Pauline à la plage, d'Eric Rohmer - un film expérimental

Par Timotheegerardin


Pauline à la plage est l'histoire de vacances passées en Normandie, au bord de la mer. Marion et Pauline sont cousines, l'une est adulte, l'autre est adolescente, et toutes deux s'apprêtent à vivre dans ce séjour un apprentissage des sentiments. Rohmer parvient très bien à donner au temps de vacance les apparences d'une expérience édifiante. Nous sommes dans un lieu précis, l'histoire a une clôture: un début et une fin - le portail qu'elles ouvrent au début et ferment à la fin. Le format est donc précisément défini, malgré la légendaire souplesse de mise en scène de Rohmer. Tout commence par un débat sur l'amour, où chacun décrit sa vision, raconte ce qu'il a vécu et qu'il espère. Tout se termine par un bref bilan, au moment de partir.
En fait, Pauline à la plage est un film expérimental. Rohmer laisse les personnages poser des hypothèse, puis nous montre ensuite comment ça se passe dans la vie concrète. Et l'expérience dépasse vite les théories d'origine, ou du moins en teste sérieusement les limites. Parce que Rohmer, qui a l'air de faire sans cesse parler ses personnages, ne fait réellement que les mettre en scène, dans de plans toujours travaillés, qui mettent en péril le naturalisme apparent. C'est à ce moment que les personnages prennent vie, de la langue du discours vers le pur badinage, comme pour faire mentir tout ce qui a été posé d'entrée de jeu, dans le débat.
Marion, le personnage d'Arielle Dombasle, attendait un amour vrai au premier regard, elle se retrouve piégée dans une idylle éphémère; Henry, l'ethnologue séducteur et sans attache, qui critique le mode de vie bourgeois, a dans la situation d'adultère le comportement bourgeois par excellence; Pauline, enfin, qui dénigrait ces histoires d'adultes, se laisse prendre au jeu de l'amour et du hasard. Il en reste un que je n'ai pas cité. Pierre, celui qui a vu la vanité de l'amour, croit dans un sentiment qui se construit en regardant l'avenir. Derrière ses pesantes assiduités de soupirant jaloux, il a les interprétations les plus justes. Et pourtant il est le plus malheureux, le plus insatisfait. L'amertume lui a enlevé toute beauté. Probablement qu'il a tort d'avoir raison et que les autres ont raison d'avoir tort: voilà qui ferait un bon proverbe à cette comédie.