements internationaux a été utilisé pour blanchir de l'argent pour les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale, mais ces jours-ci le but principal de la BRI est de guider et de diriger le centre planifiée du système financier mondial.

Aujourd'hui, 58 banques centrales mondiales appartiennent à la BRI , et elle a beaucoup plus de pouvoir sur la façon dont l'économie américaine ( ou toute autre économie , d'ailleurs) se portera au cours de la prochaine année que n'importe quel politicien. Tous les deux mois , les banquiers centraux du monde entier se réunissent à Bâle pour une "Réunion sur l'économie mondiale ".

Au cours de ces réunions , des décisions sont prises qui affectent chaque homme, femme et enfant sur la planète, et pourtant, aucun d'entre nous n'a son mot à dire dans ce qui se passe . La Banque des Règlements Internationaux est une organisation qui a été fondée par l'élite mondiale, elle fonctionne pour le bénéfice de l'élite mondiale.

Nous avons un système de "néo - féodalisme " dans lequel chacun d'entre nous et nos gouvernements nationaux sont asservis à la dette. Ce système est régi par les banques centrales et la Banque des règlements internationaux, et il transfère systématiquement les richesses du monde de nos mains entre les mains de l'élite mondiale.

Mais la plupart des gens n'ont aucune idée de ce que tout cela se passe parce que l'élite mondiale contrôle aussi ce que nous voyons, entendons et pensons.

COUP TORDU
Andre Damon, novembre 2013

Le vaste enrichissement de cette couche sociale provient de la flambée des marchés boursiers, alimentée par "l'argent facile" et les opérations d'impression de la Réserve fédérale américaine et d'autres banques centrales. Ce processus s'intensifie. Ainsi, la semaine dernière, la Banque centrale européenne, répondant à une détérioration des conditions économiques en Europe, a abaissé son taux d'intérêt directeur de moitié, le faisant passer de 0,5 pour cent à 0,25 pour cent, insufflant ainsi une nouvelle vague de liquidités dans les marchés financiers.

Le lendemain de la publication du rapport de Wealth-X, Twitter, le service de réseautage social, a lancé son offre publique initiale, créant 1.600 millionnaires sur papier en une seule journée, alors que ses actions ont doublé en quelques heures selon le cabinet d'analyse financière PrivCo. Evan Williams, co-fondateur du site, a augmenté sa richesse dans le processus, la faisant passer de 1 milliard de dollars à 2,5 milliards de dollars. L'autre co-fondateur, Jack Dorsey, a fait 500 millions de dollars, ce qui porte maintenant sa fortune à 2 milliards de dollars.

En plus d'analyser la richesse des milliardaires du monde entier, le rapport documente les énormes sommes dépensées par ceux-ci en articles de luxe. Les milliardaires du monde entier possèdent pour environ 126 milliards de dollars en yachts, jets privés, oeuvres d'art, antiquités, articles de mode, bijoux et voitures de collection. Ce chiffre est supérieur au produit intérieur brut du Bangladesh, un pays de 150 millions de personnes.

Cet état de fait est le résultat inévitable du système capitaliste, qui traite la richesse des milliardaires du monde entier comme sacro-sainte, alors que les besoins de la population, tels que l'éducation, le logement et la santé, sont sujets à être sacrifiés.

http://www.wsws.org/fr/articles/2013/nov2013/rich-n14.shtml

Leila Shrooms, Tahrir-ICN, août 2013
COUP TORDU

Omar Aziz (affectueusement connu par ses amis comme Abu Kamal, ile à la frontière de l'Irak, à l'est de la Syrie) est né à Damas. Il revint en Syrie dès les tous premiers jours de la révolution syrienne après un exil en Arabie Saoudite et aux Etats-Unis. Intellectuel, économiste, anarchiste, mari et père, il s'engagea de lui-même dans la lutte révolutionnaire à l'âge de 63 ans. Il travailla avec des activistes locaux pour collecter l'aide humanitaire et la distribuer dans les banlieues de Damas attaquées par le régime. Au travers de ses écrits et de son activité, il fit la promotion de l'auto-gouvernance, l'organisation horizontale, la coopération, la solidarité et l'entraide mutuelle comme moyens par lesquels les gens s'émanciperaient eux-même de la tyrannie de l'Etat. Avec des camarades, Aziz fonda le premier comité local à Barzeh, Damas. Cet exemple se propagea dans toute la Syrie et avec lui, certains des plus récents et prometteurs exemples d'une auto-organisation non-hiérarchique à avoir émergé dans les régions du printemps arabe.

