Les banques doivent-elles changer ?

Publié le 18 décembre 2009 par Alains

Depuis juin 2007, la crise économique et financière a testé et mis à mal la robustesse des stratégies bancaires. Après des pertes colossales pour certaines d’entre elles et aussi, à la surprise générale, avec le rétablissement spectaculaire de leurs résultats, les banques s’interroge désormais, sur leurs stratégies de spécialisation future et aux inflexions indispensables pour répondre à la mondialisation globale de la finance en marche.

La Revue Banque a organisé une table ronde de six auteurs qui se sont pliés à la discipline des questions réponses portant sur six thèmes de réflexion portant sur l’avenir de la banque. Le panel des intervenants était aussi divers que prestigieux :

Patrick Artus, Directeur de la recherche et des études à Natixis

Olivier Pastré, Professeur d'économie à Paris VIII
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Sortie de crise - Ce qu'on ne nous dit pas, ce qui nous attend", Ed. Perrin• Michel Fleuriet, Professeur à Paris IX Dauphine, a été Président de Meryll Lynch France et d'HSBC France" Banques d'investissement et de marché" Ed. Economica

  
  

• Georges Pauget, Directeur général du groupe Crédit Agricole SA, Président de LCL et de Calyon
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La banque de l'après-crise" RB Edition
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Faut-il brûler les banquiers ?" Ed.Lattès
• Jean-Michel Quatrepoint, Journaliste
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La dernière bulle - Comment Wall Street a phagocyté Obama et a fabriqué une fausse reprise", EdMille et une nuits
• Dhafer Saïdane, Maître de conférence et chercheur à Lille 3
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La nouvelle banque", RB Edition

Idées principales :

·    Malgré l’inertie à laquelle on peut s’attendre au sein de ces institutions, le processus de mutation des banques a commencé, tant en Europe qu’aux Etats-Unis. Les nouvelles contraintes de capital sont attendues pour l’an prochain. Elles devraient imposer aux banques une nouvelle stratégie allant du recentrage vers certains métiers de la banque à un arbitrage entre banque de détail, BFI et gestion d’actifs. Ou la généralisation de toute la palette des services bancaires. Les nouvelles contraintes réglementaires donneront lieu assurément à des restructurations dans le portefeuille d’activité bancaire.

·    Il s’est avéré très dangereux de faire du crédit un moteur de croissance. Depuis les années 2000, la progression des revenus courants ne suit plus (du fait de la compétition internationale). Seul le recours au crédit a permis de maintenir la consommation des ménages. La crise actuelle n’est pas tellement une crise des banques, mais plutôt d’une part, une crise des instruments de dette créés par la titrisation des créances bancaires et d’autre part, une concentration des risques dans des SPV (Special Purpose Vehicule), qui ne disposaient pas d’une clientèle suffisante.

·    Il y a eu un dérapage de la fonction d’intermédiation de la banque, et dans l’avenir il faudra penser à la définition d’une frontière entre le financement de l’économie réelle et les prises de positions pour compte propre.

o   L’utilisation de la titrisation n’est pas mauvaise : Une titrisation bien faite doit vraiment disperser les risques et les transférer à des investisseurs plus aptes à les supporter. Les dérapages de la titrisation renvoient à des problèmes de responsabilisation des banques et de mauvais pricing du risque (échec du modèle de rating). En outre, à la place de diffusion du risque, ceux-ci ont été concentrés dans les bilans de quelques uns. Pour info, les banques américaines gardaient moins de 30% de leurs crédits tritrisés tandis que les banques européens en gardaient une proportion supérieure à 70%.

o   Les banques investissent trop à court terme et pas assez à long terme, alors que le monde souffre d’un sous-investissement massif : dans certaines régions, les besoins de base ne sont pas encore couverts. Le paradoxe actuel et qu’il y a un excès de liquidité à court terme, alors qu’à long terme il manque 8000 milliards d’investissements.

·    La vraie difficulté pour les banques, est d’optimiser toutes leurs contraintes, sans pour autant créer des effets négatifs au niveau macroéconomique, aspect un peu négligé tant par les banques que par les régulateurs.A long terme, la régulation excessive prive les banques de cet objectif. En outre, il existe un risque de déséquilibre sur les différentes régulations bancaires : on peut s’attendre à une surenchère régulatrice en Europe qui tendrait à asphyxier le secteur bancaire, qui lui-même décrocherait par rapport aux banques américaines et chinoises.

Par exemple, en Europe, la Commission Européenne impose des cessions sur leur marché domestique en échange de l’aide de sa part. La gestion d’actifs est en restructuration, des mouvements de concentration s’observent aussi dans le crédit à la consommation.

