Italie : les milices néofascistes sont de retour dans le sillage du berlusconisme

Publié le 05 février 2010 par Anomalie
Les milices, directement inspirées des ligues factieuses et des troupes de choc des formations crypto-nazies qui essaiment dans l’Europe de l’entre-deux-guerres, foulent de nouveau un sol européen que la crise économique, sociale et identitaire ensemence de ses sempiternelles peurs. La Hongrie avait sa milice, la Magyar Gárda, appendice paramilitaire de l’extrême droite antisémite et anti-rom regroupée derrière le Jobbik ; l’Italie, berceau du fascisme, lui emboîte le pas, et multiplie la création de milices présentées comme des « associations de volontaires pour une veille citoyenne » (sic) par leurs promoteurs, dont certains flirtent ouvertement avec un néofascisme qui, dans le sillage du berlusconisme, a repris les couleurs qu’il avaient perdues depuis l’aggiornamento du vieux MSI (Mouvement Social Italien) en 1993.
Rosarno, le 8 janvier 2010. La petite ville de Calabre (15.000 habitants) panse ses plaies après deux jours et deux nuits de violences entre ses habitants et les ouvriers agricoles étrangers qui y vivent. Las des attaques répétées contre leurs logements, contre leurs enfants, las du climat étouffant et des insultes racistes permanentes, plusieurs centaines de travailleurs immigrés, pour la plupart employés illégalement dans la région et provenant d’Afrique noire, ont incendié des voitures et brisé des vitrines à coups de bâtons. À l’origine de cette flambée émeutière : l’agression de trop de l’un des travailleurs dans les rues de Rosarno. Les événements de Rosarno sont le révélateur de la profonde crise identitaire qui ravage la Péninsule, exacerbée par les éléments de la droite nationale du parti de Silvio Berlusconi (notamment le groupuscule néofasciste Alternativa Sociale d’Alessandra Mussolini, petite-fille du Duce, qui s’est fondu dans le PDL du Cavaliere) et ses alliés gouvernementaux de la Lega Nord. Le discours sécuritaire et les coupes budgétaires favorisent l’émergence de milices de volontaires qui s’appuient sur une population locale excédée par l’immigration incontrôlée, et chauffée à blanc par les harangues violemment xénophobes de la droite populiste italienne. Le cocktail est explosif : criminalité en hausse d’un côté, réflexes de violence et amalgames de comptoir de l’autre. Exploitation éhontée d’une main d’œuvre corvéable à merci par des esclavagistes des temps modernes, contre droit légitime de la population à ne pas subir les conséquences sociétales de cette importation de chair à travail par des réseaux mafieux et criminels. C’est ce trop-plein, des deux côtés, qui, à Rosarno, a enflammé les esprits et conduit les habitants à prendre d’assaut les rues pour mener un véritable pogrom. Certains immigrés ont été frappés avec des barres de fer, d’autres renversés volontairement par des voitures, d’autres encore ont essuyé des tirs de fusil tandis que d’autres ont failli être brûlés vifs... Le Monde du 11 janvier dernier revient sur ces journées. Extraits.
« Dans son lit au premier étage de l’hôpital de Gioia Tauro, près de Rosarno en Calabre, Ayiva Saibou ne peut cacher sa terreur : « C’est du racisme, nous, on n’est pas des criminels », dit-il, la voix cassée. C’est l’agression subie, jeudi soir 7 janvier, par ce travailleur immigré togolais et ses compagnons qui a déchaîné l’enfer à Rosarno. Sur le chemin du retour, après une journée passée dans les champs, ils ont vu une voiture faire demi-tour après les avoir dépassés. Ils ont vite compris que quelque chose n’allait pas. Le passager a baissé la vitre et tiré sur eux avec une carabine à air comprimé. Assez pour les blesser, dit Ayiva Saibou en montrant son jean ensanglanté. Assez aussi pour faire exploser la colère des immigrés.
Ce n’est pas la première fois que des journaliers venus ici, dans la plaine de Gioia Tauro, pour la récolte des mandarines, sont agressés. L’an dernier déjà, on leur avait tiré dessus et les abris de fortune dans lesquels ils vivaient avaient été incendiés. Alors, jeudi soir, plus d'une centaine d’entre eux, exaspérés, ont brisé les vitrines, incendiant voitures et poubelles. Le lendemain, les habitants de Rosarno ont répliqué par une véritable « chasse à l’immigré » qui aurait pu se terminer tragiquement. Toute la journée et tard dans la nuit, vendredi, ils ont dressé des barrages et roué de coups les immigrés qui passaient par là. On parle même de bidons d’essence prêts à être utilisés pour « débusquer » ceux qui se cachaient. Des fusils de chasse ont fait leur apparition entre les mains de la population. On comptera une quarantaine de blessés, dont 30 immigrés. Certains n’ont eu la vie sauve que grâce à l’intervention de la police.
