M; jeune bergère de 14 ans

Publié le 08 mars 2010 par Jughurtha

« M., jeune bergère de 14 ans, fait paître son troupeau à quelques pas de son village, ne se doutant pas que sa jeune vie allait être brisée. Elle est attaquée par un groupe de terroristes qui pullulent dans cette région. Enlevée et séquestrée des semaines durant dans les maquis, elle y vivra l’inimaginable. L’innommable. L’enfer. La barbarie sous sa forme la plus abjecte. Les mots manquent et ne sauraient décrire ou qualifier l’étendue de l’horreur de ces actes. Immobilisée, la fillette verra passer sur son frêle corps des dizaines d’hommes par jour, parfois même jusqu’à 50.
Tous les jours. Pendant plus d’un mois. Le viol collectif n’est d’ailleurs pas la seule atrocité que ses agresseurs lui feront subir. Régulièrement battue jusqu’au sang, elle se verra assener un coup de hache à la tête, qui ne l’acheva pas, mais lui laissa une cicatrice qui court de part et d’autre de son crâne. Quand elle est retrouvée par des militaires, elle est plus morte que vive. Mais son calvaire était loin de prendre fin, tant les stigmates de cette épreuve sont insurmontables, et tant la société et l’Etat sont impitoyables à son égard. Voire même indifférents au calvaire enduré et à ses souffrances. L’histoire de M. n’est évidemment pas « un cas isolé »……… ………….
»
A la lecture de cet excellent article de Ghania Lassal paru aujourd’hui dans le journal ''Elwatan'' ,je me suis rappelé les reportages que l’Entv montrait dans les année 90 aux moments forts du règne sanglant du GIA ( Groupe Islamique Armé) , et ces témoignages horribles des victimes , de la barbarie islamiste , dans ces reportages des femmes témoignaient à visage découvert , racontaient leur calvaire avec beaucoup de détail , et abordant leur détresse et celle de leurs proches sans tabou , après presque 15 ans et alors que le pays ‘’retrouve sa place dans le concerts des nations’’ par la grâce de ‘’son excellence’’ , l’homme de la ‘’réconciliation nationale’’ , cette dernière dans sa charte a garanti l’impunité aux anciens bourreaux qui ‘’sont revenues à la raison’’ et qui se pavanent librement en Algérie aujourd’hui , cette charte n’a pas mentionné ces femmes dans la catégorie des ‘’victimes de terrorisme et ayants droit ‘’ , officiellement, une dizaine d’année après ces femmes n’existent pas , ,certaines ont dû monter un dossier les présentant comme des blessés pour se voir attribuer une rente , des associations et des organismes avaient demandé à l’Etat une reconnaissance de ces filles mais les responsables ont refusé, car leur donner un statut de ’’femmes violées par les terroristes’’ aurait été les stigmatiser ,l’on considérait en haut lieu qu’une quelconque reconnaissance officielle ferait d’elles des femmes non mariables, parce que tout le monde les sauraient femmes violées.
De même, il a été rapporté qu’un ministre avait légitimé ce refus en affirmant que « si on les indemnisait, tous les mois lorsqu’elles recevraient leur pension, on leur rappellerait l’acte de viol et que, quelque part, cela équivaudrait à de la prostitution… » ??? donc on préfère les abandonner à leur sort, sans statut et donc sans indemnisation , pour ‘’ ne pas les stigmatiser’’ ! ainsi ces femmes sont condamnées à vivre dans le dénuement et l’anonymat , trainant avec elles le boulet de cette souillure et le jugement de la société , certaines d’entre elles ont été prise en charge par des associations , Comme c’est le cas de M., la jeune bergère de 14 ans citée précédemment , la directrice du Centre national algérien des femmes victimes de violence et en situation de détresse (CNAFVVSD) raconte « Lorsque nous l’avons reçue, c’était encore une fillette, dans un état indescriptible. Elle avait le visage tuméfié, des plaies sur tout son corps décharné, sans parler de son appareil génital, qui présentait de nombreuses déchirures. Son crâne, rasé, laissait voir une cicatrice qui allait jusqu’au front », dit-elle, en fermant les yeux, ajoutant, « c’était insupportable que d’assister à cela…j’en ai été malade… ». Et la prise de contact n’a pas été des plus faciles. « Une fois un tant soit peu rétablie physiquement, il lui fallait se refaire une santé mentale. Elle était emmurée dans un silence qui a duré plus de six mois. Elle rasait les murs, le regard tantôt vide, tantôt apeuré. Chaque nuit, elle faisait des cauchemars à n’en plus finir, où elle revivait les mêmes scènes d’enfer. Et chaque nuit, nous devions lui administrer des injections médicamenteuses pour qu’elle se calme et qu’elle puisse se reposer ,de même, dès qu’il faisait noir ou obscur, à cause de coupures de courant, elle piquait des crises d’hystérie. Elle pleurait, criait, était atteinte de "folie furieuse" », se remémore douloureusement Mme Benghanem. Comment s’en est-elle sortie ? Comment a-t-elle pu réussir à prendre le dessus sur son traumatisme ? « Ce qui l’a sauvé, c’est l’école » affirme la directrice. « Elle s’est jetée à corps perdu dans les études, et sa transformation a été impressionnante. Elle s’ouvrait aux autres pensionnaires et à nous autres, personnel, elle pouvait sortir », dit-elle, analysant « son attention était tout simplement reportée sur quelque chose d’autre. Ça lui a donné une bouffée d’oxygène dans l’asphyxie dans laquelle l’avaient confinée ces viols et leurs séquelles. Elle entrevoyait de l’espoir, de nouvelles perspectives enthousiasmantes. Elle aspirait à devenir policière non pas pour se venger, mais pour venir en aide aux personnes en détresse. Ensuite, elle tenta de devenir infirmière et pompière. Elle y échoua de peu », concluant, « des années plus tard, elle a réintégré, plus ou moins difficilement, la cellule familiale , au dernière nouvelles elle s’est mariée et je crois qu’elle attend un enfant »
Toutefois, et malheureusement, ces femmes violées n’ont pas toutes connues ce « happy ending ». Certaines ont tout bonnement disparu, en déménageant à l’autre bout du pays, surtout lorsqu’elles attendaient un enfant. Les femmes mariées, parfois mères de famille violées sous les yeux de leurs enfants, ont été répudiées, privées de leurs enfants, et se sont retrouvées toutes seules et sans aucune ressource .