La croisade malodorante des grands chefs tricolores

Par Estebe

Coucou, mein choux chinois

En entendant ça à la radio, on en a failli renverser le bocal de rillettes sur le carrelage. C’eût été un drame. Voilà la news: douze grands chefs français se sont unis pour défendre la graaaaande gaaaastronomie tricolooore. Car elle est en danger. Oui, Madame. L’étranger (ah, le sale étranger) la raille, la conspue, la juge rhumatisante, soporifique et rétropédalante. Pour faire court.


Du coup, l’association «Cuisine de France» part en croisade pour redorer ce blason mité, sous l’égide de Robuchon et Ducasse, épaulés de leurs croisés Guérard, Troisgros, Alleno, Gagnaire, Marx et autres toques étoilées par une marque de pneus.
Je ne sais pas vous, mais pour nous, ce type d’entreprise exhale toujours un vilain fumet de napht’ chauvinissime. Maréchal, nous voilà, tut tut tut. Car, voyez-vous, la ligue de défense patriotique, gastronomique ou pas, est un peu au militantisme culturel ce que la vanne porno est à l’amour courtois, si vous nous permettez une métaphore osée.


Le plus chouette, c’est la saillie de Guy Savoy lors de la conférence de presse, qui a déclaré sans sourciller (ou à peine): «La cuisine française est le socle de la gastronomie mondiale.» Le socle. MDR. Pince-moi, j’albumine. Et les cuisines italienne, indienne, chinoise, arabe ou japonaise, c’est quoi ? Des vieux bouts de parpaing mal cimentés sur le Glorieux socle gaulois ? Quel mépris ! Quelle suffisance ! Quelle ignorance, peut-être même.


Et comme disait allègrement un ami qui connaît un tantinet ce monde-là, «ils feraient mieux de bosser dans leur cuisine plutôt que de se pignoler le cerveau avec leurs idées de grandeur et de suprématie
Tiens ce soir, on va se faire un poulet tandoori. Ou un nasi goreng. Ou un tajine. Ou des lasagnes. A moins de jeûner en signe de consternation.
Chef français, mon ami, mon frère, mon idole, aujourd’hui, tu me fais honte.

Bye bye