Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe

Par Alain Bagnoud


Ce qui me frappe en relisant Les Mémoires d'outre-tombe (oui, je sais, on va me tenir rigueur de ce relire, mais je n'y peux rien), c'est tout d'abord la fausse modestie du Vicomte, qui ne cesse de noter avec précision les moments de sa jeune vie où il aurait pu disparaître, de répéter que le monde n'y aurait rien perdu, et que bien des souffrances lui auraient ainsi été épargnées, à lui.
Présence de la mort constante, de sa tentation, jusqu'à une tentative de suicide: il met le canon d'un fusil dans sa bouche, frappe la crosse contre le sol, plusieurs fois, mais le coup ne part pas. Il y voit un signe, suppose que son heure n'est pas arrivée.
C'est qu'il est important pour le vieil écrivain de se poser en héros romantique. Il s'agit de triompher de ses rivaux plus jeunes. D'où les rêveries sans fin du personnage adolescent, la solitude, le désespoir, les chimères et le spleen...
Ceci passe d'ailleurs au fur et à mesure que notre héros grandit, et qu'il entre dans l'action, la vie d'homme de lettres, le voyage en Amérique. Là, la pose cède devant la description et le lyrisme. On est moins à l'intérieur d'un moi tourmenté que dans l'interaction entre ce moi et le monde.
Mais partout, quelle plume! Quelle flûte! Cet homme est un des plus grands écrivains de tous les temps...