Les explications confuses d'Hervé Falciani à la Télévision Suisse Romande

Publié le 09 février 2010 par Francisrichard @francisrichard
Hervé Falciani [photo ci-contre en provenance d'ici] , dans l'émission Mise au point de dimanche dernier, à la Télévision Suisse Romande, s'est "expliqué" sur son rôle dans l'affaire des fichiers "volés" à HSBC. C'est clair comme du jus de chique, aurait dit mon grand-père maternel ici. Il n'y a qu'une chose de vraiment clair dans ce qu'il dit : ce n'est pas lui le "dealer" des trois listes proposées à l'Allemagne pour débusquer ses évadés du fisc. D'ailleurs, pour lui, les "dealers" en question ne sont pas des émules:

"Si les émules, comme vous dites, c'était vraiment des émules, de par mon action ils se seraient adressés à la justice. C'est-à-dire qu'ils ne monnayeraient pas".

Sous-entendu : je n'ai rien monnayé, je me suis simplement adressé à la justice. 

(Depuis dimanche il y aurait en effet une troisième liste de 1'000 clients de banques suisses disponible sur le marché ici en sus des deux listes évoquées sur ce blog [voir mes articles Angela Merkel bientôt coupable de recel de données bancaires suisses? et Un nouveau CD de données bancaires suisses proposé à l'Allemagne? ].)

Des onze minutes de l'émission de dimanche reproduites sur YouTube j'ai relevé quelques extraits. Je prends cette précaution parce que les vidéos sont parfois enlevées de ce site, ou parfois de Daily Motion le site concurrent. Il en a été ainsi de l'entretien qu'Hervé Falciani avait accordé à France 2 et que j'avais publié le 15 décembre 2009 [voir mon article La France déshonorée par l'affaire Hervé Falciani, le voleur d'HSBC? ].

Que dit maintenant Hervé Falciani ? Qu'il n'a rien volé, qu'il ne connaît ni les 130'000 noms évoqués par le juge de Montgolfier, ni les 3'000 noms évoqués par Eric Woerth. Il a seulement témoigné :

"Le travail avec la justice c'est l'occasion de témoigner".

"Je ne reproche rien. Je témoigne."

"Cette année a été une année pour témoigner. C'est un devoir de témoigner."

Il ressort aussi de ses explications confuses que, pour lui, les banques sont incontrôlables et opaques :

"L'adversaire c'est l'opacité. Ce n'est pas une banque en particulier".

"Si on ne contrôle pas la banque c'est la banque qui vous contrôle".

"Ce que j'encourage à faire c'est que chacun justement fasse état de ce qui est permis au sein de la banque, du manque de contrôle qui est manifeste".

"La particularité que je peux reconnaître c'est que je connais aussi comment s'il n'y a pas de contrôle on peut très facilement entrer dans des dérives."

Pour Hervé Falciani les banques sont, en termes de puissance, au même niveau, voire au-dessus des Etats...

N'étant pas un spécialiste de l'informatique j'avoue n'avoir rien compris à ce qu'Hervé Falciani dit des "prototypes" qui auraient permis aux enquêteurs français de dresser les listes de 130'000 clients des banques suisses. En tout cas, à ce sujet, un spécialiste, Marco Ricca, interrogé par Le Matin fait part de l'impossibilité de cette explication ici:

"Le coeur de l'argumentation d'Hervé Falciani se base sur ces fameux prototypes de fonctionnement dont il avait la charge. Selon lui, c'est grâce à des recoupements entre ces prototypes de structures de fonds ou de virements que le fisc français aurait pu reconstituer des listes de noms de clients de HSBC. Je vous assure que cela est totalement impossible! Pour la simple raison qu'un prototype n'est par définition jamais utilisé, mais testé. Et, pour avoir auditionné les systèmes de sécurité d'une centaine de banques de l'arc lémanique, je peux vous assurer qu'aucune ne teste des prototypes avec une liste de noms de clients".

Exemple d'explication confuse d'Hervé Falciani, digne de Bourvil dans son sketch sur l'eau ferugineuse :

"Les banques contrôlent. Aujourd'hui elles vous contrôlent. Quand des directives arrivent, c'est la possibilité pour elles de gagner un peu plus d'argent, de faire un peu plus de bénéfice. Mais le bénéfice, d'où il vient ? Il vient d'un argent qui a été créé, je dirai, d'un bien, ... d'argent ...oui, d'un bien qui a été créé par une activité économique. Par contre les bénéfices de banque vient [sic] de ce bien. Elle [sic] ne vient pas d'une création de bien. Vous voyez ?"

Apparemment Audrey Sommer , la journaliste qui s'entretient avec lui, ne voit pas et se contente d'approuver - "hum! hum!"- sans comprendre...

Pourquoi donc Hervé Falciani a-t-il tenu à s'exprimer à la TSR ? Il a voulu dissiper tout malentendu. Au lieu de cela c'est le brouillard complet. Il n'est cependant pas fou et sait très bien, comme je le rappelais dans mon article Un nouveau CD de données bancaires suisses proposé à l'Allemagne? , via l'entraide judiciaire demandée par la Suisse, qu'il risque gros s'il est avéré qu'il a violé le secret bancaire suisse.

Francis Richard


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