Dans son hommage à Omar Aziz, Budour Hassan déclara qu'il "ne portait pas de masque de Vendetta, et il n'a pas formé des groupes de Black Block. Il n'était pas obsédé par le fait de donner des interviews à la presse, et il n'a pas fait les gros titres des médias lors de son arrestation...
À une époque où la plupart des anti-impérialistes hurlaient sur l'effondrement de l'Etat syrien et le détournement d'une révolution qu'ils n'ont jamais soutenu, en premier lieu, Aziz et ses camarades ont lutté inlassablement en faveur de la liberté inconditionnelle contre toutes les formes de despotisme et d'hégémonie étatique." [Budour Hassan, "Omar Aziz : Rest in Power", 20 février 2013]

Aziz était encouragé par la vague révolutionnaire qui saisissait le pays et croyait que les " manifestations en cours étaient capables de casser la domination du pouvoir absolu " [Omar Aziz, "Un document de réflexion sur les Conseils Locaux" en Arabe]. Mais il vit un manque de synergie entre les activités révolutionnaires et la vie quotidienne des gens. Pour Aziz, cela n'avait aucun sens de participer à des manifestations qui demandent le renversement du régime tout en restant strictement dans les structures hiérarchiques et autoritaires imposées par celui-ci. Il décrivit une telle division comme une Syrie sujette au chevauchement de deux temps, " le temps du pouvoir " qui " dirige toujours les activités de la vie " et " le temps de la Révolution " appartenant aux activistes qui travaillent pour renverser le régime. Aziz croyait que pour la continuité et la victoire de la révolution, les activités révolutionnaires devaient s'infiltrer dans tous les aspects de la vie. Il prônait un changement radical dans les relations et l'organisation sociale de façon à contester les fondations d'un système basé sur la domination et l'oppression.

Aziz vit des exemples positifs tout autour de lui-même. Il était encouragé par les multiples initiatives qui surgissaient dans tout le pays, incluant la mise à disposition volontaire d'un soutien légal et médical d'urgence, transformant des maisons en hôpitaux de campagne et arrangeant des paniers de nourriture pour la distribution. Il vit dans de tels actions "l'esprit de la résistance du peuple Syrien à la brutalité du système, la destruction et le meurtre systématique de la communauté". La vision d'Omar était d'étendre ces pratiques et il croyait que la façon de le faire se trouvait dans l'établissement de conseils locaux. Pendant le huitième mois de la révolution syrienne, quand les protestations généralisées contre le régime étaient encore largement pacifiques, il produisit un document de réflexion sur les Conseils Locaux en Syrie où il exposa sa vision.

Selon les vues d'Aziz, le Conseil Local était l'assemblée par laquelle des gens issus de diverses cultures et différentes strates sociales pourraient travailler ensemble pour atteindre trois objectifs principaux : mener leur vie indépendamment des institutions et organes d'Etat, établir un espace qui permet la collaboration collective des individus et activer la révolution sociale aux niveaux local, régional et national.

Dans son papier Aziz liste ce qu'il pense comme préoccupations que les conseils locaux devraient avoir à cœur :

1. La promotion de la solidarité humaine et civile au travers de l'amélioration des conditions de vie en fournissant des hébergements sûrs pour les déplacés ; en fournissant une assistance autant psychologique que matérielle pour les familles des blessés et des détenus ; en fournissant un soutien médical et alimentaire ; en assurant la continuité des services d'éducation ; en supportant et en coordonnant l'activité des médias. Aziz note que de telles actions devraient être volontaires et ne devraient pas se substituer aux réseaux familiaux et amicaux. Il pensait que cela prendrait du temps pour que les gens se sentent confortables en dehors des services fournis par l'Etat et qu'ils ajustent leurs comportements sociaux afin d'être plus coopérants. Aziz pensait que le rôle des conseils devrait être maintenu à un minimum autorisant le développement d'initiatives par une communauté unique.

