[Critique] Rapt

Par Gicquel

«  Rapt » de Lucas Belvaux  (Diaphana édition vidéo)

Avec  Yvan Attal et Anne Consigny

Sortie cinéma : 18 novembre 2009
En dvd  le : 17 mars 2010

Le fond de l’histoire est vrai : en 1978 le baron Empain, à la tête d’un puissant empire en Belgique est enlevé . Il sera détenu deux mois par ses ravisseurs qui lui couperont un doigt. Pour des raisons budgétaires et des facilités de mise en scène ( nul besoin de décors d’époque, de reconstitution à l’identique) Lucas Belvaux opte pour une période contemporaine . «  Je ne comprenais pas très bien ce choix au départ » raconte Yvan Attal, « mais en s’éloignant du vrai sujet , on a trouvé plus de vérité ».

Dans la peau du «  héros » , l’acteur est quasiment méconnaissable, amaigri et défiguré au fur et à mesure de la détention .  Amputé, humilié, nié dans son humanité, l’homme résiste, ne laissant aucune prise à ses ravisseurs. Il vit un véritable calvaire, et s’étonne qu’au grand jour ses amis, sa famille n’arrivent pas à réunir le montant de la rançon.

Dans cet aller-retour permanent entre l’ombre et la lumière , Belvaux réussit à nous tenir sans cesse en haleine . Il est très à l’aise dans ces moments de troubles émotionnels où le bon et le mauvais se conjuguent pour ne donner de la vie , que le gris ambiant. Je pense notamment à « Cavale » de sa célèbre trilogie ; il me semble que l’on y retrouve la même palpitation , les mêmes interrogations sur le bon ou le mauvais, les mêmes hésitations entre le noir et le blanc.

Françoise Fabian dans le rôle de la mère de la victime : le ton juste, donc énervant

C’est flagrant dans le déroulement de l’affaire vu par la famille et les membres du groupe : un petit monde policé qui petit à petit se fissure , face à la réalité de l’enlèvement . Au-delà de l’impossibilité de réunir la somme, et de l’enquête policière qui tergiverse ( un joli suspense ) il faut sauver les meubles . Ceux du groupe , mais aussi les tiroirs secrets de la vie privée du baron . Au fur et à mesure des investigations ,les zones d’ombres s’éclaircissent,et les révélations abasourdissent aussi bien le monde économique que la sphère familiale. L’industriel perdait beaucoup d’argent au poker; il  entretenait des maîtresses dans un appartement dont sa femme ignorait l’existence . Elle est jouée par Anne Consigny, dont le talent , quel que soit le registre n’est plus à démontrer.

Autant de matière pour l’auteur de « La Raison du Plus Faible » qui à la veine policière a toujours porté un regard social pertinent.  Quand il parle d’un trafic de drogue ,ou  d’un braquage en préparation , Lucas Belvaux parle avant tout des hommes . L’intrigue est plus dans le non-dit, le regard muet de ses personnages que dans une caméra qui sagement pose les données du problème, sans chercher à les résoudre par des mouvement désordonnés.

SUPPLEMENTS :

Une démarche que l’on saisit parfaitement en découvrant le premier bonus «  Repérages #2 » : des photographies qu’il commente , autour de l’idée du film et des plans qu’il prépare déjà sur son petit carnet.

L’entretien avec Yvan Attal qui suit est assez convenu . On y apprend quand même que le baron Empain aurait apprécié le film ( c’est une journaliste qui le rapporte au comédien ) «  et dans ce cas là on a réussi , puisqu’il s’est reconnu » se félicite le comédien , qui par ailleurs fait un petit mea culpa. «  Quand j’entendais certains collègues dire qu’après un film leur personnage les habitait encore pendant quelques temps, ça me faisait sourire. Eh bien cette fois , ça m’est arrivé ,je n’avais pas envie de reprendre du poids, comme si je voulais garder le costume de ce type ». Mais il a bien fallu aller chercher les enfants à l’école, leur faire à manger. La vie a repris ses droits.