·    Au niveau politique, on n’a pas eu assez de détermination au niveau mondial. Les trois derniers G20 n’ont abordé que trois sujets sur une vingtaine : les paradis fiscaux, le problème des bonus, et le financement du FMI. On devrait approfondir les changements au niveau des normes comptables, qui actuellement encouragent plus le financement par les sub primes, que le financement des PME. Les grands groupes ont été privilégiés au détriment du tissu entrepreneurial, surtout en France. Cette tendance a amené à des vastes transferts de richesse, qui s’est concentrée dans les grands groupes. Ceci résulte souvent dans une perte de richesse, et dans une paupérisation des classes moyennes.

Des deux points précédents il ressort qu’à l’avenir il s’agira de définir une frontière entre la microéconomie (financement des PME) et la macroéconomie (régulation permettant de garantir le financement de l’économie).

·    Au niveau de la gestion des risques, il y a eu un oubli du bon sens : par exemple, dans l’évaluation des subprimes, les « tranches » valaient ensemble plus que l’entier initial. Les modèles mathématiques sont souvent trop sophistiqués et fonctionnent avec des hypothèses peu réalistes. Une autre grave erreur a été d’appliquer toutes les règlesdes marchés efficients aux marché OTC : les marchés organisés et les marchés OTC sont très différents et dans le dernier cas il y trop d’exceptions par rapport à un marché efficient.

Les banques centrales ont aussi une part de responsabilité : si les marchés se déstabilisentet évoluent en ruptures à cause d’un excès de liquidité, il est impossible d’une part d’établir des prévisions du fait de la création de bulles (les prix ne suivant plus les fondamentaux) et d’autre part de mettre en place une régulation efficace, les modèles mathématiques étant impuissants face à une telle situation.

·    Le problème d’indépendance des banques centrales a été aussi abordé. Par exemple, la Fed, bien qu’elle soit indépendante du pouvoir public, elle reste très dépendante des 12 banques régionales des États-Unis. Et au sein de l’équipe gouvernementale, les principaux décideurs financiers sont d’anciens banquiers très influents (en cela, pour Jean Michel Quatrepoint, tout Président des Etats Unis est fortement contrôlé).

·    Faut-il revenir au Glass-Steagal Act ? Les opinions divergeaient à ce sujet : certains pensent que la banque de marché ne doit agir que sur le marché et ne doit pas couvrir ses pertes avec les recettes d’exploitations de la banque de dépôt. S’agissant de métiers différents, les objectifs suivis le sont aussi, d’où un nécessaire cloisonnement des deux activités. D’autres, comme Mr. Pauget, ont défendu le modèle de la banque universelle, qui s’est montré plus résistant face à la crise (notamment les banques françaises) et qui est une bien meilleure réponse face à la maturité des activités de banques de dépôts en France comme en Europe. (il avançait aussi l’idée d’envisager le développement d’un nouveau business modèle, axé sur les services)

·    Un thème a également couvert, via le problème de l’équilibre mondial en terme de consommation, l’ordre monétaire global. En effet, certains pays privilégient encore l’épargne au détriment de leur consommation interne, tandis que les pays n’ayant déjà plus de marge de manœuvre en terme de consommation, nous pensons aux Etats-Unis, perdurent à consommer trop. On observe une croissance de la masse monétaire de l’ordre de 30% par an.

Deux solutions à la situation actuelle des devises mondiales:

oUne réévaluation du yuan

oLa croissance des marchés intérieurs des économies actuellement en boom, telle que la Chine

Le refus de la Chine de réévaluer le yuan met en difficulté les États-Unis, qui sont contraints à dévaluer leur monnaie et pour cela la FED s’est transformé dans une machine à faire des dollars. Tant que la Chine ne changera pas de modèle, les Etats-Unis seront obligés de poursuivre leur politique expansionniste. Face à la baisse du dollar, la Chine commence à contourner le dollar en faisant des accords de swaps avec d’autres banques centrales. Mais à long terme, on estime que le yuan convertible est un objectif atteignable et nécessaire afin d’éviter la dépréciation du dollar et le retour des équilibres financiers...

·    Comment les rapports Banques / Etats vont-il évoluer ?

la sous évaluation du risque systémique a été un élément central de la crise. Or ce risque est encore très méconnu, ses contours n’ont toujours pas été définis. Il est donc extrêmement difficile de prétendre mesurer ce risque et donc de vouloir le réguler. En conséquence, un système public d’assurance du passif entier des banques devrait être mis en place, pour éviter les attaques externes qui peuvent avoir lieu tant sur les dépôts, comme sur le marché interbancaire. L’idée est qu’il est moins coûteux de prévenir un problème que de le résoudre après, souvent à travers la nationalisation des banques.

Corneliu Harea, et Magali Gable, Master 224 Banque & Finance, Paris IX Dauphine La Défense