2. L'encouragement d'une coopération incluant la construction d'initiatives et actions communes locales qui promeuvent l'innovation et l'invention, dont Aziz a vu qu'elles étaient étouffées par un demi-siècle de tyrannie. Le conseil local devrait être le forum qui permet aux gens de discuter des problèmes auxquels ils ont à faire face dans la vie avec leurs conditions quotidiennes. Le conseil local devrait soutenir la collaboration et permettre aux gens de concevoir des solutions appropriées aux problèmes auxquels ils font face, incluant les questions relatives aux infrastructures, l'harmonie sociale et le commerce, aussi bien que les questions qui requièrent des solutions externes à la communauté locale. Aziz a aussi vu un rôle clé dans la défense du territoire des zones rurales et urbaines qui ont été sujettes à des expropriations et acquisitions par l'Etat. Il rejeta l'expropriation urbaine de la terre entrainant la marginalisation et le déplacement des communautés rurales, dont il a vu que c'était une méthode utilisée par le régime pour renforcer sa politique de domination et d'exclusion sociale. Aziz croyait qu'il était nécessaire d'assurer un accès à la terre qui peut satisfaire les nécessités de la vie pour tout le monde et appela à une redécouverte des communes. Il était réaliste mais optimiste. Il avait noté, "c'est clair que de telles actions s'appliquent à des lieux sûrs ou à des zones quasi-libérées du pouvoir. Mais il est possible d'évaluer la situation de chaque zone et de déterminer ce qui peut être accompli". Aziz prônait la réalisation de liens horizontaux entre conseils pour créer des liens et une interdépendance entre les différentes régions géographiques.

3. Des liens avec l'Armée Syrienne Libre (ASL) et des relations réciproques entre la continuité de la révolution et la défense, protection de la communauté. Aziz pensait qu'il était essentiel de coordonner la résistance populaire civile et la résistance populaire armée. Il voyait le rôle de l'ASL comme étant d'assurer la sécurité et la défense de la communauté, particulièrement pendant les manifestations, de soutenir des lignes sécurisées de communication entre les régions et de fournir une protection de la mobilité du peuple avec des approvisionnements logistiques. Le rôle du conseil serait de fournir de la nourriture et de l'hébergement pour tous les membre de l'ASL et de se coordonner avec elle pour la sécurité de la communauté et la défense stratégique de la région.

4. La composition des conseils locaux et de la structure organisationnelle. Aziz avait vu plusieurs défis à la formation de multiples conseils locaux. Le premier était le régime, qui prenait régulièrement d'assaut les cités et villes de façon à paralyser le mouvement, isoler les gens dans des enclaves et empêcher la coopération. Aziz soutenait que pour répondre à de telles assauts de l'Etat, les mécanismes de défense devaient rester flexibles et innovants. Les conseils devraient s'accroître ou se réduire en fonction des besoins et s'adapter aux relations de pouvoir sur le terrain. Il pensait que cette flexibilité était essentielle pour la réalisation du désir de liberté de la communauté. Il avait aussi vu ce défi consistant à encourager les gens à pratiquer un mode de vie nouveau et peu familier. De plus, le service d'approvisionnement devait être maintenu et il était nécessaire de trouver une source indépendante d'énergie faisant face aux coupures aussi bien que pour soutenir le développement des activités sociales et économiques. Pour cette raison il pensait que les conseils locaux devaient inclure des travailleurs sociaux et des gens avec des expertises sur des champs variés, sociaux, organisationnels et techniques, qui sont respectés et qui ont le désire de travailler volontairement. Pour Aziz, la structure organisationnelle du conseil local est un processus qui commence avec le minimum requis et qui évolue en fonction du niveau de transformation accompli par la révolution, l'équilibre du pouvoir dans une région donnée et les relations avec les régions voisines. Il encourageait le conseil local à partager le savoir, à apprendre de l'expérience des autres conseils et à se coordonner régionnalement.

