Le 24 Décembre, à 15h10 sur FRANCE 5 : "L'aventure des premiers hommes; l'Australie".

Par Ananda
Ce film fait partie d'une série de 5 documentaires franco-britanniques qui ont pris pour thème une des plus grandes énigmes de l'humanité : "comment [ nous, Homo sapiens] sommes-nous parvenus à coloniser tous les continents ?".
Nul n'ignore maintenant que, très tôt, les Hominidés ont eu la bougeotte. A partir du moment où ces grands primates ont pu se tenir pleinement debout sur leurs deux jambes (c'est à dire à l'apparition de l'espèce Homo Ergaster/Erectus), ils se sont mis à aligner kilomètres sur kilomètres, dans toutes les directions. Simple poursuite du gibier ou résultat de l'esprit curieux si prégnant dans l'espèce humaine ? On ne le sait.

Ce qu'on sait, en revanche, c'est que les chasseurs-cueilleurs étaient nomades, et que, donc, le déplacement faisait partie de leur mode de vie.
Avec l'apparition de notre propre espèce, l'Homo Sapiens, il y avait un atout de plus : le développement de son cerveau. Plus organisé que ses prédecesseurs et ancêtres, cet homme se lança à son tour, sans doute par vagues successives, hors de sa terre d'origine : l'Afrique de l'Est.
Ici,  le film dont il est question traîte de la migration humaine qui fut probablement la plus ancienne et la plus impressionnante : celle qui, on se demande comment, conduisit les chasseurs-cueilleurs sapiens jusqu'au continent australien, si éloigné de leur point de départ.
Les indices dont dispose la science sont les fossiles et l'ADN.

Encore aujourd'hui, "l'arrivée de l'Homme en Australie est un mystère".
Pour tenter de l'éclaircir quelque peu, il nous faut, nous assure le film, nous tourner d'abord vers le Parc Naturel de MUNGO, en Australie Méridionale. Ce lieu recèle en effet des "informations capitales sur les premiers Australiens".
Tout commença en 2004, avec la découverte, par des Aborigènes et des scientifiques, d'un emplacement que l'on a très vite jugé bon de tenir secret.
Warren Clarck, chef tribal, a été désigné comme gardien du site. De la "trouvaille" de MUNGO, il nous dit qu'elle était si fragile qu'elle necessita, par mesure de protection, d'être ensevelie !

De quoi s'agit-il donc là ?
De traces de pas humains, plus exactement de 480 empreintes qui semblent toutes étrangement fraîches. Si ce  fait donna lieu, comme on s'en doute, à quelques polémiques, ces dernières furent dissipées par des prélèvements suivis de datations d'échantillons fort sérieuses. Au grand abasourdissement des chercheurs comme à la grande joie des Aborigènes, les travaux attribuèrent à ces traces de pas un âge compris entre 19 et 23 000 ans !
Lorsqu'on se penche attentivement sur les dites traces, on se rend compte que ce sont "uniquement des traces de pieds droits en file indienne". Elles appartenaient, ajoute-t-on, à des poursuiveurs de kangourous. On réussit à y isoler "des individus bien distincts, ce qui est rare en archéologie".
Les savants poursuivent leurs explications et, par elles, nous apprenons que "ces empreintes se sont imprimées dans de l'argile mouillée au fond d'un lac". De ce lac MUNGO, il ne reste, nous le voyons bien, désormais plus rien et le sable a remplacé l'argile tout en protégeant les traces.
Cet emplacement de MUNGO fut sans doute, à l'époque, un lieu important de peuplement, si l'on en juge par une autre découverte, due, en 1974, à un géologue : celle d'un "fossile capital", d'un crâne très bien conservé qui, lui, affiche un âge compris entre 40 et 60 000 ans. L'homme de MUNGO est ainsi (du moins pour l'instant) "le plus vieil habitant d'Australie et le plus vieil humain trouvé hors de l'Afrique".

