Les 4R de Christine Lagarde

Publié le 18 janvier 2010 par Raphael57



Christine Lagarde, à défaut de nous fournir une politique économique lisible, est devenue une championne de natation de la communication politique. Après l'année 2009 qui a vu fleurir dans son verbe des anglicismes pour défendre la pertinence du plan de relance français (3 T comme targeted, timely et temporary), voici venu le temps des 4 R : reprise, réforme, régulation et rétablissement des finances publiques. Bien entendu, lorsqu'il y a tant d'objectifs (4 en tout, presque le Pérou !), même pour une championne, il est de coutume d'en privilégier un que l'on peut plus aisément contrôler que les autres et sur lequel on peut communiquer à outrance.
Vous l'aurez compris, la priorité est donnée au rétablissement des finances publiques. En soi, je n'ai rien contre, d'autant plus que la France s'est engagée à revenir à un déficit public inférieur à 3 % du PIB en 2013, après un déficit public record prévu pour l'instant à 8,5 % du PIB en 2010. Par contre, au vu du peu de marge de manoeuvre que nous offrira la croissance ces prochaines années, il ne reste plus que deux moyens pour rééquilibrer nos comptes : augmenter les recettes par une hausse des impôts ou réduire les dépenses. A ce moment, sans être keynésien
jusqu'au bout des globules (Cf. Nadine Morano), tout un chacun comprend qu'en réduisant les dépenses de l'État brutalement, on prend le risque d'étouffer l'embryon de reprise qui se profile à l'horizon. Du côté des impôts, les possibilités sont pourtant immenses tant les niches fiscales se sont développées les dernières années (je pense notamment à celles concernant l'immobilier et dont j'ai souvent parlé). Il serait dès lors tout à fait envisageable de taxer les hauts revenus sans toucher à l'imposition des 90 % de salariés qui gagnent le moins, et donc sans briser l'élan de reprise économique.
Et pourtant, le meilleur ministre des finances d'Europe a répété que la "priorité absolue" serait la réduction de la dépense publique... Il est vrai qu'un tel choix permet de s'affranchir d'un débat sur les niches fiscales qui a déjà
envenimé l'Assemblée nationale et poussé Philippe Marini a déclarer tout haut ce que tout le monde dit tout bas au sujet du plafonnement de ces niches : "Le manteau a été taillé un peu large". Au moins, les fonctionnaires non remplacés, les assurés moins bien remboursés, les accidentés du travail, les malades qui payent le forfait hospitalier, les petits retraités, et tous les autres sauront pourquoi leur situation s'aggrave en 2010 : c'est pour éviter de prendre les bonnes décisions politiques et ménager ainsi le bien être d'une minorité au détriment de la majeure partie de la population.
Invitons Christine Lagarde à relire en urgence ses classiques sur la justice sociale afin d'informer son omniprésident des risques que font courir de telles inégalités à la démocratie. Mais peut-on réellement comprendre le quotidien des Français lorsque l'on vit dans une tour d'ivoire ?

N.B : je ne résiste pas à l'envie de rajouter une 5e roue au carrosse de notre ministre de l'économie. Si elle cherche à atteindre des objectifs commençant par la lettre R, qu'elle n'oublie surtout pas le problème Renault... D'où l'idée d'une photo de la R4 pour illustrer ce billet !