5. Le rôle du Conseil National est de donner une légitimité à l'initiative et de gagner l'acceptation des activistes. Il devrait chercher les finances de façon à exécuter le travail nécessaire et à couvrir les frais impossibles à couvrir au niveau régional. Le Conseil National faciliterait la coordination entre les régions de façon à trouver des terrains d'entente et favoriser les proches interdépendances.

Le travail d'Omar Aziz a eu un impact énorme sur l'organisation révolutionnaire en Syrie. Pendant que le courant politique d'opposition a échoué à réaliser quoique ce soit de notable dans les deux dernières années, le mouvement d'opposition de base, face à la répression violente, est resté dynamique et innovant et a intégré l'esprit anarchiste. Au cœur de l'opposition de base il y a la jeunesse, principalement des classes pauvres et moyennes, où les femmes et divers groupes religieux et ethniques jouent des rôle actifs (voir http://www.youtube.com/watch?v=Otc6J9EQGiw&t=255 et https://www.youtube.com/watch?v=RaDFddXsJ3w&feature=player_embedded). La plupart de ces activistes restent non- affiliés aux idéologies politiques traditionnelles mais sont motivés par ce qui concerne la liberté, la dignité et les droits humains basiques. Leur objectif principal demeure le renversement du régime plutôt que de développer des grandes propositions pour une Syrie du futur.

Dans la ville et au niveau des quartiers, des conseils révolutionnaires ou majlis thawar ont été établis. Ils constitue souvent la structure administrative civile principale dans les zones libérées de l'Etat, aussi bien que dans des zones qui restent sous le contrôle de l'Etat. [pour un rapport sur les Conseils Locaux voir dans Gayath Naisse (Self organization in the Syrian people's révolution)Ceux-ci assurent la mise à disposition de services basiques, coordonnent les activités des comités locaux et se coordonnent avec la résistance populaire armée. Indubitablement, comme les services étatiques ont disparus et la situation humanitaire s'est détériorée, ils ont joué un rôle vital en augmentation. Il n'y a pas un modèle unique pour les Conseils Locaux, mais ils suivent principalement une forme de modèle de démocratie représentative. Certains ont établi différents départements administratifs pour prendre en charge des fonctions auparavant portées par l'Etat. Certains ont y compris eu plus de succès que d'autres qui ont lutté pour déplacer la bureaucratie du vieux régime ou qui ont été assaillis par des querelles intestines.

Pendant que le gros de l'activité de base est très largement resté au niveau local, il y a un nombre de différents groupes de coordination qui ont émergé pour coordonner et mettre en réseau au niveau régional et national. Ils incluent les Comités de Coordination Locaux (CCL), Comités d'Action National (CAN), la Fédération des Comités de Coordination de la Révolution Syrienne (FCC) et la Commission Générale de la Révolution Syrienne (CGRS). Aucun ne représente la totalité des comités/conseils locaux, ils ont différentes structures organisationnelles et ils ont différents niveaux d'engagement ou de non-engagement avec l'opposition politique formelle. Voir http://www.alharak.org/nonviolence_map/en/ pour une carte interactive qui montre les comités et conseils de coordination, ainsi que le fleurissement de beaucoup d'autres initiatives et campagnes dans un pays où de telles activités étaient auparavant brutalement réprimées.