De ce constat, une question fuse : "comment les Hommes ont-ils atteint ce continent lointain si tôt (apparemment, bien avant l'Europe)?".
Nous écoutons un savant australien entouré de crânes fossiles nous faire remarquer qu'auprès de l'Homme de Mungo, qui est "fin et délicat", d'autres crânes trouvés en Australie montrent un aspect fort différent, plus "grossier", plus robuste et, notamment, porteur de bourrelets sus-orbitaires marqués (comme chez les Hommes plus primitifs). Ce qui étonne, continue le scientifique, c'est "la diversité déroutante des formes crâniennes de l'Australie préhistorique".
Cela titille notre chercheur : "les Aborigènes seraient-ils arrivés plus tôt, encore plus tôt qu'on ne le suppose ?".
Afin de résoudre le problème de l'origine des Aborigènes, le moyen le plus sûr est, sans doute, celui du recours à la génétique. Par les différentes recherches sur l'ADN mitochondrial de l'espèce Homo Sapiens actuelle, on sait que "tous les individus de la planète seraient issus d'un groupe restreint qui a migré depuis l'Afrique il y a 70 000 ans".
Une chercheuse s'est livrée à une analyse comparative entre trois ADN appartenant à des Aborigènes d'Australie,  un ADN européen et plusieurs ADN africains. Le résultat de ces tests ne laisse la place à aucun doute : il conclut à un "exode récent des ancêtres des Aborigènes hors d'Afrique" et les rattache à "la même branche que celle des Européen" (ce qui veut dire, si j'ai bien compris, que la distance génétique entre les populations de l'Australie et celles d'Afrique est équivalente à celle entre ces dernières et les Européens).
Maintenant, passons au coeur du sujet qui nous préoccuppe : quel fut le chemin qu'emprunta leur migration vers le continent austral ?

Tout porte à supposer qu'après avoir traversé la Mer Rouge, ces migrants ont ensuite longé les côtes de l'Arabie, puis de l'Inde.
Un scientifique fait remarquer, à ce propos, non sans raison, qu'en ces temps, "vivre au bord de la mer présentait de nombreux avantages".
Il y a 60 000 ans et des poussières, l'Inde était nettement plus vaste qu'elle ne l'est à présent. Cela était dû à la baisse des eaux océaniques, elle-même due à la glaciation du continent antarctique.
Nous faisons halte sur le site préhistorique indien de JWALAPURA. Ce site, il se trouve, regorge de cendres volcaniques dont on a pu déterminer qu'elles étaient droit issues de l'éruption cataclysmique du Mont Toba, sur l'île indonésienne de Sumatra, voici 74 000 ans.
On trouve, sur le site indien, une couche de cendre volcanique de pas moins de deux mètres d'épaisseur. Cette couche, normalement, date d'une époque antérieure à la sortie de l'Homme hors d'Afrique. Pourtant -surprise ! - une équipe de scientifiques indiens et anglais qui s'était mise à examiner ce qui se trouvait sous la strate de cendre y a exhumé contre toute attente des outils de pierre (racloirs et pointes de lances). Qu'est-ce à dire ? L'Inde était-elle habitée antérieurement à l'explosion du Mont Toba ? Par dessus le marché, des outils préhistoriques de même type que ceux enfouis sous la couche de cendre furent découverts dans la couche elle-même, ce qui tendrait à prouver que, comme nous l'affirme un savant, "l'éruption [du Toba] n'a pas été fatale à la population locale de chasseurs-cueilleurs".
Ces outils indiens (même s'ils donnent eux aussi matière à des attitudes sceptiques, voire des contestations dans le milieu scientifique, dont ils bousculent les certitudes), constituent "le premier indice de la présence des Hommes en Asie".

Cependant, certains groupes de migrants ont dû continuer d'avancer, cette fois en direction de l'Asie du Sud-Est, où les petites populations aux allures négroïdes demeurent, de nos jours, toujours présentes (les indigènes des Iles Andaman en sont un très bon exemple).
Le généticien anglais Stéphane Hopenheimer s'est ainsi interessé à un tout petit groupe très isolé vivant au nord de la Malaisie : les Sémang, qui présentent dans leur type, de nettes caractéristiques africaines. Les prélèvements d'ADN mitochondrial qu'il a effectué sur ces gens ont confirmé qu'ils "appartenaient tous au petit groupe de migrants africains originels". Les Sémang présentent par ailleurs une autre particularité, dans la mesure où "leurs gènes sont uniques". Serait-ce là le résultat d'une dérive génétique, due à un isolement particulièrement long ?
Il y a 70 000 ans, comme nous l'avons déjà vu, une période glaciaire entraîna la baisse du niveau des mers. De sorte qu'en ces temps, "l'on pouvait passer d'une île indonésienne à l'autre à pied".
Le reportage s'interesse maintenant à la grotte de NIAH, située dans la forêt pluviale de Sarawak (Île de Bornéo); en 1958, le major britannique Harrisson y trouva un indice précieux : les fragments d'un crâne fossile de femme âgée de dix huit à vingt ans et renvoyant, après analyse au carbone 14, à  40 000 ans BP. Cette datation a été quelque peu corrigée (et précisée) par des études récentes, qui l'ont ramenée à "au moins 35 000 ans".
"Des Hommes chassaient déjà à Bornéo il y a plus de 40 000 ans".
Mais on peut penser qu'ils durent y côtoyer d'autres créatures. Tout le monde a en mémoire la retentissante découverte, en 2003, du "Hobbit" ou "Homme de Florès", sorte d'australopithèque ou d'Homo Erectus nain qui, il y a 27 000 ans, existait encore. Quel a pu être l'impact de la présence de ces créatures, de ces hominidés très primitifs, sur la progression de l'homme moderne dans la région ? Bien malin qui saurait le dire.