Lundi matin, la ville a retrouvé son calme et, à part les blessés, il ne reste plus un seul immigré à Rosarno. Plus d’un millier ont été transférés en autobus vers des centres d’hébergement. D’autres sont partis de leur propre initiative. Pour mieux dire, ils se sont enfuis. La preuve : les casseroles encore pleines de pâtes, les chaussures, les vêtements, les valises qui jonchent les taudis où ils vivaient. Et puis les dizaines de vélos restés devant l’une des deux usines désaffectées transformées en logements précaires. Depuis dimanche, des bulldozers sont entrés en action pour les démolir, emportant avec eux les dernières traces de vie qui témoignent qu’ici ont tenté de vivre des travailleurs immigrés : comme ce jeu de dames fait de bouchons, ou encore ce manuel édité par le UNHCR qui, de toute évidence, n’a pu conjurer la colère des habitants de Rosarno.
Quelques-uns sont d’ailleurs là, comme pour s’assurer que le travail de « nettoyage » a été fait jusqu’au bout. « Ils ont eu ce qu’ils méritaient, lâchent-ils. On a dû défendre femmes et enfants. Nous les avons accueillis, nourris, et voilà comment ils nous ont remerciés, en incendiant notre ville ». La Calabre s’interroge sur les raisons profondes de ce qui s’est passé. Le parquet a ouvert une enquête sur le rôle qu’a pu jouer dans cette « chasse au Noir » la Ndrangheta, mafia locale qui contrôle aussi le marché du travail. Pourquoi, après des années de « cohabitation », a-t-on voulu se débarrasser de journaliers sans droits, payés 1 euro le cageot de fruits récoltés et soumis à une taxe mafieuse de 5 euros « pour frais de transport » aux champs ? À l’hôpital, des associations caritatives ont apporté linge et bonbons « pour adoucir la situation » et répéter que « la vraie Calabre n’est pas raciste ». Mais Ayiva et les autres ne demandent qu’à guérir et partir. Pour eux, Rosarno est une page définitivement tournée ».
En Calabre, comme dans toutes les régions italiennes aujourd’hui, une frange croissante de la population parle. Elle parle des milices ; de la nécessité de « s’organiser », de développer des « rondes nocturnes » pour prévenir la criminalité des « étrangers », des Noirs, des musulmans, des Roumains. Si certaines de ces milices, totalement désorganisées et souvent éphémères, sont le fait de citoyens apeurés, la plupart sont entièrement pilotées par les partis de la droite populiste italienne voire par l’extrême droite néofasciste qui renaît de ses cendres après le ralliement de l’Alleanza Nazionale (AN) de Gianfranco Fini (héritier du vieux Mouvement Social Italien, MSI, parti historique du néofascisme duquel Fini avait entrepris la mue démocratique) au PDL de Silvio Berlusconi. Malgré les dénégations de la droite nationale, c’est bien dans les pas du fascisme qu’entendent marcher ces milices. Preuves à l’appui.
Le 1er juillet 2009, dans un article pour la Stampa traduit par l’excellent Slate (« Rondes noires et chemises grises »), Cesare Martinetti revenait sur la genèse de ces milices, et leurs liens avec le néofascisme renaissant.
« Les gardes du Pô (Guardia Nazionale Padana) ont été les premières. Ils portaient chemise verte, répondaient aux mots d’ordre du leader Umberto Bossi, et donnaient au peuple padane de la Ligue du Nord ce sentiment de sécurité que les agents de la police d’Etat n’étaient plus en mesure de lui procurer. Puis sont venus les « City Angels » déployés un peu partout dans les grandes villes du nord. Organisations dont on ne connaît bien ni l’origine exacte, ni la véritable finalité. Mais dans les métropoles du Nord (Turin, Milan, Gênes), elles arrangeaient bien les autorités locales : en patrouillant dans les villes la nuit, elles donnaient la sensation de pallier les manques de la sécurité et rassuraient les citoyens.


