Méditation sur la pensée

Publié le 10 mars 2010 par Joseleroy

Nous publions chez Almora ce mois ci un nouveau petit livre d'Erik Sablé : Méditation sur l'essence de la pensée

En voici un extrait.

"Il semble que l’on peut montrer du doigt le « moi »
qui souffre, qui jouit, qui expérimente, qui se vexe
d’une humiliation ou s’exalte d’une flatterie. Et
pourtant,... s’il existait réellement il devrait être
une « substance » distincte de la pensée. Or ce
n’est pas le cas. Si nous tentons d’observer la
« sensation du moi » en dehors des pensées, elle se
dissipe. Lorsque nous cherchons à déterminer où
elle se situe, lorsque nous tentons de l’isoler pour
l’identifier, elle fuit, elle s’échappe et disparaît.
Comme le dit le lama Tartang Tulkou : « Lorsque
vous regardez l’image (de vous-même)
directement, elle se disperse car elle est vide, sans
substance ». (L’Esprit caché de la liberté, p. 94).
Le « moi » apparaît donc comme un « effet de
perspective ». Il se maintient seulement dans la
mesure où il se dissimule parce que ses racines
demeurent obscures. En le maintenant en pleine
lumière, il perd son pouvoir de fascination et se
dissipe...
Mais il est évident que cette prise de conscience
de la vraie nature du « moi » ne peut pas se faire
instantanément. Elle demande d’être sans cesse
reprise, approfondie. Avec la pratique, la distance
se fera toujours plus grande avec le mental. Le
caractère illusoire du « moi » deviendra de plus
en plus évident. Nous intégrerons cette réalité et
nous nous laisserons de moins en moins emporter
par le flux des pensées. Elles tendront à se
détacher un peu comme une écorce se détache.
Un jour, cette distance avec le « moi » devient
effective. Il se cristallise et apparaît comme une
entité extérieure. Il se dessine par contraste avec
la « pure conscience d’être », la Présence. Nous
sommes confrontés à ce faux nous-mêmes qui est
à la fois une entité étrangère et notre « moi ». Et
une fois qu’il est vu, il est abandonné.
Un jour, cette compréhension amènera la
disparition effective du « moi », sa dissolution, ou
plus exactement il sera perçu comme un aspect
de la pure conscience, son essence et il se
résorbera définitivement en elle comme
l’étincelle se résorbe dans la flamme.
D’après ce qu’il nous avait raconté, c’est une
expérience de cet ordre qui était arrivé à Jean
Klein, à Bombay. Il se promenait sur la plage de
Marine Drive, lorsqu’il vit un vol d’oiseaux qui
était comme l’image, l’incarnation de son
« moi ». Ce vol d’oiseaux passa devant lui et
disparut pour s’évanouir définitivement dans
l’horizon. Après, surgit l’expérience de l’éveil.
Lorsque nous sommes libérés de l’emprise de
l’illusion, la pensée n’est en rien différente de
l’état de clarté. L’univers est une grande unité
sans distinctions. Chaque pensée, chaque
émotion, chaque sensation, est une totalité
parfaite, comme le moindre brin d’herbe est
parfait." Erik Sablé