Choisir entre les beaux et stériles principes moraux et l'efficacité

Publié le 30 décembre 2009 par Nicolas007bis



Un chiffre ahurissant vient d’être publié : 95 milliards d’euros…qui pourrait grossir jusqu’à atteindre 125 milliards !

C’est 3 fois le montant du petit Grand emprunt et c’est pour le haut de fourchette quasiment le déficit budgétaire français pour 2009.

Précisons qu’il ne s’agit ni du montant des bonus des traders de BNP Paribas, ni de la somme qui serait octroyée à Bernard Tapi pour le dédommager du préjudice moral causé par de toutes les vilénies qui ont pu être écrites à son sujet sur ce blog, ce n’est pas non plus le cout total de la campagne de vaccination contre la Grippe A, ni même une estimation de la valeur cumulée des montres de Julien Dray et de Nicolas Sarkozy réunis, non, non...

...non, ce chiffre que l’on peut qualifier, sans craindre de paraitre excessif, de conséquent, correspond au montant rapatrié par nos voisins italiens dans le cadre de l’amnistie fiscale octroyée par leur Gouvernement.

Les gentils contribuables qui auraient l’amabilité de bien vouloir avoir l’obligeance de faire passer la frontière en sens inverse à leur pactole et qui de surcroit accepteraient de payer une petite taxe de rien du tout de 5% se verraient immédiatement blanchis de toute accusation de fraude fiscale et exonéré de toute autre imposition sur ces fonds.

C’est du blanchiment à moins cher que le pressing !

Lorsque l’on voit le tintamarre qui a été fait autour de la liste des 3 000 présumés fraudeurs en provenance de la HSBC suisse pour un montant estimé à 5 à 6 petits milliards d'euros, on se dit que la France et l’Italie ne joue pas dans la même cour en matière de fraude fiscale.

Certes on peut considérer que tout cela n’est guère moral, et que l’Italie fait là un beau cadeau à ses riches fraudeurs. D’autant plus que c’est la troisième amnistie de ce genre, ce qui est plutôt incitatif à la fraude puisqu’il devient franchement intéressant de sortir en douce ses capitaux d’Italie pour les rapatrier ensuite moyennant un prélèvement minime pour solde de tous comptes.

D’ici même à soupçonner que d’une manière ou d’une autre son Président du Conseil en aurait personnellement profité, il n’y a qu’un pas que je ne me garderais bien de …ne pas de franchir !

Malgré tout, à l’arrivée, l’Etat Italien va quand même récupérer entre 5 et 6 milliards d’euros alors que Bercy annonce que la « Cellule de régularisation des avoirs dissimulés à l'étranger », ouverte en avril et bientôt close a, à ce jour, laborieusement rapporté à l'Etat 500 millions d'euros d'impôts.

Au risque de choquer, il semble qu’entre le pragmatisme laxiste des italiens et les rigides principes moraux français, il pourrait y avoir un juste milieu optimum. Un juste milieu entre le sort des italiens auxquels on ne demande que 5 misérables pourcents et celui des français qui tels les bourgeois de Calais, viendraient en chemise, la corde au cou et les clefs de leur coffre à la main, en ayant comme seule garantie celle de ne pas être poursuivi au pénal mais avec l’assurance d’arriérés et de pénalités conséquentes (jusqu'a 80% du montant de la régularisation).

Ce juste milieu pourrait être une opération tout à fait exceptionnelle et annoncée comme telle, d’amnistie générale pour tous les fraudeurs ou évadeurs fiscaux qui se dénonceraient spontanément. Ils n’auraient qu’à régler un prélèvement libératoire de 10 ou 15% par exemple et se verraient absous de leurs péchés par le Cardinal Woerth ou le Pape Sarkozy avec garantie d’impunité sur tous les faits auto-dénoncés.

Si cela pouvait faire rentrer au bercail quelques milliards d’euros sur lesquels l’Etat ponctionnerait ne serait-ce que 10% ça serait toujours ça que les Suisses n’auraient pas et dont le budget de l’Etat, qui en a bien besoin, pourraient bénéficier. Bien évidemment il faudrait affirmer le caractère exceptionnel de la mesure ce qui serait certainement plus crédible dit par Woerth que par Tremonti (Ministre de l'économie italienne). Enfin, la période d’incertitude en ce qui concerne les paradis fiscaux devrait également inciter les fraudeurs à profiter de l’occasion.

Bien évidemment, on imagine le tollé général si le Gouvernement s’avançait à faire une telle proposition !

Avec en synthèse le slogan qui tournerait en boucle « Sarkozy fait encore un cadeau à ses riches copains » !

C’est comme ça en France, on préfère rester arcboutés sur de beaux et stériles principes moraux (qu’individuellement on outrepasse pourtant allègrement) plutôt que de chercher à être collectivement efficaces.

C’est d’ailleurs le même problème que l’ISF, type même de l’impôt inefficace mais qui symbolise tellement le magistral slogan « il faut faire payer les riches » qu’il est interdit d’y toucher !

Sur ces bonnes paroles je vous souhaite à tous, lecteurs méritants, une excellente année 2010 !