La fille qui psychanalysait le coq du voisin en loucedé

Par La Chose

Parce qu’une vraie blogueuse populaire n’ira jamais s’acoquiner avec des ploucs qui crèchent dans une ville de moins de six-cent mille habitants, ne connaissent pas Christian Louboutin®, ne consomment pas du Max Havelaar® et votent peut-être même à droite…

S’il fallait encore une preuve que je ne serai jamais à la hauteur question blog de fille, mange donc celle-là:
J’habite même plus à Paris.
La vraie blogueuse fille populaire, pour sa part, elle est tellement glamour et tellement hype qu’elle ne peut décemment crécher que dans le 75, et encore, t’auras du mal à la trouver à la Goutte d’Or, faudra plutôt scruter les terrasses des cafés branchouilles du 11e arrondissement ou de Saint-Germain-des-Prés.
La vraie blogueuse fille qui déchire, elle se réveille aux aurores, au son des klaxons qui couinent dans la grisaille d’une aube parisienne trop belle tellement elle est photogénique (avec les Champs-Élysées qui émergent de la brume, les vitrines de la Place Vendôme qui s’illuminent, tout pareil que dans une pub pour un parfum de luxe où un mannequin anorexique court gracieusement sur le Pont Neuf en talons aiguilles).

La vraie blogueuse fille, donc, elle se lève vachement tôt, elle se fait un café qui a un nom à coucher dehors (comme « Bois de santal aux extraits de fève d’Amazonie orientale« ) sur sa machine Nespresso qui brille sous les spots tamisés de sa cuisine trop belle, elle se poste devant sa fenêtre et elle regarde passer les voitures en écoutant Nicolas Demorand sur France Inter, et aussi Stéphane Guillon, parce qu’il est archi-subversif, Stéphane Guillon, et que la blogueuse fille populaire, vu qu’elle met pas de subversion dans son blog (elle met même pas de petits bouts de gros mots, à part « prout », qui est le sommet de l’audace quand on est girly), ben elle a besoin de se défouler un peu avant de s’asseoir face à son iMac géant et de réfléchir à quel produit elle va bien pouvoir caser dans son premier billet du jour.

Donc moi, je suis évidemment pas une vraie blogueuse fille, vu que j’habite plus à Paris mais en Armorique, qui est une région que la blogueuse fille à succès adooooore parce que c’est nature, vivifiant et vachement bio (même les menhirs) mais où elle n’irait jamais crécher, vu que tout ce qui est vraiment important se passe dans la capitale (comme les défilés de mode et les ventes privées).

En plus, moi, c’est pas Demorand qui me réveille le matin, c’est le putain de coq des voisins.
Oui, tu vois, j’ai aussi ce handicap très lourd, maintenant: j’entends le chant du coq le matin, et ça, ça te classe une gonzesse dans la catégorie « plouc indécrottable » pour la vie (le côté campagnard, c’est hyper fashion pour un week-end avec Chéri-Chéri dans un Relais & Châteaux tous frais payés sur lequel on fera un billet dithyrambique, mais ça s’arrête là, hein).

Donc les voisins ont un coq, même si on est en pleine ville, et c’est sûrement un vrai coq Breton, vu qu’il doit être bourré en permanence: il chante n’importe quand, surtout la nuit, aux alentours de trois heures du matin.
Moi, ça m’a vite gavée, le coup du coq qui braille quand j’essaie de récupérer un peu (le chômage, t’as pas idée à quel point ça peut être crevant, c’est à cause du stress). Donc j’ai dit à Loutre que peut-être il fallait faire quelque chose.

(Loutre): – Qu’est-ce que tu veux y faire? Le coq est taré, voilà tout. C’est chiant, mais bon, en même temps, avoue que ça nous change des klaxons parisiens, hein?

Loutre est complètement fana de nature, Loutre fait son retour à la terre tout poucrave, Loutre m’emmerde profond.

Ma fille, qu’est un peu dérangée parce qu’elle a un Q.I de Prix Nobel et un cœur de pierre, elle a voulu me faire plaisir et elle m’a fait un dessin qu’elle a intitulé « le chant du cygne du coq« , tiens, je te le reproduis ici même pour que tu vois à quel point c’est malgré tout une môme adorable et serviable et tout et tout:

Mais bon, ça règle pas le problème du dérangement sonore et de la nuisance auditive.
Alors l’autre  jour, j’ai essayé la zoo-psychologie: ça consiste à faire semblant de croire que les animaux ont un psychisme, un inconscient et un surmoi. Après on fait comme un bon psy professionnel, on s’efforce de démolir leur équilibre mental en un minimum de temps et de les pousser au suicide.
Donc une nuit, dès que le coq s’est mis à geindre, je me suis postée à la fenêtre qui donne sur le jardin du voisin et moi aussi j’ai gueulé:
- Ferme ta gueule, chapon de merde! Châtré, eunuque, saloperie d’impuissant frustré, le jour où tu mettras une poule en cloque, elle aura des dents! Armorique ta mère, bouffeur de maïs infertile, gros con de castrat!

Évidemment, j’avais pas du tout prévu que la fenêtre du voisin allait s’ouvrir aussi.
J’avais encore moins prévu que la femme du voisin, ce serait m’âme Nedelec, ma boulangère, qu’est un peu fâchée contre moi depuis le coup de ma blague sur les bites.
C’est un peu le problème, quand tu viens d’emménager dans la province profonde: en général tu découvres tes voisins le jour où ils te balancent cinq cent grammes de chevrotine dans les fesses.
M’âme Nedelec, elle avait plein de bigoudis dans sa tête d’armoricaine pas contente. Son regard armoricain perçant a troué la nuit et est venu directement se planter dans mes yeux de faux-derche. Alors j’ai entendu sa puissante et armoricaine voix tonner:

- Ewenn! C’t'encore cette radasse de parigote, dis vouêr! A’l'est en train d’insulter le Gweltaz avec des trucs sexuels depuis cinq bonnes minutes, cette grosse dégueulasse!

(C’est décidé, demain je reprends le train et je me barre à Tataouine via Sarcelles)

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