Et lorsque la droite de Berlusconi a repris les rênes du pouvoir en 2008, les paroles ont laissé place aux faits : les « rondes » sont arrivées. Petites cellules de police privée, idéologiques (comme dans le cas de la ligue du Nord), couvertes par une loi d’Etat qui instituait l’existence même des « rondes ». Pas pour se substituer à la police, mais pour la seconder. Une aide, en somme, sur fond de privatisation des services, mais pas uniquement. Les « rondes » sont devenues désormais une idée-force du gouvernement, semblant donner de la sécurité tout en suscitant de nombreuses interrogations dans la frange de l’opinion publique la plus sensible à l’essence de la démocratie. La sécurité est un bien précieux, mais le fait qu’elle soit garantie dans le respect des lois l’est tout autant. L’Italie est un pays qui a vécu le fascisme, lequel a vu le jour avec les « chemises noires » de Benito Mussolini, des « rondes » aussi. Pas étonnant qu’une part non négligeable de l’opinion publique s’alarme de la présence de petites milices privées et affiliées à des partis politiques qui, la nuit, se promènent à travers les villes.
Il y a quelques jours, par exemple, on a découvert l'existence de la « Garde nationale italienne » (Guardia Nazionale Italiana), aussitôt rebaptisée « rondes noires ». Il s’agit d’une ONG (sic) créée en marge de la droite nationale – Mouvement social italien (Destra Nazionale – MSI, le parti historique hérité du Parti National Fasciste), forte d’environ 2.000 volontaires actuellement présents dans presque toute l’Italie, mais concentrés principalement au Piémont, en Lombardie, dans le Lazio, en Campanie et en Sicile. La « Garde » est l’un des bras du Parti Nationaliste Italien naissant, dirigé par Gaetano Saya, qui entend regrouper tous les partis de la droite nationale et du néofascisme. Un homme politique qui a déjà été renvoyé devant la justice pour diffusion d’idées fondées sur la supériorité et la haine raciales.
La « Garde » dispose naturellement d’un uniforme : chemise grise ornée du symbole de l’aigle impérial romain, ceinture noire, cravate noire, pantalon gris à bande latérale noire, béret ou képi gris rehaussés eux aussi de l’emblème de l’aigle. Il y a aussi le casque, les 4X4 noirs, les gants de peau noire et une grosse torche, noire elle aussi. La plupart des volontaires déjà enrôlés sont des fonctionnaires des forces de l’ordre à la retraite. Surtout des carabiniers. Saya, le fondateur, a déclaré : « nous, nous ne sommes pas une milice idéologique, nous sommes même apolitiques ». Saya considère que le fascisme est une idéologie du passé, anachronique, mais il tient à l’uniforme car il permet la reconnaissance des rondes et évite toute confusion avec la police. « Un déconcertant délire » pour les opposants de centre gauche, surtout pour Marco Minniti, le bras droit de Massimo D’Alema, qui précise : « Et voilà que les chemises grises organisées par le MSI se joignent aux chemises vertes. L’idée que le contrôle du territoire puisse être confié à des associations, des milices, qui s’identifient avec une couleur politique, est un coup au cœur des principes de toute démocratie libérale ».
Mais Silvio Berlusconi se moque de tous ces commentaires et persévère. Avec toujours le même argument massue : « Les gens sont avec moi », comme le peuple était avec Benito Mussolini. Et pour l’instant, il a encore raison. L’idéologie sécuritaire qui émane de ces rondes est ainsi à son tour mise en valeur. Les délits n’ont cependant pas cessé, la criminalité a même augmenté cette dernière année sous Berlusconi. Pourtant, le sentiment de sécurité des citoyens s’est accru. Le Cavaliere, en campagne électorale, avait martelé, au-delà de l’idéologie, le côté « social » de l’argument : les forces de police sont sur le point d’être décimées par les coupes dues aux économies. Un syndicat de police a fait les comptes : au cours des trois prochaines années, les effectifs de fonctionnaires de police diminueront de 4.000 unités, de même que les budgets consacrés à l’habillement et à l’entretien des moyens. Dans une telle situation, il est clair que les rondes sont utiles : elles suppléent aux coupes budgétaires et donnent un sens idéologique à l’action du gouvernement Berlusconi ».
