Mariage annulé : la parole, le corps et l’acte. (I/II)

Publié le 01 juin 2008 par Cdsonline

Le marché des médias et de l’information, que l’on pourrait également désigner comme le grand concours, renouvelé chaque jour, du motif d’indignation le plus indignant parvenant à contaminer d’indignation le plus grand nombre d’auditeurs-lecteurs-spectateurs possibles, vient assurément de dénicher une truffe : dans un concert touchant d’unanimité indignée, balayant du vent bruissant de l’indignation les derniers vestiges du désormais spectral clivage droite-gauche (où existe-t-il encore une gauche digne de ce nom?) chacun y va de son “comment taire” indigné. “On” ne s’était pas autant indigné depuis la “bannière de la honte” au stade de France, c’est dire…Š


Rappel des faits : au cours de l’été 2006 un mariage réunit à Roubaix plusieurs centaines de personnes, dont les derniers attablés en cette nuit de fête ne sont pas peu surpris de voir réapparaître, malgré l’heure tardive, le mari, accablé par la découverte qu’il vient de faire : son épouse, apprentie infirmière de vingt ans, de confession musulmane comme lui, n’était pas vierge, et ce malgré ses garanties préalablement adressées à sa famille et à lui-même. Ce n’est qu’au moment fatidique, poussée dans ses derniers retranchements, que la jeune femme se retrouvera contrainte à confesse.Š Dès le matin, le marri se rendra au tribunal…


Presque deux ans plus tard, la présidente de la première chambre du TGI de Lille, pourtant réputée pour ses «décisions sans parti pris idéologique» et pour «sa grande expérience et son professionnalisme» décide d’annuler le mariage, à la satisfaction des deux parties.
C’est à ce moment-là que Libération, postulant au titre de champion du monde toutes catégories de l’indignation pure, commence la “publicisation” de l’affaire,Š avant de se faire souffler sa juteuse trouvaille par d’autres médias, toujours aux aguets…
S’il n’est pas inutile de rappeler l’aphorisme nietzschéen «Nul ne ment autant qu’un homme indigné», peut-être faut-il également se poser la question : pourquoi tant de menteurs? (menteurs le plus souvent de “bonne foi“, d’ailleurs, mensonge bien ordonné commençant d’abord par se mentir à soi-même…)
Pourquoi, outre le fait que les principaux intéressés se déclarent eux-mêmes soulagés par la décision de justice (et en effet, comment aurait-elle pu, cette jeune femme, envisager de vivre avec cet homme qui l’avait méprisée, au sens plein et étymologique du terme, en refusant de la connaître au sens biblique?) pourquoi toutes ces déclarations, de droite, de gauche, du centre et d’ailleurs, qu’il serait fastidieux d’énumérer ici, et qui vont du féminisme exacerbé à la condamnation sans appel de l’archaïsme machiste, jusqu’à remettre la loi elle-même en cause, sans parler de l’interprétation trop conservatrice et donc obscurantiste de certains juristes… pourquoi tout ce battage, qui sonne de manière si comique à nos oreilles, nous apparaît-il néanmoins comme un symptôme majeur de l’état de notre société?
(la suite quand j’aurai de nouveau un moment, car là, d’autres activités m’appellent… :-)