La menace majeure contre ces diverses initiatives n'a pas seulement été la persécution des activistes par le régime, le manque de moyens, l'assaut des attaques de l'Etat sur les zones civiles et la détérioration croissante des conditions de sécurité et humanitaires. Des conseils locaux ont été piratés par des forces réactionnaires et contre-révolutionnaires. Par exemple à Al Raqqa, des groupes rebelles non-locaux à sympathies salafistes/takfiristes ont pris la plus grande partie du pouvoir au détriment du conseil local. Comme ils ont essayé d'imposer une vision Islamique qui est étrangère à presque tout le monde, les habitants de Raqqa ont mené une protestation continue contre eux. Dans cette video (https://www.youtube.com/watch?v=9hOsyH7zasw&sns=em) de juin 2013, les gens protestent contre les arrestations de membres de leurs familles par Jabhat Al Nusra. Les femmes crient "Honte sur vous ! Vous nous trahissez au nom de l'Islam". Pendant tout le mois d'août 2013, les habitants d'Al Raqqa ont protesté presque quotidiennement contre l'Etat Islamique d'Irak et du Sham (EIIS) en demandant la libération de centaines de détenus, de kidnappés et de personnes disparues. De même, à Alep des révolutionnaires ont lancé la campagne "assez c'est assez !" appelant à la fin des abus rebelles et pour la responsabilité. Cette manifestation de juin 2013 s'est tenue en face de la Cour de la Sharia à Alep après l'assassinat d'un enfant pour avoir prétendument insulté le prophète Mohammed. Les gens (http://www.youtube.com/watch?v=X5WqJ6Y2eQ8d) demandent que les assassins soient traduits devant la justice en disant "Le Comité de la Sharia est devenu l'Air Force Intelligence !" (la branche la plus brutale de la sécurité du régime). A Idlib, les gens ont aussi protesté contre le Comité de la Sharia qui a été établi, (https://www.youtube.com/watch?v=-8edfgXT61A&feature=youtu.be) ils disent "nous sommes contre le régime, contre l'assassinat extrémiste et contre l'oppression" et ils demandent le retour des juristes professionnels (pouvoir judiciaire indépendant) à la cour (à la place des religieux).

Omar Aziz n'a pas vécu pour voir les défis qui semblent souvent insurmontables et qui assaillissent les révolutionnaires de Syrie, ou les succès et échecs des expérimentations d'auto-organisation locales. Le 20 novembre 2012, il fut arrêté chez lui par le mukhabarat (le plus craint des services secrets). Peu avant son arrestation il déclara "Nous ne sommes pas moins que les travailleurs de la Commune de Paris : ils ont résistés pendant 70 jours et nous nous continuons encore après un an et demi." [Via @Darth Nader] Aziz fut gardé dans une cellule de détention des services secrets de 4 mètres par 4 qu'il avait partagé avec 85 autres personnes. Cela contribua probablement à la détérioration de sa santé déjà fragile. Il fut transféré plus tard à la prison Adra où il mourut de complications cardiaques en février 2013, un jour avant son 64ème anniversaire.

Le nom d'Omar Aziz ne sera jamais très connu, mais il mérite de la reconnaissance comme une figure contemporaine de premier plan dans le développement d'une pensée et d'une pratique anarchiste. Les expérimentations dans l'organisation révolutionnaire de base qu'il a inspirées fournissent une sagacité et des leçons dans l'organisation anarchiste pour les futures révolutions à travers le globe.

Traduction française Manuel Sanchaise pour Juralib.
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Omar Aziz
"REPOSE EN VICTORIEUX"
Par Budour Hassan

Le 17 Février 2013, les Comités locaux de coordination de la révolution syrienne ont rapporté que Omar Aziz, éminent intellectuel syrien, économiste, et de longue date dissident anarchiste, est mort d'une crise cardiaque à la prison centrale d'Adra. Détenu au secret par le renseignement de la Force aérienne depuis le 20 Novembre 2012, le grand et - même malade - chaleureux coeur d'Omar Aziz ne pouvait pas supporter près de trois mois de détention dans les cachots infâmes du régime Assad. Les rapports de son décès sont apparus sur le deuxième anniversaire de la manifestation du marché Hariqa , lorsque 1.500 Syriens se sont engagés pour la première fois de ne pas être humilié en plein cœur du Vieux Damas. Aziz laisse derrière lui un riche héritage important de contributions révolutionnaires intellectuelles, sociales et politiques ainsi qu'une révolution inachevée et un pays ayant un besoin désespéré de gens comme lui.