Pourtant, avec la Guardia Nazionale Italiana, ce sont bien les Chemises Noires mussoliniennes qui sont de retour. Il est cependant un tabou qu’il faut bien lever si l’on veut comprendre la persistance du fascisme dans la politique italienne. Peut-on imaginer, en 1946, en Allemagne, la création d’un Parti National Socialiste Rénové qui se réclame explicitement du NSDAP et qui traverserait toute la vie politique du pays jusqu’en 1993 ? C’est pourtant ce qui s’est passé en Italie. En 1946, le Mouvement Social Italien (MSI) est recréé à partir du Parti National Fasciste écrasé sous les ruines de la République Sociale de Salo. Il est fondé et dirigé par des dignitaires historiques du Parti National Fasciste de Mussolini (à l’instar de Cesare Maria De Vecchi, commandant général des Chemises Noires lors de la Marche sur Rome qui porta le Duce au pouvoir) mais, surtout, par des rescapés de la République Sociale, lorsque le régime n’était plus qu’une dictature fantoche sous l’égide des nazis. On en arrive ainsi à cette situation paradoxale que le corpus doctrinal du néofascisme italien est bien plus virulent que la pratique du pouvoir fasciste lui-même, entre 1923 et 1939 ! Car si le fascisme est un totalitarisme (Mussolini en est même l’inventeur), dans la pratique du pouvoir, il n’a jamais dégénéré en un monstre idéologique incontrôlable et paranoïaque comme les régimes hitlérien ou stalinien qui ont englouti des dizaines de millions d’êtres humains. Le fascisme n’a jamais commis de crimes de masse. Il n’a jamais élaboré de système concentrationnaire. Le bilan de la répression fasciste fut des plus modestes : la police secrète du régime, l’OVRA n’a exécuté que... 25 opposants ! 5 619 personnes ont été condamnées à des peines de prison... Winston Churchill louait d’ailleurs l’exemplarité du régime qui avait su redonner son faste à l’Italie. Le fascisme n’était pas le nazisme, encore moins le communisme ; la dictature de Pinochet a été bien plus criminelle.
Aussi curieux que cela puisse paraître, l’épisode fasciste jouit d’une image plutôt positive dans l’imaginaire collectif italien, qui ne préfère retenir du phénomène que la modernisation des structures sociales, la politique culturelle, et la renaissance d’une grandeur impériale qui a conféré au Duce le statut d’un nouveau César. On ne peut comprendre cette distorsion entre le fantasme et les faits si l’on oublie que l’exégèse du fascisme, pendant des décennies, a été menée à travers le seul spectre de l’historiographie marxiste. Le MSI, de 1948 à 1973, a recueilli entre 2 et 8% des suffrages lors des élections législatives... Mais, et là est la particularité du néofascisme, c’est aux pires heures du fascisme de guerre, quand l’influence nazie sur le régime était patente, que se réfère la droite nationale (MSI – Destra Nazionale) et tous ses épigones, d’Alternativa Sociale (AS) d’Alessandra Mussolini (désormais courant du PDL)  au Movimento Sociale – Fiamma Tricolore (MS-FT) de Luca Romagnoli, en passant par les groupuscules farouchement antisémites, anti-capitalistes et nationalistes du Fronte Sociale Nazionale (FSN) d’Adriano Tilgher et de Forza Nuova (FN) de Roberto Fiore. Ce dernier, figure historique du mouvement néofasciste italien, est un ancien terroriste de Terza Posizione ; il a été condamné à cinq ans d’emprisonnement pour association subversive et appartenance à une bande armée impliquée dans les attentats d’extrême droite des années soixante-dix, et notamment dans celui de la gare de Bologne qui avait fait 85 morts en 1980. Le siège de son parti est régulièrement frappé par des attentats, attribués à des groupes armés d’extrême gauche héritiers des Brigades Rouges qui semaient la terreur dans les années 70 et 80. Le dernier en date, dans la nuit du 5 au 6 novembre 2006, d’une forte puissance, a soufflé le local sis rue Nisco, à Rome.


