Livre: Les noces barbares de Yann Queffélec

Par Jemlyre
Titre: Les noces barbares
Auteur: Yann Queffélec
Editeur: Gallimard (Folio)
Nombre de pages: 344







4è de couverture:


Fruit d'une alliance barbare et d'un grand amour déçu, Ludovic, enfant haï par sa trop jeune mère - Nicole et ses grands-parents, vit ses premières années caché dans un grenier. La situation ne s'arrange guère après le mariage de Nicole avec Micho, brave et riche mécanicien qui cherche à protéger Ludovic. Hantée par ses amours brisées, sombrant dans l'alcoolisme et méprisant son mari, la jeune femme fait enfermer son fils dans une institution pour débiles légers. Mais Ludovic n'est pas l'arriéré qu'on veut faire de lui. Il ne cesse de rêver à sa mère qu'il adore et qu'il redoute. Même une première expérience amoureuse ne parvient pas à l'en détourner. Son seul but, son unique lumière : la retrouver. S'enfuyant un soir de Noël, il trouve refuge sur la côte bordelaise, à bord d'une épave échouée, écrit chez lui des lettres enflammées qui restent sans réponse. Et c'est là-bas, sur le bateau dont il a fait sa maison, que va se produire entre Nicole et son fils une scène poignante de reconnaissance mutuelle - qui est aussi le dernier épisode de leurs noces barbares.


Mon avis:

Il était dans mes projets depuis quelques années de lire un livre de Queffélec, c'est désormais chose faite.
« Les noces barbares » est le genre de livre qui me réconcilie avec la lecture. C'est avec délectation que j'ai parcouru ces pages, transportée par le récit, les paroles incisives, crues et tellement réalistes.
Ludovic est conçu dans la souffrance, une nuit infernale, où sa mère, encore petite fille se heurte à la dure réalité du profond fossé qui sépare les attentes amoureuses d'une personne de son âge et les instincts bestiaux, primitifs d'hommes plus âgés.
Incomprise par son entourage, plus préoccupé par le « qu'en dira-t-on »que par les dégâts psychologiques subis par leur fille, elle évoluera comme un mort-vivant parmi ses semblables, cachant « le fruit de la honte » dans un grenier.

Ludovic grandira en subissant la loi de son entourage qui le rejette et en ne sachant pas ce qu'est l'affection maternelle. Heureusement que quelques personnes autour de lui, d'ailleurs les plus éloignées génétiquement, s'inquiètent de son instruction et lui apportent un peu de douceur.
En lisant ces mots, on se rend encore plus compte à quel point un enfant s'appartient peu...

Après l'épisode du grenier, Ludovic sera balloté de part et d'autre au gré des envies et lubies des adultes.
Il sera taxé d'attardé, exilé le plus loin possible puisqu'il rappelle ce que l'on voudrait tellement oublier. Ce qui ne peut en aucun cas appartenir à l'histoire de la famille...
D'ailleurs, il a les yeux verts de son père...mais qui est son père ? « les trois saloperies » lui répondra-t-on...
A propos, j'ai adoré le clin d'œil à l'efficacité de certains diagnostics psychiatriques...
L'enfant observe sa mère, si belle et si lointaine. Ses tentatives de rapprochement sont très touchantes et les sentiments éprouvés très ambigus.
Le summum de l'ambiguïté, de la complexité de ces sentiments et du désir de possession est atteint sur le bateau. L'épisode final des noces barbares.

Un livre à découvrir en urgence et un énorme coup de cœur pour moi.


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