Le pain des rêves de Louis Guilloux

Par Sylvie

Prix du roman populiste 1942



Editions Gallimard, Folio

Louis Guilloux, contemporain d'André Gide et de Camus, antifasciste dès la première heure, fait partie de ces écrivains somme toute assez confidentiels, mais dont l'oeuvre magistrale gagne absolument à être découverte.
Guilloux, l'écrivain breton qui a vécu toute sa vie à Saint-Brieux, est un écrivain populiste : son oeuvre, profondément humaine, met en scène le petit peuple, celui des artisans, comme les tailleurs et les cordonniers, ce peuple pauvre mais si grand. Comme il est dit sur le site
Les amis de Louis Guilloux "Dans toutes ses œuvres, il montre la détresse des êtres confrontés à l’injustice, à la guerre, à la solitude, au mal de vivre, de l’enfance à la vieillesse. Mais s’il peint le caractère tragique ou dérisoire de la condition humaine, il en souligne aussi la grandeur".
A noter que chaque année, le Prix Louis Guilloux récompense depuis 1983, à l'initiative du Conseil Général des Côtes d'Armor, "une oeuvre de langue française, caractérisée notamment, outre l'excellence de la langue, par "la dimension humaine d'une pensée généreuse, refusant tout manichéisme, tout sacrifice de l'individu au profit d'abstractions idéologiques".


Le Pain des rêves a été pour moi une véritable révélation ; c'est l'un des plus beaux récits d'enfance qu'il ait été donné de lire.
L'auteur (l'histoire est semi-autobiographique), des années plus tard, nous raconte son enfance pauvre dans la petite rue délabrée du Tonneau à Saint-Brieux, entre son vieux grand-père tailleur, un père absent, une mère généreuse et un petit frère handicapé. Mais peu importe si l'on est pauvre...Car il y a la nourriture des rêves consommée sans modération par le petit garçon ; il y a d'abord l'album de famille grâce auquel on peut partir en voyage car les cousins et les oncles sont devenus marins ou sont partis faire fortune dans les colonies.
Puis les personnages pittoresques de la rue comme le crieur ou La fée, vieille marchande.
Puis vient le temps de la procession de la Sainte-Vierge puis celui des Théâtres ambulants....Au fil des découvertes et des rencontres, l'enfant se constitue toute une imagerie qui émerveille son enfance. La lecture ne fait qu'"aggraver" cette tendance. 
Attention ! Ce roman n'est pas du tout mièvre et évite les images d'Epinal ; il s'agit avant tout de décrire l'émerveillement de l'enfant  et surtout de percer l'humanité de chaque personnage qui devient inoubliable ; comment ne pas oublier l'ancien marin qui rêve désormais avec sa pipe devant son bateau miniature, le cousin Michel qui a renoncé à ses rêves de jeunesse et à la belle Gisèle, épiée par l'enfant, derrière les vitres de sa boutique des merveilles, emplie de jouets et de masques.
Touts ces personnages ont une grandeur qui nous touche profondément ; l'humour n'est jamais absent, surtout à travers la fantasque cousine Zabel et ses folles aventures avec son amant.
Tout cela écrit dans une belle langue simple et classique, racontée par l'enfant devenu homme.
Si je devais vous conseiller un livre de Noël, ce serait celui là : une ode aux merveilles de l'enfance et à la force de la famille. Un chef d'oeuvre.