Or c’est de cette nébuleuse néofasciste éclatée qu’ont émergé la plupart des « milices citoyennes » et des « rondes sécuritaires », dans le cadre du projet de loi Sécurité approuvé par le Parlement. Souvent, la droite nationale se retranche derrière de piteuses échappatoires et un argumentaire de vierge effarouchée lorsque des observateurs lucides, assimilés bien entendu à de dangereux gauchistes propagandistes ivres de politiquement correct, dressent un parallèle entre leur rhétorique raciste et celle de leurs modèles de l’entre-deux-guerres. Avec la Garde Nationale Italienne, au moins, ce genre de justifications absconses sera inutile : un simple passage sur leur site internet suffit à constater la parenté revendiquée entre leurs « rondes » citoyennes et les « rondes » des milices d’extrême droite des années 30 : images d’anciens militants néofascistes saluant le symbole des néonazis et du WhitePower, la croix celtique des nationalistes révolutionnaires ; hommage appuyé aux anciens militants néofascistes italiens (l’actuel maire de Rome, Gianni Alemanno, ancien nervi du MSI, maintes fois condamné par la justice, passé depuis par le sas de décompression de l’AN et désormais membre du PDL de Berlusconi) ; glorification des symboles mystiques et ésotériques de l’Ordre Noir (comme le Soleil Noir des SS de Himmler).
Les miliciens de la Guardia Nazionale Italiana (GNI) soutiennent, comme il se doit, Silvio Berlusconi, présenté comme leur « Jules César ». Mais à la différence du projet de rondes miliciennes padanes (Chemises Vertes des Gardes du Pô) ou de la Garde Nationale Padane (Guardia Nazionale Padana) de la Ligue du Nord, du mégalomane arriéré Umberto Bossi, eux donneraient le sang pour le drapeau italien, la bandiera italiana. La GNI se présente, bien sûr, comme une équipe de volontaires inoffensifs, non armés, mais dont l’uniforme paramilitaire est calqué sur celui des milices crypto-nazies des années 30. On y retrouve l’aigle impérial romain, et surtout ce logo, le Schwarze Sonne à 12 branches, symbole central du mysticisme nazi repris par la mouvance néonazie païenne. Le site de la GNI prétend, un peu gêné, que ce symbole n’aurait rien à voir avec la SS, mais qu’il serait lié aux théories de la fin du monde et de l’inversion magnétique des pôles ! Outre que l’on ne voit pas bien le rapport entre ces élucubrations mystiques et une inoffensive démarche de ronde citoyenne, on est forcé de constater que le Soleil Noir, composé de trois croix gammées étroitement enlacées et de douze runes de la victoire inversées, était l’emblème central de l’Ahnenerbe de Himmler. Curieuse coïncidence, sans doute... L’Allgemeine SS a d’ailleurs laissé un Soleil Noir en mosaïque circulaire, dont le cœur se trouvait sur un disque d’or, dans le sol en marbre de l’ancienne Obergruppenführersaal de la tour Nord du château de Wewelsburg, dans le district de Paderborn, en Westphalie. Le château de Wewelsburg a été rénové par la SS pour en faire le centre de l’organisme de recherche sur « l’héritage des ancêtres », l’Ahnenerbe, dont les activités médicales dans les camps de concentration ont valu à son directeur, Wolfram Sievers, la condamnation à mort par le Second Tribunal de Nuremberg. Dans cette « industrie de l’horreur » qu’est devenue l’Ahnenerbe ont en effet eu lieu les expériences humaines atroces menées sur les « races inférieures », les expérimentations sur l’ébullition du sang, sur l’inoculation du typhus et de divers poisons, sur la pression atmosphérique avec raréfaction progressive de l’oxygène, des expériences « chirurgicales » d’ablation des organes sexuels par radiation ou d’injection de sérums dans les yeux de nourrissons pour les colorer en bleu… Or, mais c’est encore sans doute une coïncidence, la mosaïque SS représentant le Soleil Noir est parfaitement identique à celui qui orne les brassards de ces inoffensives milices chargées de protéger les honnêtes citoyens italiens de la racaille étrangère...


Cette équipe de joyeux drilles est menée par Gaetano Saya, qui est passé par tous les groupuscules néofascistes qu’a comptés la République italienne pendant les heures les plus sombres des années de plomb. Depuis, le Duce d’opérette n’a pas de mots assez forts pour encenser Silvio Berlusconi, et nourrit le fol espoir de devenir un jour ministre de l’Intérieur... En attendant ce jour, il a fondé le Partito Nazionalista Italiano, bras politique, avec le MSI-Destra Nazionale de la Guardia Nazionale Italiana. Son slogan est simple : « NOBISCUM  DEUS », « Dieu avec nous ».


Une enquête vient d’être ouverte par le Parquet de Milan contre la GNI pour délit de « tentative de reconstitution du parti fasciste et apologie du fascisme ». Les amis de Berlusconi sont décidément délicieux...

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