Le vilain

Par Grocher

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Il est tout à fait logique de trouver le héros de cette histoire aussi bien nommé que le Vilain. En effet celui-ci passe sa vie à semer le mal autour de lui. Au bout de vingt ans  le voici qui fait sa réapparition en venant se faire héberger chez sa chère mère: Maniette. Il faut avouer que pour le Vilain l'endroit est rêvé pour une "mise au vert" car cette Maniette qui n'a rien d'exubérante autant dans sa physionomie que dans sa vie quotidienne est une femme qui n'a pas forcément les pieds toujours sur terre. Malgré sa naïveté, elle va finir par découvrir la vraie nature du fiston et participer involontairement à sa vie "mouvementée". Il sera difficile pour la pauvre Maniette de remettre son fils sur de bons rails car celui-ci n'a pas de gratitude particulière envers sa mère. Une lutte va alors s'instaurer entre eux deux sous l'oeil inquisiteur d'une tortue...

Maniette vit seule dans un quartier bien calme mais les petits pavillons attisent l'ambition d'un gros promoteur qui entend bien transformer ces lieux en buildings. Cette femme, à la vie bien réglée,  est lunaire, inconsciente du danger, passant par contre au travers de toutes les embûches qu'elle provoque. Sa petite vie va s'emballer le jour où son rejeton aussi mauvais que la gale va venir sonner à la porte au bout de vingt ans d'absence. Il faut dire que ce malfrat est poursuivi par quelques types de son genre guère décidés de le laisser en vie très longtemps. Toutefois, comme sa mère, le Vilain arrive toujours, malgré quelques balles dans la peau, à se tirer d'affaire. Dans sa chambre où rien n'a changé depuis son départ, il se cache et manigance  quelques projets abjects. Même Maniette qui petit à petit découvre certaines vérités sur son fils n'échappe pas aux mauvais desseins du Vilain. Elle fait des découvertes surprenantes notamment celle où ce mauvais fils avait brisé la carrière et la vie de leur médecin de famille en trafiquant des ordonnances. La naïveté de la mère s'évapore progressivement et c'est ainsi qu'elle va "affronter" son fils, tout en lui gardant son affection, afin de le mettre définitivement sur les rails d'une vie d'honnête homme. L'entreprise s'avère difficile mais malgré tout l'attitude du Vilain pourrait s'avérer salvatrice, sa méchanceté pouvant aider l'Association pour la sauvegarde du quartier à mettre un terme aux projets de l'affreux promoteur. Inconsciemment, grâce aux balles de flingues que le Vilain se prend dans la peau, il arrive à redonner goût pour la médecine à ce médecin de famille, radié de l'Ordre par sa faute et appelé sans cesse en urgence pour extraire les projectiles reçus par ce fils indigne. C'est donc une vie plutôt mouvementée qui va s'instaurer dans cette demeure sous l'oeil acéré d'un troisième larron: la tortue à la carapace couverte d'inscriptions, souvenir du Vilain, souvent présente et active dans les moments les plus  agités...

 

J'ai déjà écrit dans ce blog tout le bien que je pense d' Albert Dupontel. J'apprécie le personnage qui me paraît souvent fragile mais paradoxalement à l'humour vachard et acéré pouvant parfois en  choquer certains. C'est pourquoi j'attendais ce film dont il est réalisateur et acteur avec une certaine impatience, le sujet pouvant se prêter à un burlesque assez décapant et  la distribution alléchante. Eh bien, patatras ! J'ai vu là une comédie, certes pas déplaisante à regarder, mais sans grande originalité. Le face à face mère-fils fonctionne plus grâce au talent des acteurs qu'à l'originalité des répliques qui manquent singulièrement de piment. C'est vrai que cette intrigue se prête à de nombreux rebondissements, mais tel un ballon un peu dégonflé, ceux-ci manquent de force, ils oublient de nous surprendre. Bien sûr il y a des courses poursuites, des fusillades, des chutes spectaculaires, mais le délire qui devrait s'exercer dans ces scènes n'est offert qu'à doses homéopathiques. Certes quelques trouvailles intéressantes pimentent tout de même cette oeuvre comme cette tortue indiscrète dont on suit le parcours en imaginant sa vision au ras du sol ou les interventions régulières d'un ancien médecin ivrogne et déjanté fort bien interprété par Nicolas Marié. Albert Dupontel est bon comme toujours mais il n'apporte pas le grain de folie qui  lui permettrait d'être très bon. Catherine Frot,  pour la circonstance grimée en bigote d'un certain âge et qui, petit à petit, trouve un peu de lucidité se sort correctement de son personnage. Cependant  ce rôle ne restera certainement pas le plus inoubliable de sa magnifique carrière. 

Sur ce coup là, Albert Dupontel se révèle meilleur acteur que réalisateur. Toutefois cela ne suffira pas pour me dévier du bien que je pense de lui en temps qu'humoriste. Si par un temps gris le cafard vous prend, vous pourrez tout de même vous détendre un peu en allant rendre une petite visite à ce vilain garçon !