Né dans une famille bourgeoise de Damas dans le quartier al-Amara, le 18 Février 1949 Omar Aziz était diplômé en économie à l'Université de Grenoble en France. Il a poursuivi une carrière réussie dans les technologies de l'information en Arabie saoudite et avait bâti une vie de famille stable. Peu après l'éruption du soulèvement populaire en Syrie, cependant, il est retourné à Damas et a rejoint l'insurrection en tant qu'activiste politique et en tant qu'un intellectuel, en ajoutant le rôle d'organisateur de communauté. "Abu Kamel", comme ses amis aimaient l'appeler, a refusé de rester confiné à son domicile et près de ses livres malgré son état de santé problématique. Il a écrit et a travaillé sur les questions relatives à la libre auto-organisation locale et la transition vers la démocratie. En outre, il a constamment visité les zones déchirées par la bataille dans la campagne de Damas, distribué de l'aide aux familles déplacées, fait des listes concrètes leurs besoins, et fait en sorte que la distribution de l'aide soit gérée correctement. En tant que cinéaste syrien et ancien prisonnier politique Orwa Nyrabia a dit: "Abu Kamel a travaillé comme un homme âgé d'une vingtaine d'années."
Dans la Syrie d'Assad, où l'humanité et la libre pensée sont traités comme des crimes de terrorisme, il était prévisible que Omar Aziz soit finalement arrêté. Il a été enlevé à son domicile de Mazzeh Ouest le 20 Novembre 2012 à 16 heures. Et les annonces de sa mort ont été diffusé un jour avant son 64e anniversaire.
Il y a quelque chose d'une actualité tragique de la façon dont Omar Aziz prit congé de ce monde. Pour un homme qui a toujours choisi de travailler dans les coulisses et qui n'a jamais rivalisé de crédit et de gloire personnelle, sa mort ressemblait à sa vie. Il était silencieux et loin du glamour, mais il est venu tôt, trop tôt.
Omar Aziz évitait d'employer le terme "peuple" et écrivait "les humains" à la place. Son camarade Mohammad Sami al-Kayal écrit: "Il ne croyait pas dans" le peuple", ce jargon inventé par l'autorité pour maintenir son pouvoir. Il a vu des êtres humains qui vivent, prospèrent, et font jaillir leur potentiel. Il pouvait envisager la continuation et l'incarnation d'Espinoza, des structures de Marx, et de la folie de Foucault dans les poings des habitants de Douma, les danses des jeunes de Barzeh, et dans les canons de fusil des chasseurs à Harasta.
Il dit un jour : "Nous avons fait mieux que les travailleurs de la Commune de Paris. Ils ont résisté pendant 70 jours et nous, nous tenons depuis un an et demi".
Omar Aziz a écrit à propos de l'importance d'établir des conseils locaux sur une base non-hiérarchiques et indépendants du contrôle de l'Etat, et il le fit bien longtemps avant la création de zones libérées en Syrie. Lorsque Aziz préparait son plan pour les conseils locaux, le soulèvement était encore largement pacifique, et la plupart du pays était sous le contrôle militaire du régime. À l'époque, il était bafoué et ignoré par ceux-là mêmes qui, plus tard adoptèrent son idée et s'en attribuèrent le mérite.

L'AUTO-ORGANISATION DANS LA RÉVOLUTION DU PEUPLE SYRIEN
Par Ghayath Naïsse
Textes traduits de l'arabe par Luiza Toscane