Il n'en reste pas moins que, de nos jours encore, les paysans indonésiens font clairement allusion à de fort étranges créatures, qu'ils nomment les EBUGOGO, et qui, selon eux, vivaient autrefois, au temps de leurs ancêtres, dans des grottes. Ces êtres, décrits comme très poilus sur le torse et, pour les femmes, nantis de seins "très gros et très longs" qu'elle rejetaient de temps en temps derrière leurs épaules, dans leur dos, avaient les fâcheuses habitudes d'enlever les enfants et de voler les récoltes. Auraient-ils poussé les premiers Homo sapiens (qui n'étaient pas agriculteurs) à progresser vers l'Australie pour fuir cet encombrant voisinage, en traversant la Mer de Timor à bord de longs radeaux de bambous géants ficelés avec des lianes ? Là, bien sûr, on entre dans le royaume de la parfaite conjecture.
Mais, insistent cependant les savants, il y a gros à parier que "nos ancêtres avaient de bonnes raisons de prendre un pareil risque".
Risque ? La Mer de Timor, à l'instar de tous les détroits, est dangereuse, capricieuse. On nous le confirme : "il fallait énormément de courage pour tenter une telle traversée".
Alors ? Chassés par les Hobbits ou par la terreur que devait également leur inspirer les redoutables volcans qui parsèment les Iles de la Sonde ?
Quoi qu'il en soit, la possibilité de naviguer avec ces embarcations décrites plus haut a été dûment démontrée par une expérience menée entre deux îles d'Indonésie, un peu façon Thor Heyerdahl. De plus, on y revient encore, il y a 65 000 ans, la distance entre l'Australie et les îles de l'arc indonésien était nettement moins grande qu'elle ne l'est maintenant.

C'est sur la Terre d'Arnheim, il y a vraisemblablement 60 000 ans, que les Hommes prennent pour la première fois pied sur le grand continent austral.
Mais qu'étaient ces tout premiers australiens ? A quoi ressemblaient-ils ?
Que peuvent nous apprendre sur eux les actuels Aborigènes ?
Ces derniers nous frappent par leur "connaissance parfaite du bush", par leur "adaptation naturelle à cet environnement". Ils font montre d' "une excellente mémoire spatiale" (qui favorise un sens de l'orientation hors-pair), de même que d' "une vision de loin bien supérieure à la moyenne".
Les plus anciennes de leurs peintures rupestres évoquent la chasse, l'alimentation, ainsi que la figure sacrée, centrale de "la Mère Créatrice", une femme qui porte de nombreux bébés dans des sacs, chacun de ces bébés étant l'ancêtre d'un clan aborigène. Cette Mère Créatrice constitue l'essence du mythe fondateur de ces peuples, auxquels elle a légué culture et rituels. Les Aborigènes la disent venue de l'autre côté de l'océan (Afrique ?).
Nous arrivons à la fin de ce captivant documentaire.
Si beaucoup de faits demeurent, encore, dans l'ombre et dans l'imprécision, s'il manque encore, manifestement, énormément d'indices concrets, de pièces à joindre au grand puzzle, au moins peut-on se permettre le luxe de deux certitudes :
- cette migration fut très ancienne, et elle fut "l'une des plus incroyables migrations humaines";
- les premiers explorateurs qui la lancèrent, puis la menèrent, méritent d'être amplement salués et respectés pour leur ingéniosité, pour leur sagesse et pour leur courage.
Ils sont, en quelque sorte, une preuve que l'humanité a l'audace et la ténacité dans le sang et que, quand elle l'a décidé, aucun obstacle ne l'arrête.


P.Laranco.