Hiver en métropole

Publié le 08 février 2010 par Jlhuss

Il m’arrive souvent de dire à Laurent qu’il n’a aucun sens de l’abnégation, que cette qualité n’est chez lui ni innée ni cultivée, et que, pire, ça ne semble même pas lui manquer… (Certes, nous avons tous nos défauts, mais on peut lutter pour s’améliorer, quand même, non ? Par exemple, moi qui ai autant d’instinct que la souris que l’on retrouve dans la tapette la gueule pleine de fromage, eh bien, je le prends comme un handicap, et je m’efforce de lutter, notamment en faisant l’inverse de ce que me suggère mon premier mouvement : si mon instinct me susurre « tourne à gauche, tout droit ça doit bloquer ! », je me méfie de lui et je vais tout droit… Et ça bloque, ce qui prouve que je n’en ai vraiment pas, d’instinct…) (D’ailleurs je suis quasiment sûre que si je tournais à gauche c’est là que ça bloquerait…)
Bref. Donc, méchante comme je suis, je fais régulièrement à Laurent ce reproche, et particulièrement lorsque je viens d’accrocher une machine de linge, après être allée en courses en sortant de cours, avec les enfants qui mijotent au bain et le repas du soir dans la poêle, et qu’il soulève un peu trop lentement ses pieds pour que je puisse passer le balai devant le canapé.

Or ! N’est-ce pas au contraire faire preuve du renoncement le plus absolu, de l’abnégation la plus totale, que de rentrer cinq semaines en métropole à l’époque de l’année où Dame Nature nous tend ses fruits les plus savoureux – mangues juteuses, fruits de la passion acidulés, litchis enivrants et ananas sucrés à souhait ? De tourner le dos à l’été tropical pour aller se les geler dans l’hémisphère nord, en région parisienne, qui plus est ? De dire « non » à quarante jours de plage, plongée, surf, bronzette, grillades entre amis et farniente à gogo ?
C’est pourtant bien les dents serrées et la tête haute que cet homme a franchi toutes les portes de l’aéroport, et s’est assis sans une larme, sans un tressaillement, dans l’avion qui l’emmenait vers  le grand vide, le désespoir intérieur, le froid, le ciel gris, la proche banlieue et la nuit qui tombe à cinq heures du soir… Iris, notre douce et aimante fille, au moment d’atterrir, s’est exclamée en riant, reprenant en substance les termes du commandant de bord lui-même : « Oh là là ! Papa ! Atterrissage, moins 2 degrés ! Hi hi hi ! »

Non seulement Laurent a survécu à ce sacrifice pour lui immense, mais il a aimé, oui, aimé, ses vacances métropolitaines, et même, sans l’attrait d’une bonne vieille semaine de ski, puisque dix jours avant le départ, il s’était lamentablement fait une déchirure musculaire au foot (et au mollet) ! Jamais à court d’idées, à la place des six jours aux Arcs 1800 avec forfait intégral « Domaines du soleil, 300 km de pistes », il nous a offert trois jours à Prague, dont voici un petit condensé en images…
Nous y avons vigoureusement marché pour lutter contre le froid, admiré les façades les yeux mi-clos afin de les empêcher de congeler dans leurs orbites, bu des litres de bière (moins chère que de l’eau !) et croisé des visages souriants jusque dans le métro : chics types, ces tchèques ! Cette escapade aura par ailleurs permis à Laurent de prendre 4 des 7 kilos qui lui manquaient en arrivant à Paris pour peser enfin les 80 kilos dont il rêvait depuis des mois (va savoir pourquoi…) En trois jours, knedikle, ridleke, genoux de porc et autres bramborak ont eu raison de son corps d’athlète… Là, ça va, on est rentré depuis quinze jours, c’est moi qui cuisine : il a bien reperdu…

Lod