1. Un rapport sur les conseils locaux

Les valeurs à diffuser
Le rapport affirme que l'action des conseils locaux, dans tous les domaines du pouvoir civil, doit diffuser des valeurs essentielles, notamment celles de l'engagement envers les objectifs de la révolution : la réalisation des aspirations du peuple, le respect mutuel pour la réalisation d'un milieu fonctionnel homogène, régi par l'amitié et la coopération. (...)
Les principes sont ceux de la consultation et de l'élection, de prises de décisions sans despotisme ni arbitraire, dans un cadre de loyauté, de transparence et de partage, de création, innovation et persévérance, en vue de développer des échanges interactifs entre toutes les composantes de la société, de renforcer la coordination et la complémentarité, l'égalité des droits entre Syriens sans discrimination religieuse, ethnique ou nationale.
Le rapport met en évidence les difficultés nombreuses auxquels les conseils locaux ont été confrontés, qui les ont affaiblis et qu'ils œuvrent à résoudre. Un des moindres n'est pas l'inexpérience, les conseils locaux s'étant constitués en pleine crise (...) Il faut ajouter l'absence de définitions claires au niveau des responsabilités ou prérogatives, la difficulté à s'assurer du sérieux et de la véracité des informations permettant d'évaluer les besoins et donc de dresser des plans d'action.
Les étapes de la création des conseils locaux
Le rapport passe en revue les étapes de la création des conseils locaux. La première réunion s'est tenue début juillet 2012 en présence de représentants de Lattaquié, Homs, Deraa, Damas et ses banlieues, Hassaka et Idleb, ainsi que dans sa dernière partie des représentants d'Alep. Elle avait pour but de discuter l'idée des conseils locaux et d'ouvrir des voies de contact entre gouvernorats pour assurer une meilleure coordination entre révolutionnaires. Il en est sorti un comité de suivi de la représentation, composée de sept personnes pour chaque gouvernorat, chargé d'esquisser un règlement intérieur unifié.
La seconde réunion, trois semaines plus tard à Istanbul, a été celle du comité de suivi. La situation révolutionnaire de chaque gouvernorat et les mécanismes mis en place pour choisir les sept représentants de chaque gouvernorat y ont été présentés. Des représentants de Lattaquié, Homs, Deraa, Damas et ses banlieues, Dir, Hassaka et Idleb y ont assisté.
La troisième réunion s'est tenue à Ankara au bout de deux semaines, en présence de représentants de Lattaquié, Homs, Deraa, Damas et ses banlieues, Dir, Hassaka, Idleb, Alep et Hama. Cette réunion a rédigé un projet de règlement intérieur unifié, que les membres du comité de suivi iraient présenter directement aux révolutionnaires à l'intérieur (...)
Source : http://www.zamanalwsl.net/readNews.php?id=35993

2. Le conseil local d'un village frontalier

3. Un rêve démocratique s'est réalisé à Deir Ezzor

Sous les bombardements, l'opposition organise des élections locales dans les zones " libérées " de la ville lors d'un scrutin qui est une première depuis 40 ans.
Dans les galeries du vieux marché de la ville de Deir Ezzor, qui est la proie quotidienne des tirs de mortier et le théâtre d'affrontements violents, un pro-ces-sus électoral " libre a été organisé pour la première fois depuis quarante ans ", comme le dépeint Khadr, un membre du conseil local de l'opposition qui a été élu dimanche par les habitants des zones " libérées ".
Khadr a remporté l'un des cinq sièges au " conseil local " de Deir Ezzor. Des opposants, parmi eux des combattants, ont décidé de créer de tels conseils qui administrent les affaires des populations dans les zones évacuées par les forces du régime et désertées par le pouvoir. Le nouveau responsable élu a dit : " c'est un jour historique pour tous les habitants de Deir Ezzor, Ils se sentent libres d'élire la personne qu'ils estiment capable de les aider. "
Dans les quartiers qui échappent au contrôle des forces régulières à l'est du pays, des pancartes appellent les gens à voter et des tracts sont distribués dans les zones commerciales.
C'est dans le quartier de Cheikh Yassine, sous terre, que des dizaines d'électeurs, à l'abri de la pluie intense et des obus, vérifient les listes de candidats. Oum Chadi, 56 ans, dit qu'elle vote pour la première fois de sa vie et ajoute : " je veux voter pour dire à Bachar que tout ce que nous demandions au début, c'est cette liberté des élections, la participation à la décision dans notre pays ". Son fils a été tué il y a six mois, alors qu'il se battait contre les troupes régulières (...)
Abdelhamid, un ancien ingénieur qui a supervisé le processus électoral, indique que "les gens sont venus malgré les bombardements, pour soutenir la révolution (...) c'est une façon pour eux d'affronter le régime sans avoir recours aux armes."
Aujourd'hui, près de 200 000 personnes vivent à Deir Ezzor, d'après les militants, sachant que la population s'élevait à plus de 750 000, dont beaucoup ont fui les violences. Un résident déclare sous le couvert de l'anonymat : " dans le passé, les élections étaient organisées pour montrer la démocratie syrienne au monde, alors que les gagnants appartenaient tous au parti Baath " qui gouverne la Syrie depuis un demi-siècle.
Abdulmajid, 75 ans, qui met son bulletin de vote dans l'urne sous les applaudissements : " la famille Assad gouverne depuis quarante ans, le temps du changement est arrivé " ; et de rappeler qu'elle " n'est pas parvenue au pouvoir de façon démocratique ", en référence au coup d'Etat qui a porté l'ancien président Hafez Al Assad, père de l'actuel président, au pouvoir en 1970, alors que le régime syrien " veut convaincre le monde que notre soulèvement est illégitime. Nous réclamons seulement ce qu'on nous a volé " ; et il poursuit : " la démocratie reviendra en Syrie. "
Un autre électeur, Ahmad Mohammad, souligne que les Syriens " veulent un état démocratique, pas un Etat islamique. Nous rêvons d'un Etat laïc gouverné par des civils, pas par des mollahs. "
L'armée syrienne libre a interdit à ses membres de participer au scrutin. Pour le commandant du bataillon de combat dans la ville, " c'est une occasion d'écouter les voix des civils. Nous travaillons à combattre le régime " (...)
Source : http://middle-east-online.com/id=150017

