Magnetic Friends : "Elargir le champ lexical du festival"

Publié le 21 février 2010 par Albumsono

Depuis dix ans maintenant, la bande de Magnetic Friends habille les temps morts entre les concerts à la Route du rock, été comme hiver. Un exercice parfois un peu ingrat auquel Lauphi, Koulechov et Stuntman 5 aiment à se plonger plusieurs fois chaque année, sans aucune préparation. Rencontre hier soir...

Comment est partie l’aventure Magnetic Friends ?

Stuntman 5 : Au départ, il y a un label à K7 qui s’appelle Magnetic, lancé au milieu des années 1990.

Lauphi : On sortait des mixtapes sur ce micro label rennais. C’est comme ça qu’on a rencontré les gens de la Route du rock. Un des mecs du label, Jean-Marc, a proposé cette idée de mixer des morceaux entre les artistes. Et ça s’est lancé en 1998, l’année où la Route du Rock avait quitté le fort Saint-Père.

S.: Avant rien n’existait. Les gens passaient seulement des CD.

L. : Pour la petite histoire, moi j’avais fait mon premier stage à la Route du rock en 1994. J’avais ramené des cassettes comme le premier album de Blonde Redhead. Après Jean-Marc a officialisé le concept. Koulechov est arrivé en 1999 et moi en 2000. Depuis, on a fait tous les changements de plateau de Saint-Malo, tout en continuant à sortir des mixtapes. On est aussi invités sur d’autres festivals. C’est donc un peu notre spécialité. On est des devenus des tapissiers professionnels.

Comment se prépare un mix ?

S. : Il n’y a rien de prévu à l’avance. Il faut ramener le maximum de disques.

L. : Je dois prendre avec moi à peu près 80 fois le volume de ce que je passe au final. Comme on pioche un peu dans tous les genres. Il faut rebondir sur ce que joue l’autre, sur le groupe qui va passer après. Ca nous permet aussi de faire le point sur nos discothèques respectives, comme on ne se croise plus que pour les festivals, chacun vivant dans une ville différente des autres.

Vous cherchez à vous épater ?

S. : On ne cherche pas à épater, vraiment à rebondir sur le travail des autres. Et à se faire plaisir. On essaie de caler correctement les disques, ça c’est notre métier de DJ, mais des fois ça ne marche pas. L’enchaînement choisi ne fonctionne pas si bien. Des fois il y a quand même des bonnes surprises quand tout est fluide.

L. : Le set que l’on vient de faire est typique de ce que nous on aime bien. Partir sur un Tindersticks et terminer sur un truc de hip-hop ou d’électro, en ayant suivi une évolution un peu logique. On aura quand même balayé un large spectre de ce qui se fait en musique.

S. : On essaie de raconter une petite histoire à chaque fois.

Et le public ?

S. : Y a diverses réactions. Il y a ceux qui s’en foutent, ceux qui vont boire des bières et ils représentent quand même la majorité, il ne faut pas se voiler la face. De temps en temps, tu vois quelqu’un qui sautille.

L. : Ou qui demande, c’est quoi ce truc.

S. : Hier j’ai joué un morceau de Radio Dpt qui vient tout juste d’apparaître sur le Net. Il y avait une nana qui sautait dans tous les sens, c’était classe.

Avec la particularité que le public de la Route du rock est jugé plus pointu qu’ailleurs…

L. : Ca ne pourrait pas se faire sans ça.

S. : C’est génial. On passe des vieux trucs que jouait Bernard Lenoir dans les années 1990 et tu as les pères de famille qui viennent nous voir pour nous dire : "Bien cool là".

L. : Comme on a grandi avec le festival, on a un peu le même background que le public. Ailleurs, il y a des endroits où ça n’aurait pas de sens.

S. : C’est le festival le plus indie français, de cette taille là en tout cas.

L. : Et clairement, on vient de là.

Surtout qu’ici les artistes ne jouent pas en même temps…

S. : Oui, ce n’est pas la foire à la saucisse ici.

Des souvenirs de plantages mémorables ?

S. : Moi, je me suis planté deux années de suite avec le même morceau. Temptation de New Order. Tout le monde était à fond mais le fichier était abîmé. Il s’arrêtait net en plus milieu. L’année suivante, je le repasse et paf, il s’arrête au même endroit. Celui-là, je ne le passe plus.

Votre travail a évolué en dix ans ?

L. : On se doit de suivre l’actualité de la scène rock, d’écouter l’esthétique que défend le festival. Il y a des genres qu’on joue plus qu’avant d’autres moins. Quand on a commencé, on était plus hip-hop. Là, il y en a encore mais moins.

S. : On essaie quand même d’élargir le champ lexical du festival. L’affiche est quand même globalement très rock. On pense à reposer l’oreille du public en jouant un peu autre chose.

Koulechov : Sans casser l’énergie que les groupes sont entrain de monter.

S. : Et puis il faut faire gaffe à la censure. Quand Portishead était venu, Jean-Marc avait préparé en leur hommage un mix samplant un de leurs morceaux et d’autres artistes. Il l’a joué juste avant leur set. Là tout le public qui était parti boire un verre a cru que c’était le groupe qui commençait à jouer. Le sonorisateur a donc tout coupé. C’était un beau plantage aussi.

Et jouer The XX ce soir ?

L. : On a déjà fait un morceau ce soir. Mais on pourrait passer tout l’album en entier pour rigoler.

S. : Ou jouer un morceau de The XX à l’envers. Ca, c’est une idée. Au prochain set, j’essaie. On va le passer. La pure idée.

Et sur les plages horaires, il y a une gestion particulière des fins de soirées ?

S. : A Vendome où on fait la même chose, on peut jouer après les tous derniers concerts. Les gens sont plus réceptifs et puis ils dansent. Ici, c’est un peu frustrant de ne pas avoir ça.

L. : C’est bien d’avoir un long format. Le défaut de l'exercice, c’est qu’on a des créneaux très courts.

Recueilli par KidB