La fin de la démocratie canadienne?

Publié le 08 janvier 2010 par Politicoblogue

Drapeau du Canada - Photo: markmallett

On peut décrier  ce qui semble un geste hautement disgracieux de la part d’un gouvernement  dans l’eau chaude soucieux d’échapper aux enquêtes des partis d’opposition dans le cadre de l’«affaire » des détenus afghans, mais il n’en demeure pas moins que le geste lui-même, soit de proroger le parlement, est un geste totalement légal et constitutionnel.

La question à se poser est plutôt celle-ci : peut-on en vouloir au gouvernement de refuser de  se plier au cirque des comités d’enquête parlementaires? Il est facile de s’indigner de la fuite en avant des conservateurs, mais à voir le « travail » accompli par les députés d’opposition lors de la commission Oliphant, où le but n’était pas tant d’enquêter que d’embarrasser le gouvernement, il fallait s’attendre au moins un peu au refus du gouvernement de répéter cet exercice stérile. Après tout, c’était aux députés d’opposition de montrer qu’ils étaient capables de prendre au sérieux un tel exercice et, surtout, de le sortir du cadre strictement partisan dans lequel les honorables membres du Parlement baignent constamment. Or, ils ont échoué sur toute la ligne.

Aujourd’hui, certains hurlent à l’abus de pouvoir comme d’autres hurlent au loup (et franchement, le résultat est le même). Abus de pouvoir? Allons donc! Proroger le parlement est une prérogative royale garantie par la constitution et qui, selon les us et coutumes, revient de fait au cabinet. C’est sûr qu’il doit être décevant, pour tous ceux qui souhaitaient voir le gouvernement s’empêtrer dans ce dossier et se noyer dans la controverse entourant le transfert des détenus afghans, de voir les conservateurs s’en tirer aussi facilement. C’est vrai, après tout, qu’il aurait été beaucoup plus noble et vital pour la démocratie canadienne de voir les députés en scène dans un « freak show » destiné à couler le gouvernement. Si un tel souhait est légitime chez la part des opposants aux conservateurs, il est toutefois plutôt médiocre et hypocrite de voir ces mêmes personnes se cacher derrière un faux plaidoyer en faveur de la démocratie pour justifier leur prise de position. Et comme si ce n’était pas assez, ces bien-pensants osent s’ériger en élites auto-proclamées et condamnent l’indifférence du bon peuple devant cet état de fait en adoptant un ton paternaliste à outrance. S’il faut en croire ces militants anti-Conservateurs, si la population refuse d’acheter leur discours alarmiste, c’est simplement parce qu’elle n’est pas éduquée et qu’elle accorde plus d’importance à Occupation Double qu’à la politique! Voilà qui ne manque pas de toupet.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit ici : une frustration de voir le gouvernement conservateur de Stephen Harper refuser de se prêter à un cirque parlementaire. Rien à cirer, pour ces bonzes de la démocratie, que le parlement n’est aujourd’hui qu’une institution bancale à la merci de la partisanerie des partis politiques, non. Le problème de la démocratie candienne est évidemment du côté conservateur, pas des partis politiques en général. Et quand le gouvernement exerce sa prérogative de demander la prorogation du parlement, on nous parle de « conventions » qui voudraient que… que quoi, exactement? Que le premier ministre ne demande la prorogation du parlement que quand ça fait l’affaire de l’opposition? Oubliez les conventions en ce qui concerne la prorogation, il n’y en a pas. Ce n’est qu’un argument des opposants au gouvernement qui ne savent plus quoi invoquer pour nous persuader qu’un gouvernement qui agit en toute légalité et en toute constitutionnalité est, dans le fond, en train de faire exactement l’inverse. Et après on s’étonnera du cynisme de la population!

Nos « chiens de garde » de la démocratie devraient s’employer à proposer des réformes au système politique (le véritable responsable d’une si grande concentration des pouvoirs au cabinet du premier ministre) plutôt que de gaspiller tant d’énergie à essayer d’orienter l’opinion publique et de tenter d’imputer la responsabilité d’un tel état de fait à l’indifférence générale de la population, qui refuse de gober leurs prises de position alarmistes. Mais il est vrai qu’il est plus facile de hurler au loup, surtout quand on se retrouve privés d’un « freak show » qui pourrait avoir pour résultat de faire mal au gouvernemet auquel on est hostiles. Je comprends votre frustration, chers démocrates en puissance, mais de grâce, arrêtez de nous prendre pour des valises et avouez le caractère purement anti-Conservateurs de vos opinions. Cessez de vous targuer de défendre la démocratie et admettez plutôt que tout ce que vous défendez, ce sont les intérêts des opposants au gouvernement en place. Rien de plus, rien de moins. Assumez et cessez votre hypocrisie.

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