Le mini-krach Obama / par Alain Sueur

Publié le 21 janvier 2010 par Alains

Il a suffit d’un discours visant à recadrer les banques pour précipiter les bourses à la baisse, à New York comme en Europe. C’est dire combien les cris de victoire de ceux qui voyaient la croissance repartie étaient faux. Les traders et autres opérateurs de hedge funds montrent combien ils tiennent le marché et qu’un mouvement de mauvaise humeur suffit à balayer le discours « fondamental » optimiste qui ne repose pour l'instant que sur du vent.

Les rumeurs parlaient de séparation banques de marché et banques de dépôt comme en 1933. Barak Obama et ses conseillers (dont Paul Volker), plus sages, ne tiennent pas à prendre une quelconque revanche sur l’histoire. Ils souhaitent :

•  restreindre la pratique des opérations pour compte propre, 

•  renforcer les limitations sur les parts de marché des dépôts,

•  interdire aux banques, ou aux institutions financières contrôlant des banques, de posséder, d'investir ou de soutenir un fonds spéculatif ou un fonds de capital-investissement,

•  monter à 10% les fonds propres des banques d'investissement

La volonté est d’enrayer la spéculation comme avant, qui se fait au détriment du crédit aux entreprises.

La bourse « kraque » sur ces limites insupportables à la liberté de jouer avec l’argent des autres (et surtout du contribuable). Or – nous l’avons dit – le redressement spectaculaire des marchés juste après le G20 ne vient guère de la réunion des politiciens alors, mais de la décision américaine le 4 mars 2009 d’autoriser les banques à évaluer au bilan les produits toxiques selon la méthode des modèles internes, et plus en valeur de marché.

L’avertissement sur résultats de la Société Générale comme la dégradation récente de la note de la BNP sont le signe que ces actifs toxiques restent tapis dans les bilans. On peut sans crainte de se tromper penser que ceux des grandes banques américaines sont en pire état. Une hausse des taux de refinancement des banques sur le marché est très probable, après la manne des obligations à très bas taux consenties par l'État pour les renflouer. Le marché anticipe des lendemains de cuite difficiles pour à la fois provisionner les toxiques et rembourser l’État en temps voulu.

Cet assainissement économique ne va pas sans tactique politique. Barack Obama, au bout d’un an de présidence, a constaté que la recherche du consensus patriotique sur divers sujets ne rencontrait aucune bonne volonté du parti adverse. Devant les blocages républicains systématiques, il se recentre sur ses électeurs. La gauche redevient la gauche et entreprend une guerre contre le conservatisme qui, rappelons-le, avait précipité le krach de septembre 2008 juste avant les présidentielles pour faire peur à l'opinion tentée par Obama.

Les investisseurs ont une preuve de plus de la réactivité américaine, tant économique que politique. Notre Europe, engluée dans ses conservatismes, ses guéguerres idéologiques et sa peur de heurter les corporatismes, pourrait peut-être en tirer des leçons ? Ce serait bon pour la croissance - languissante - et le chômage - qui devient structurel.

Financial Times

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