Énigme à Saint-Salvayre. Escale sur le chemin des menhirs.

Publié le 29 janvier 2010 par Raymond_matabosch

Dans la vallée de l'Aude, sur le chemin de Vendémies, le village pastoral de Saint Salvayre domine, du haut de ses 750 mètres, la station thermale d'Alet les Bains. Lié à l'histoire monastique de cette ville, l'ancien grenier à blé de l'abbaye bénédictine Sainte Marie d'Aleth, recèle, en ses murs, un singulier sanctuaire médiéval.


Suivant la tradition et la légende, cette église aurait été construite avec des pierres provenant de l'église abbatiale aletoise pillée et détruite par les Huguenots à nombreuses reprises entre 1573 et 1577. De nombreux arcanes cabalistiques et mystiques entourent cette chapelle et ses environs. Est-ce le fait du passage, en ces lieux de l'abbé Saunière ? Pour certains érudits mi-mathématiciens, mi-ésotériques, l’ostentatoire simplicité de l'édifice cultuel cache, même, un de ces bâtiments ambigus et équivoques dont les compagnons bâtisseurs, du Moyen-Âge avaient le secret.

La chapelle de Saint-Salvayre : une escale sur le chemin de l'étrange.


Le visiteur ne peut que remarquer, à son arrivée dans le hameau, les sculptures anthropomorphiques, lycanthropiques et zoomorphiques qui rehaussent la partie sommitale de chacun des angles de la chapelle. Elles sont au nombre de huit et sont classées aux Monuments historiques.

Leurs regards patibulaires, bouffons, farceurs et suppôts à la fois, semblent rester posés, en permanence, sur lui, le scrutant et le surveillant tout le temps de ses déplacements autour de l'édifice.

La symbolisation des guides et des gardiens spirituels.


Dans la croyance populaire, les guides spirituels accompagnent les hommes et les gouvernent tout au long de leur vie et même après. Il n'est donc pas rare que les sanctuaires soient souvent gardés par un ou plusieurs guides que l’imagerie moyenâgeuse désignait comme étant des « gardiens du seuil. »

Le site de Saint Salvayre s'inscrivant sur le lieu-dit « l’Hommé mort », un lieu situé au-delà dans la symbolique, il peut-être admis que ces fameux gardiens soient représentés par les huit têtes sculptées. Il existait une neuvième tête, « la tête du Sauveur », qui était l'objet d'une procession annuelle pour les habitants d'Alet. L'un justifierait-il l'autre ?

L’église en forme de croix symétrique inscrite dans un rectangle.


Bâtie sur la forme d'une croix aux quatre bras symétriques, son plan architectural est de conception assez simpliste. Son appareillage, en moellons non équarris de pierres du pays, est assez rustique. Au différent, les angles et les encadrements des ouvertures sont en pierre de taille.

Des spéculateurs érudits d'ésotérisme et de symbolisme voyant que la nef et le transept forment une crux quadrata, ont énoncé le postulat d'une construction de l'édifice à partir d’un « rectangle résultant de l'assemblage de cinq carrés congruents » et en ont attribué la conception à l'ethnie des Cagots(1).

La sobriété : caractère dominant de l'église de Saint-Salvayre.


Ses murs intérieurs sont appareillés, de même que le sont ses façades extérieures, en gros moellons, équarris grossièrement, et son plafond est en arc ogival. Les voûtes et leurs arrêtes sont, par contre, en belle pierre de taille de toute évidence de remploi.

Le mobilier, en nombre restreint, qui se trouve dans l'église n'a que peu de valeur. Ce dénuement, volontaire ou conséquence de vols et de pillages, souligne une impression de pureté et de mortification de ce lieu cultuel.

Les modillons sculptés remarquables par la créativité des imagiers et la richesse des thèmes.


Aux huit angles de la croix grecque, formés par la couverture du toit en tuiles romaines, de magnifiques corbeaux sculptés sont scellés dans la maçonnerie. L'un représente une tête d'animal avec un groin plus qu'un museau et des cornes, lui donnant identification de bovidé. Un second, au travail sculptural plus soigné, matérialise une tête d'homme moustachu diffusant une étonnante sensation de vérité et de naturel... Et, alternance de zoomorphes, d'anthropomorphes et de lycanthropes, les uns les autres révélant un monde d'une extraordinaire diversité, où le fantastique se mêle au quotidien, et où l'imaginaire médiéval des imagiers se déploie en toute fantaisie, ainsi jusqu'au huitième...

et dernier... Le modillon reprend le symbolisme de la face d'une manticore(2), créature fantastique à visage humain, à crinière de lion et aux oreilles d'animal, qui surgit menaçante et scrutatrice, prête à bondir sur les intrus.

Ces pierres sculptées sont-elles des pierres de remploi ?

Deux thèses s'affrontent. La première est émise par le Docteur Boyer, membre de la société d'études scientifiques de l'Aude, qui s'appuie sur l'existence, près des grottes de Lavalette, de « ruines de la Vieille-Église du IX° siècle, pouvant livrer le secret de l’origine des sculptures romanes de l’église de Saint Salvayre » (Compte rendu d’une excursion à Saint Salvayre. - 1941 -)

La seconde émane des Monuments Historiques. Ces pierres sculptées proviendraient de l'Abbaye bénédictine Sainte Marie d'Aleth malmenée par les sarrasins, ravagée par le comte de Carcassonne, remaniée à l'époque gothique et ruinée par les Huguenots lors des Guerres de Religion...

Le seul point positif que l'on puisse retenir est que les sculptures zoomorphiques, lycanthropiques et anthropomorphiques sont datée de la période pré-romane.

Autres curiosité autour de l'église de Saint Salvayre.


Sur l'emprise territoriale du hameau, trois mégalithes, dont l'un situé à côté de l'Église, se dressent en bordure du plateau qui domine le ravin d’Arce. C'est une étrange pierre prismatique quadrangulaire légèrement penchée vers le Nord-Est comportant, à son sommet, le trou de scellement, pour certains, d’une croix qui le surmontait autrefois, pour d'autres, le socle de la personnification sculpturale de la « tête du Sauveur ».

A quelque distance en contre-bas des menhirs, sont les ruines de la tour d’Arce et, sur les pentes du ravin de Lavalette, deux grottes, dont l’une présente des traces de fortifications. Ces grottes ont été occupées par intermittence, au néolithique et ont servi d'abri, aux habitants d'Alet, lors des périodes troublées du Moyen-âge et durant les guerres de Religion.

Notes.


(1) Les Cagots constituaient ce que l'on a considéré longtemps comme une ethnie, vivant presque uniquement dans les Pyrénées. Tout comme les membres d'autres ethnies minoritaires, ils se virent dotés de traits physiques distinctifs, de véritables inscriptions iden­titaires...

(2) La manticore est une créature fantastique ayant le corps d'un lion, la tête d'un humain et une queue de scorpion ou de dragon, parfois dotée d'ailes de chauve-souris, capable de lancer des dards venimeux pour immobiliser sa proie. Son venin peut servir à diffé­rentes fins, telles endormir, rendre malade, contrôler, maudire... ou même tuer.