Féministe, bien sûr (réponses à Badinter)

Publié le 15 février 2010 par Bix

Voilà que je dois m'expliquer. J'ai horreur de ça. Mais le déluge de commentaires (dont une moitié d'insultes et d'incompréhension) sur Le Post et dans le précédent billet (dans une moindre mesure) m'y pousse. Passage en revue des thèmes abordés par Elisabeth Badinter et mon avis dessus. J'ai conscience que les commentateurs dont je parle plus haut ne me liront pas forcément, mais ça ira mieux après.

Tout d'abord, petite parenthèse personnelle d'hétéro féministe. Je suis né en 1982, d'une mère féministe qui a choisi la péridurale et ne l'a absolument jamais regretté, allaité quelques temps, mis chez une nourrice et à l'école dès que possible. J'ai joué à la poupée, que je promenais dans les rues près de Porte d'Orléans (ça manque de virilité non ?). J'ai été élevé dans l'obligation du partage des tâches, même si chez mes parents le 50/50 n'était pas atteint. Jamais je ne me suis pas senti aimé (même en crise d'ado).

Cette histoire perso explique peut-être pourquoi, pour parler en toute franchise, je suis parfois mal à l'aise face à des jeunes mamans qui se foutent une pression énorme pour leur enfant et cherchent à devenir la meilleure éco-maman. Par exemple, si je conçois que l'allaitement soit excellent pour le bébé, je n'ai pas la solution pour concilier cette contrainte avec une vie sociale, voire professionnelle. Et jamais je ne ferai de réflexion à une femme qui ne souhaite pas allaiter son gamin.

Car qui suis-je pour juger ? Sans oublier qu'à partir du moment où on commence à ériger des interdictions dans l'ordre des choix personnels, où place-t-on la limite ? Même chose pour les mode d'accouchement (hors danger extrême pour la mère ou l'enfant) : autant j'ai du mal à comprendre ce besoin d'accoucher chez soi, autant je ne me vois pas l'interdire.

Quant au débat enflammé que ne manque pas de provoquer l'évocation de la péridurale : chaque femme doit y avoir le droit si elle le désire, sans s'entendre répondre "il est trop tard", tout comme personne ne doit se la voir imposer. Dans les 2 cas, le suivi de la grossesse est fondamental. Et là, ce que Badinter oublie c'est que l'on démonte le réseau des maternités et déshumanise ces lieux à grand coup de concentrations des services. C'est de la santé publique dont il est question, pas seulement de féminisme, mais c'est lié.

Fin de la parenthèse perso, retour aux thèmes abordés par Badinter.

L'instinct maternel

Je n'y crois pas, sans doute un point commun avec Badinter. Cet instinct maternel, s'il était si fort, empêcherait l'existence des enfants mal aimés, des enfants battus, les femmes qui ne savent pas comment faire... Quant à l'instinct paternel... Je crois en l'amour de 2 personnes qui veulent un enfant, en l'amour de parents envers un enfant. Si c'était si naturel et évident que ça d'avoir un enfant, ça se saurait.

L'obligation de faire des enfants

Non mais ça va pas ? Au nom de quoi, de qui, doit-on obliger ou culpabiliser qui que ce soit qui ne veut pas faire d'enfant ? L'accusation en filigrane de Badinter sur le maternage tel qu'il est prôné par certains militants des "nouvelles parentalités" (qui ont des points communs avec les écolos) est que le rôle "naturel" de la femme est d'être mère. Or jamais nous ne prônons cela

L'allaitement

En tant qu'homme, il est difficile de donner un avis tranché. Surtout quand on n'est pas père et qu'on n'a pas été confronté à ce genre de choix. Je vous renvoie donc à ce formidable billet de Kozlika, qui tient à nourrir sans môme comme elle l'entend. Je suis particulièrement sensible, on s'en serait douté, au rôle que peut et doit jouer le père.

Le partage des tâches

J'ai lu (je ne sais plus dans quels commentaires sous quel article) que les tâches étaient mieux partagés dans les couches populaires. Gros LOL. Les chiffres sont accablants, le partage des tâches n'est pas du tout égalitaire et les femmes assument beaucoup plus que les hommes au sein du couple. Là est le combat, l'épine du problème.

Mais là où Badinter fait une erreur grossière et dangereuse : c'est de passer pour une "anti-mère" au nom des libertés féministes (exactement que reproche l'extrême droite, pour qui une femme ne s'épanouit que et uniquement par la maternité) et effrayer toute une partie des jeunes -et moins jeunes- générations (qu peut dire : "mais je ne suis pas féministe !"). Je souscris là à ce que dis Olympe dans un billet qui fait le point.

Parceque depuis jeudi le débat semble se résumer à savoir si la maternité et l'allaitement sont ou non une régression. Alors que les jeunes générations tout en reconnaissant ce que leur ont apporté les combats de leurs mères et grand mères expriment plutôt un rejet du féminisme, avec cette phrase si souvent lue ou entendue "je suis pour l'égalité, mais je ne suis pas féministe " on leur présente le combat féministe comme le dernier rempart contre une maternité trop épanouie .

Sur un sujet aussi personnel, aussi important dans notre choix de vie les réactions sont naturellement passionnées et chacune juge selon sa propre expérience. Même Nicolas qui doit pourtant s'y connaitre davantage en sein qu'en biberon a un avis !

Je laisse à Olympe le soin de rappeler les priorités du féminisme :

  • le temps partiel imposé qui oblige même celles qui ne le souhaitent pas à rester à la maison
  • les inégalités salariales, qui expliquent quand même en partie que ce soient les femmes qui prennent les congés parentaux puisque la perte de revenu est moindre
  • les préjugés et stéréoytpes sexistes qui nous enferment dans des rôles de ménagères ou de bel objet (et qui sont entre autres largement véhiculés par la pub )
  • les violences faites aux femmes
  • le plafond de verre qui fait que tous les postes de pouvoir sont squattés par des hommes (Mme Badinter étant contre les lois sur la parité)

J'ajouterais qu'une loi-cadre sur le modèle espagnol ne serait pas du luxe. Saluons au passage la proposition de loi sur la parité dans les conseils d'administration d'entreprise, pour une fois que l'UMP ne cherche pas à taper sur une partie de la population...

Pour finir, il me semble que deux principes doivent nous guider :

  1. la liberté de choix, mais pas seulement théorique ; un choix qui peut s'exercer pleinement parce que toutes les alternatives sont possibles et que la "puissance publique" n'est pas là pour juger mais pour permettre d'être heureux (contraception, IVG, méthode d'accouchement, modes de garde...).
  2. la recherche de l'égalité hommes/femmes, égalité qui passe par une garantie des droits pour les femmes mais également par une acceptation sociale que les hommes freinent, que toute la société freine un peu sur la compétition et la soif de carrière où il faut finir le taff après 21h sous peine d'être un loser. On est encore à 80 % pour les femmes ? Il n'y a pas de fatalité, nous connaissons les leviers pour agir : ils sont financiers

Sur le féminisme, j'ai déjà écrit (entre autres) :