4 Livres présentés par Pascal PIA dans la Revue ACTION, 1922

Par Bruno Leclercq


Quatre livres présentés par Pascal Pia, chronique trouvée dans le dernier numéro de la célèbre revue d'avant-garde, Action, publiée de mars 1920 à avril 1922 :

ACTION. Cahiers de philosophie et d'art.
Dépositaire général : Stock - Delamain, Boutelleau. Troisième année, mars-avril 1922, in-8, agrafé, 56 pages + 16 pages sur papier rouge, 8 en tête et 8 autres en fin de volume.
Pitoeff par J. Bucher. Poèmes par André Salmon, Max Jacob, Jean-Victor Pellerin. Aspects d'André Gide par André Malraux. Luciole par Paul Dermée, Salon des Indépendants par un Placier, Poèmes de Raymond Radiguet, Antonin Artaud, Céline Arnault, Homicide par imprudence par Vlaminck, Les Amants de Pise par Léon Pierre-Quint, Virtuosité, tu n'es qu'un mot ! par Jane Mortier, De l'art nègre par Carl Einstein, L'Allemagne en dix minute par Paul Dermée, Critique des livres par Antonin Artaud, Pascal Pia, Marcel Sauvage, Alexis Dunan, Roberto Garcia, Spectacles par Henri Colas.
Reproductions d'oeuvres de Kars, Luc Albert Moreau, Robert Mortier, Crissay, Féder, Marcoussis, Lipchitz, Charbonnier, Makowski, Survage, Irène Lagut, Chavenon, Férat et de sculptures nègres.
Direction : Florent Fels - Robert Mortier. Comité de Rédaction : Paul Dermée, Georges Gabory, André Malraux.
(1).
FOULE IMMOBILE, poème par Serge Charchoune
L'auteur fait entendre vingt-cinq voix. Une seule déjà énonce tant de sottises. Le médecin légiste est venu constater la mort de Dada : le livret de M. Charchoune n'a pas même été tiré sur Hollande Van Gelder. Le public ne crie plus. Trop tard, petit Charchoune. « L'oubli, l'oubli, je connais l'endroit. » (Sic.)


LES GRANDS HOMMES EN LIBERTE, par Pierre Billotey. (Bibl. Des Marges.)
Le rideau se lève sur la nudité de Sacha Guitry. M. Billotey a eu soin d'indiquer que ces aventures étaient « curieuses ». Une Sappho normande, notamment, n'obtient qu'un succès de curiosité. La fantaisie de M. Billotey est toujours aimable, même complaisante : il faut, en effet, un peu de complaisance pour deviner un grand homme dans les débris de M. Henry Bordeaux.




CINEMA, par Jean Epstein (Ed. De la Sirène.)
Il y a dans ces pages toute l'émotion du cinéma. Jean Epstein libère en poèmes l'excès lyrique du film. Il écrit : « Je désire des films où il se passe non rien, mais pas grand' chose. » Un rire jaune et long séduit ou étonne mieux qu'un galop de chevaux. Pourtant nous aimons le galop ; n'est-il pas à l'image de notre époque ? Mais ce que nous attendons du cinéma naît et grossit dans la fièvre, non dans la vitesse. Jean Epstein traduit ce que nous avions cru si éloigné des mots : traductions d'ailleurs fort sympathique. Les écrans sont couleurs d'amour.



POETES D'AUJOURD'HUI, par Paul Neuhuys. (Ed. Ça Ira, Eckeren, Anvers.)
Des études intelligentes sur les meilleurs poètes : M. Neuhuys excelle à qualifier l'art de chacun d'entre eux. Poète lui-même, il note d'un trait précis. J'ai fort apprécié la phrase courte, le mot dépouillé. Lyrique enthousiaste, M. Neuhys communique sa ferveur. Le don d'émotion s'identifie au talent. Les poèmes de Paul Neuhuys ont le mérite de la spontanéité ; ses études poétiques, celui de la sincérité. Je sais combien André Salmon et Jean Cocteau, pour ne citer qu'eux, aiment ce livre dont le contenu justifierait les plus flatteuses opinions.
PASCAL PIA

Serge Charchoune, peintre et poète Russe, rencontre Picabia en 1920, fréquente les réunions dadaïstes, et participe aux réunion du groupe. Foule Immobile est son premier et seul ouvrage écrit en français, en fait il fut écrit en russe et traduit en français avec l'aide de Philippe Soupault. Il s'agit d'une chanson populaire divisée en 9 rounds, illustrée de six dessins. Pia semble voir dans le futur fondateur de la revue "Perevoz Dada", un "suiveur" arrivé après la mort du mouvement. Dada était-il mort en 1922 ? Surement pas, mais déjà "Le public ne crie plus".
En 1921 paraît la première édition de Les Grands hommes en liberté. Aventures curieuses de nos plus célèbres contemporains, ce volume présentant René Bazin, Louis Bertrand, Henry Bordeaux, Eugène Montfort, André Gide, Sacha Guitry, Francis Jammes, Frédéric Masson, François Porché, L'Académie française, L'Académie Goncourt, connaitra une édition augmentée en 1923.

Bonjour Cinéma, de Jean Epstein, paraît en 1921 dans la collection des tracts aux Editions de la Sirène, où il avait publié la même année, La poésie d'aujourd'hui, un nouvel état d'intelligence, avec une lettre de Blaise Cendrars, et où il publiera en 1922, La Lyrosophie.

Paul Neuhuys : Poètes d'Aujourd'hui : l’orientation de la conscience lyrique. Anvers, Ça Ira, 1922. D'après David Gullentops (2), c'est Pascal Pia, qui collaborait à la revue Ça Ira (3), qui conseilla la lecture du volume de Neuhuys à Cocteau.

(1) Réédité par Jean Michel Place en 1999. 24,5 X 19,5 cm, reliure toile éditeur, jaquette. Reprint de la collection complète (12 numéros).(2) Hommages de Jean Cocteau aux écrivains belges par David Gullentops.(3) Sur la revue Ça ira, voir Le blog de ça ira !, où l'on trouve de nombreux articles sur Paul Neuhuys et autres collaborateurs de cette revue d'avant-garde belge.