Munch à la Pinacothèque de Paris

Publié le 01 mars 2010 par Artyficielles

Gros parti pris à la Pinacothèque : alors qu’Edvard Munch est surtout connu pour un tableau, Le Cri, il y a toutes ses œuvres ou presque exposées à Paris…sauf celle-là ! D’où le fait que l’expo s’appelle  « Anti-Cri ». Parti pris réussi pour la découverte d’un artiste original et anti-conformiste de la fin du XIXè – début du XXè.

Edvard Munch (1863-1944) est un peintre norvégien, né d’un père médecin extrêmement pieux et d’une mère qu’il perd à 5 ans pour cause de tuberculose. Il perdra ensuite sa soeur de la même maladie. Son père se renferme alors dans une religiosité quasi fanatique, et la peinture devient pour Munch un moyen de s’évader, de briser les conventions. Les thèmes de la maladie et de la mort sont très présents tout au long de son œuvre, mais fidèle à l’école de peinture norvégienne, il peint aussi en plein air, des paysages.

Très tôt, il brise les codes. Il expérimente de nouvelles techniques, et gratte par exemple la peinture de ses tableaux pour obtenir « la première impression ». Plus tard, il exposera ses toiles à un « traitement de cheval » comme il l’appelle, les laissant dehors, à l’assaut des intempéries, et introduit dans son oeuvre des photographies à double exposition pour créer des effets de transparence inédits.

Fin du XIXè, sa carrière décolle

Son œuvre prend un tournant décisif avec le tableau La Jeune Fille Malade (1885-86), qui suscite une très forte indignation quand il est présenté pour la première fois, car à l’époque, l’art n’est pas censé représenté ce genre de choses. Munch déclare au sujet de ce tableau : « Le travail que j’ai consacré à La Jeune fille malade m’a défriché de nouveaux sentiers, a ouvert à mon art mon art une percée définitive. La plupart des mes œuvres postérieures doivent leur naissance à ce tableau. »

Sa carrière prend un autre tournant en 1892 : Munch est invité à Berlin, où il expose une cinquantaine de toiles qui font tellement scandale qu’il doit les décrocher en une semaine. Externalité positive : il devient connu du jour au lendemain dans le pays, et s’installe à Berlin jusqu’en 1896, qui deviendra sa seconde patrie.

La Frise : sa grande oeuvre

Pour lutter contre l’hostilité du public, Munch décide de présenter ces tableaux principaux comme un cycle organisé : La Fresque de la vie, divisée en 4 séries: « Éveil de l’amour », « Épanouissement et déclin de l’amour », « Angoisse de vivre » et « Mort ». La Frise englobe ses œuvres les plus connues comme Madone, et bien sûr, Le Cri.

L’amour et la mort sont intimement liés. L’amour charnel est lui aussi porteur de mort. D’ailleurs, le premier cadre de Madone était décoré de spermatozoïdes et d’embryons à tête moribonds. La passion est dévastatrice, dans ses toiles comme dans sa vie : Munch finit par perdre une phalange à cause d’une balle de revolver perdue au cours d’une dispute avec sa fiancée, Tulla Larsen.

Madone (1894-95)

Autre variation sur le thème de l’amour, Le Baiser, gravure de 1895 que mentionne l’auteur allemand Strindberg dans un essai dont le titre fait particulièrement envie, De l’inferiorité de la femme : « La fusion de deux êtres, dont le plus petit, en forme de carpe, semble prêt à dévorer le plus grand comme le font les microbes, la vermine, les vampires, et les femmes. » Si c’est pas romantique ça…

Le Baiser, 1895, gravue sur papier, 34,5 x 27,8 cm, collection particulière

Autre tableau de cette Frise, la Femme au Chapeau rouge de 1891, qui se joue des codes impressionnistes : les traits verticaux de l’herbe contrastent fortement avec ceux de la mer au second plan, et à l’ombre de la femme fait écho une ombre du même violet en bas à droite du tableau qui vient rompre son calme apparent. Peu à peu, Munch impose son style.

Femme au chapeau rouge sur le Fjord (Harmonies bleues – Le chapeau rouge), 1891

Les personnages de Munch se fondent progressivement avec le décors pour ne faire qu’un et exprimer plus fortement une émotion. Cette dynamique atteint son paroxysme avec Le Cri, tableau de 1893 pour lequel Munch est mondialement connu (mais qui n’est pas présenté à la Pinacothèque). Il décrit sa source d’inspiration dans son Journal : « Je longeais le chemin avec deux amis, c’est alors que le soleil se coucha, le ciel devint tout à coup rouge couleur sang, je m’arrêtai, je m’adossai épuisé à mort contre une barrière, le fjord d’un noir bleuté et la ville étaient inondés de sang et ravagés par des langues de feu, mes amis poursuivirent leur chemin, tandis que je tremblais encore d’angoisse, et je sentis que la nature était traversée par un long cri infini. »

Le Cri (1893)

Un XXè siècle chaotique

Vers 1908, Munch fait une grave dépression et est interné quelques mois dans la clinique du Dr Jacobson. Il est reconnu à l’international : ses oeuvres sont accrochés à côté de celles de Cézanne ou de Gauguin. Il n’adhère jamais au national-socialisme allemand, qui le considère comme un peintre dégénéré et enlève ses tableaux des musées allemands. Lors de l’invasion de la Norvège, il refuse tout contact avec l’occupant allemand, et achève son existence en Norvège en solitaire.

Infos pratiques

Pinacothèque de Paris, 28 place de la Madeleine, 75008 Paris, jusqu’au 18 juillet

01-42-68-02-01

Tous les jours, même le lundi (gros avantage quand on est en RTT ce jour là mais attention, j’ai quand même fait la queue près d’1h !) de 10h30 à 18h

Nocturne le mercredi jusqu’à 21h

Tarifs: 10€ / 8€