4. Le conseil local de la commune de Maadan

5. Le congrès général constituant du conseil local du gouvernorat de Raqqa

Courant de la gauche révolutionnaire
Appel à la solidarité avec les révolutionnaires syriens

UN ANARCHISTE SYRIEN CONTESTE LA VISION BINAIRE REBELLE/RÉGIME DE LA RÉSISTANCE
Par Joshua Stephens - Septembre 2013

Version originale : http://truth-out.org/news/item/18617-syrian-anarchist-challenges-the-rebel-regime-binary-view-of-resistance
Traduction française par Manuel Sanchaise.

Au moment où les USA poussent à une intervention militaire en Syrie, les récits disponibles oscillent pratiquement entre la brutalité du régime de Bashar el Assad et le rôle des éléments islamistes au sein de la résistance. De plus, là où la position des USA apparaît contestée, cela repose en grande partie sur cette contradiction de soutenir des entités liées à Al Qaeda et cherchant à renverser le régime, comme si elles représentaient la seule force opposante à la dictature existante. Mais comme l'a écrit récemment Jay Casano dans le magasine technique Fast Company, le réseau de la résistance non-armée et démocratique au régime d'Assad est riche et varié, représentant un vaste web d'initiatives politiques locales, associations artistiques, organisations de droits humains, groupes non-violents et plus. (Le Mouvement Syrien de la Non-violence a créé une carte interactive en ligne pour montrer ce réseau aux connections complexes)

Par ailleurs, les écrits et dépêches d'anarchistes Syriens ont eu énormément d'influence dans d'autres luttes Arabes, avec des anarchistes torturés à mort dans les prisons d'Assad et commémorés dans des textes palestiniens ou des manifestations en faveur de prisonniers politiques détenus en Israël. Deux caractéristiques principales de ces expressions demandent une attention particulière : la façon dont les anarchistes organisent dans le monde arabe de plus en plus de critiques et d'interventions pour démonter les contradictions qui justifient la politique étrangère des USA et comment les conversations en cours dans le monde Arabe entre mouvements anti-autoritaires sont évitées et restent sans relais dans les médias de référence occidentaux et grand-public. Que l'insistance des anarchistes Syriens sur l'auto-organisation comme principe central d'organisation puisse résister à la réalité immédiate de la violence ou à l'influence des intérêts étranger reste une question ouverte.

Nasser Attassi est un chercheur et écrivain politique originaire de Homs, vivant actuellement entre les États-Unis et Beyrouth. Il tient le blog Darth Nader, réfléchissant sur les événements de la révolution Syrienne. J'ai discuté avec lui de ses caractères anarchistes et de la perspective d'une intervention américaine.

Joshua Stephens pour Truthout :
Les anarchistes Syriens ont écrit et été actifs dans la révolution syrienne depuis le début. As-tu une idée du genre d'activités qui se déroulaient auparavant ? Y avait-il des lignes d'influence qui ont généré une articulation syrienne pour l'anarchisme ?

Nader Atassi :
A cause de la nature autoritaire du régime syrien, il y avait très peu de place pour agir avant que la révolution ne commence. Cependant, en terme d'anarchisme dans le monde arabe, la plupart des voix importantes étaient Syriennes. Malgré qu'ils n'étaient pas organisés d'une façon spécifiquement " anarchiste ", les écrivains et blogueurs Syriens avec des influences