Une solution à la gestion dramatique des sols et de l’agriculture française

Publié le 31 décembre 2009 par Penserdurable

Effondrement de l’activité biologique des sols, appauvrissement génétique des cultures, chute de la productivité, érosion des terrains… l’état de l’agriculture française est désastreux. Pourtant, des solutions existent pour une agriculture durable et compétitive selon Claude Bourguignon.

Formé à l’Institut National Agronomique Paris-Grignon (maintenant AgroParisTech), Claude Bourguignon est réputé pour ses travaux et expériences sur la microbiologie des sols. Ses recherches allant à l’encontre de la théorie dominante, il a quitté l’INRA (Institut National de Recherche Agronomique) pour fonder avec sa femme Lydia le LAMS (Laboratoire d’Analyses Microbiologiques des Sols). Il explique dans cet extrait du film documentaire Alerte à Babylone l’état de l’agriculture française :


Alerte à Babylone, un film de Jean Druon

Décidant d’aller plus loin, je suis tombé sur une conférence de 2 heures à un comice agricole, dont je vous ai fait un résumé.

Les conséquences de notre agriculture productiviste

Claude Bourguignon avance quelques chiffres qui présentent l’état de notre agriculture :

• 90% de l’activité biologique des sols a été détruite en Europe, alors que 80% de la masse biologique est dans les sols
• la France, 2e consommateur de pesticides au monde, en consomme 10 fois plus à l’hectare que les Etats-Unis
• en 50 ans, 92% des agriculteurs français ont dû quitter leur profession
• 40% du blé européen n’est pas transformable en pain et est donné aux animaux
• en Europe, 99% des tomates et fraises sont produites hors-sol
• au XXe siècle, nous avons détruit un milliard d’hectares de terres cultivables

Le problème vient de notre manière de cultiver la terre : la théorie dominante considère le sol comme inerte. Pour faire pousser la plante plus vite, on épand alors des engrais chimiques. Comme la plante est fragilisée, on met des pesticides. S’enclenche un cycle infernal : les plantes, gorgées d’eau et de pesticides, sont malades, donc peu résistantes aux attaques d’insectes. On rajoute ainsi plus de pesticides et on les rend encore plus malades. Parallèlement, on provoque une mort biologique du sol. Le sol s’acidifie, se minéralise et la terre s’en va : c’est l’érosion.

Dans cette course à l’agriculture industrielle, la sélection des plants réceptifs aux engrais chimiques a fait passer l’Europe de 3600 variétés de fruits à moins de 40. Le blé et le maïs doivent être séchés dans des silos, ce qui les rend inconsommables par l’homme et nous oblige à les importer d’Argentine et du Canada pour faire du pain et des corn flakes. En outre, la production de céréales n’a pas augmenté depuis 1984, car les sols sont en train de lâcher. Quant aux OGM, la prochaine étape, ils constituent un choix irréversible : si on les dissémine dans la nature, ils contamineront tout et on ne pourra plus revenir en arrière. Pourquoi ne pas plutôt utiliser les 350000 espèces que la nature nous propose ?

Le système n’est pas remis en cause, parce que les industriels qui fabriquent les semences, les engrais et les pesticides tiennent le marché. Quant aux agriculteurs, ils sont payés au poids, donc ils courent après la quantité et non la qualité. Quand on achète nos légumes, on paye alors l’eau au prix de la plante. Celui qui était autrefois paysan et gérait son sol en bon père de famille, est devenu exploitant agricole à la merci des industriels et ruinant le capital naturel.

Prendre exemple sur la nature pour gérer la terre sans l’éroder

Pour Claude Bourguignon, nous avons la solution sous les yeux : il suffit d’observer l’environnement et de comprendre le fonctionnement des forêts afin d’adapter notre agriculture en conséquence. Les forêts européennes, productives sans engrais, peuvent absorber 150 mm d’eau par heure, grâce à une faune qui aère les sols et apporte les nutriments. En comparaison, nos cultures productivistes absorbent seulement 1 mm d’eau par heure. Dès lors, quelles sont les solutions pour permettre une agriculture durable ?

Faire du semis direct et ne pas labourer. Labourer les sols détruit l’humus et laisse les mauvaises herbes pousser sur la terre à nu. Tandis que la technique de semis direct fait vivre les sols et réduit de 40% les émissions de dioxyde de carbone ! En effet, le labour dégage 1 tonne de CO2 par hectare, tandis que les semis directs stockent 4 tonnes de CO2 par hectare.

Se passer d’engrais. 94% du poids sec des plantes revient par la météo ; le sol fournit les 6% restants à la plante. Les arômes de la plante ont besoin d’oligo-éléments provenant d’une terre de qualité. Dès lors les engrais chimiques N P K (azote, phosphore et potassium) ne suffisent pas. C’est pourquoi les tomates cultivées hors-sol n’ont aucun goût et sont gorgées d’eau.

Adapter la culture au sol, et non le sol à la culture. En Amérique du Sud, où les précipitations sont fortes, il est impossible d’utiliser les techniques européennes de labour. La solution réside dans les TCS (Techniques Culturales Simplifiées, ou Techniques de Conservation des Sols). Les paysans Mexicains pratiquent l’agriculture d’association en cultivant du maïs, du haricot et de la courge dans le même champ ; pareil au Vietnam avec les plantations de riz. Ils ont ainsi une meilleure productivité que nous au mètre carré, mais cela demande beaucoup de main d’oeuvre car il n’y a pas de machine adéquate. On peut adapter les TCS en France tout en conservant une productivité par individu.

Pratiquer un équilibre agro-sylvo-pastoral. Le sol est ruiné par 5000 ans d’agriculture. Pour redémarrer le mécanisme biologique, il faut parsemer des fragments de bois sur les cultures. Grâce aux pâturages et aux haies, les rendements redémarrent. Mais il faudra du temps pour revenir à cet équilibre : 3 millions de kilomètres de haies ont été détruits et les régions se sont spécialisées en monocultures…

Si cet article vous a plu, mon article sur la planète en danger vous intéressera sûrement. Vous trouverez également un entretien captivant avec Claude Bourguignon sur Passerelle Éco.

Voici la conférence de 2 heures qui a inspiré cet article et que je vous recommande de suivre en intégralité !

Source : CONFERENCE ANDRE DUPUY Comice Agricole de Feurs (Loire) Samedi 17 mars 2007 Conférence: Vers de nouvelles techniques d’assolement et de semis direct par Claude Bourguignon, microbiologiste des sols, LAMS Producteur: Rés’OGM Info, www.resogm.org Producteur exécutif : Addocs Cadreur : Eric Boutarin 2eme partie de la conférence