Réforme de l'enseignement d'histoire-géographie : un pas de plus vers le lycée unique

Publié le 07 décembre 2009 par Oaz

Un petit billet pour rebondir sur diverses réactions engendrées par un point de la réforme des lycées : la suppression de l'enseignement d'histoire-géographie en classe de terminale scientifique.

On a d'un côté la bien-pensance habituelle dans ce genre de situations, celle qui, rangée derrière un texte de Jacques Sapir, prédit la fin du monde de la culture française. Il parait qu'il y a même une pétition pour soutenir ces idées là. En voilà au moins une que je ne regretterai pas de ne pas avoir signé !
On retrouve ce genre de position chez les commentateurs habituels des questions d'éducation dans la blogosphère politique à gauche et au centre.
Je ne dis pas que leurs préoccupations ne sont pas légitimes mais elles sont l'arbre qui cache la forêt.

Dans le camp d'en face, on retrouve le soutien au gouvernement, même chez des personnes connues pour avoir une certaine liberté de ton. Authueil explique que "cette réforme n'est pas là pour sanctionner l'histoire, mais pour renforcer l'enseignement en Sciences, qui est un vrai problème". A ce niveau là et compte tenu du volume d'heures de sciences supprimées par la réforme, ce n'est pas de l'explication, c'est du foutage de gueule.
Le député Lionel Tardy publie une FAQ sur le sujet dans laquelle on peut entrevoir le dessein du gouvernement :
Concrètement, avec cette réforme, un élève qui souhaite aller en terminale L à la fin d’une 1ère S ne sera plus obligé de rattraper tout le programme d’histoire-géographie mais seulement les matières de spécialisation de la série L : c’est une avancée considérable pour les élèves !

Parce que le véritable enjeu de cette réforme il est là : uniformiser l'enseignement secondaire. Les collégiens des 20 dernières années ont eu le collège unique. De gré ou de force, les lycéens des 20 suivantes auront le lycée unique. Celui où tout le monde devra apprendre la même chose parce que c'est une formidable avancée égalitariste. Celui où, à l'instar d'un collège redevenu à peine une école primaire supérieure, on calquera le tronc commun sur un contenu minimaliste et où l'on n'apprendra plus rien.

L'ilot de lucidité dans cet océan de destruction du système éducatif est à lire chez Jean-Paul Brighelli :
Sur la base de trois années de lycée, un élève de Section S aura perdu 54 heures d’Histoire-Géo — et, au passage, 198 heures d’enseignements scientifiques — si ! Rien d’étonnant : dans le même temps, un élève de série L aura perdu 54 heures d’enseignements littéraires — et je n’évoquerai que pour la forme le fait qu’il ne fera plus de maths en Première…
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Tout cela pour mieux « rééquilibrer les matières » (on en enlève un peu partout) et les séries, favoriser l’apprentissage des langues, et mieux encadrer les élèves, auxquels on enlève des heures de cours en échange… en échange de quoi ? De deux heures d’« accompagnement personnalisé » — c’est-à-dire de ce que tous les profs de France font gracieusement, en sus de leurs heures de cours
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C’est au collège, bien plus qu’au lycée, qu’il faut repenser l’orientation. C’est au collège qu’il faut entamer la reconquête des séries professionnelles — non au lycée, en inventant je ne sais quelles passerelles que les formations différenciées rendent infranchissables.