Clément et son tour du monde en vélo

Publié le 17 mars 2010 par Letirailleur

C’est la troisième fois que je rencontre Clément qui effectue le tour du monde en vélo. Depuis plusieurs mois qu’il rayonne dans le sud-est asiatique, c’est toujours en Thaïlande et particulièrement à Udonthani qu’il fait gite d’étape. On en profite toujours pour se rencontrer. Je profite de son nouveau passage à Udonthani (du 27 février au 17 mars) pour l’interviewer.

Interview de Clément lors de son passage à Udonthani.

Patrick : Bonjour Clément. Dans quelques jours, le 15 mars 2010 exactement, cela fera trois ans que tu as quitté la France. Un premier bilan peut être ?

Clément : Bonjour Patrick. Difficile de dresser un bilan à ce stade. Ce que je dirais, c’est que même après trois ans sur la route, ce voyage n’en finit pas de me faire découvrir des facettes insoupçonnées du vaste monde ! Cela restera une expérience inouïe qui m’aura beaucoup fait évoluer sur le plan personnel. Je n’aurais jamais imaginé vivre de pareilles tribulations, qu’elles soient bonnes ou moins bonnes, en préparant mon départ.

J’avais 29 ans lorsque j’ai quitté la France. J’ai choisi de réaliser ce vieux rêve après des années d’hésitations, à le mûrir dans ma tête et à mettre des sous de côté en travaillant. Aujourd’hui encore, je me dis que c’était vraiment le bon moment pour me lancer dans cette épopée. Du coup, je me répète mais il est trop tôt pour parler de bilan. Disons pour faire court que je me suis adapté à ce mode de vie simple qu’est le voyage à vélo en solo. D’après moi, c’est un moyen de déplacement qui convient à la plupart des pays. J’aime cette lenteur du déplacement qui permet d’offrir tout de même un large rayon d'action et permet de traverser tant de paysages à son rythme.

Le choix de voyager seul, ça peut surprendre mais je m’y suis fait et aujourd’hui je trouve même que c’est un avantage, en particulier pour rencontrer les gens.

Je crois aussi que le vélo est un mode de transport qui facilite les contacts dans de nombreux pays : un vélo, tout le monde sait ce que c’est. Ça ne parait pas trop sérieux, il n’y a pas d’habitacle fermé, ce qui confronte de fait à l’environnement et aux réactions des gens. Du salut amical à la plaisanterie sur les garde-boue rafistolés avec une bouteille de coca, des drôles de surnoms lancés par des gamins aux questions formulées dans des langages que je ne comprends pas, tout y passe !

Les contacts avec les locaux sont vraiment de tout ordre, et souvent là où je ne les attendais pas. Depuis l’invitation à bavarder en plein désert de Nubie par une température de 55 degrés (vous avez bien lu) avec un groupe d’ouvriers soudanais, blottis les uns contre les autres pour que tout le monde profite de l’ombre du tractopelle, à la nécessaire négociation lorsqu’au Pakistan, une trentaine de jeunes s’approchent en me criant ‘’American, Go Home !’’…Ambiance, ambiance !

Patrick : Lors de ton départ de France en 2007, avais-tu programmé une date de retour au pays ?

Clément : En partant, j’avais dit à mes proches "à l’année prochaine !"... mais si vous parcourez les sites internet des personnes parties pour un tour du monde, vous remarquerez que la plupart annoncent partir pour un an ou deux et ne reviennent qu’après 5, 10 ou même 15 ans... Pour le moment, je n’en suis donc "qu’à" trois ans... Plus sérieusement, j’ai voulu voyager en me donnant le temps car je n’avais pas envie de faire un tour du monde en ‘’abattant du Km’’. Certains s’astreignent, quoi qu’il advienne, à rouler 100 km par jour et ils bouclent leur tour du monde en 18 mois. Pour ma part je ne recherche pas cette performance là. Il y a des périodes où je fais mes 2500 km par mois, d’autres où je ne roule presque pas. En revanche, je pense que 5 ans sur la route serait vraiment un maximum pour moi.



Patrick : En trois ans, combien de pays traversés ou retraversés et combien de kilomètres parcourus en vélo?

Clément : 30 pays et 36 000 km

 

Patrick : Et en moyenne, combien de km par jour ? Quelle fut ta plus longue étape ? Quelle fut ta plus dure étape, quelle fut ta plus rocambolesque étape ?

Clément : Pour ceux qui aiment les chiffres, ça fait environ 35km par jour si je roulais tous les jours. Mais comme j’alterne des jours de vélo et des jours de glande ou de visites, c’est une moyenne qui ne signifie pas grand chose. Généralement, je pédale entre 100 et 120 km pour une étape.

La plus longue a été de 198 km.

La plus dure... je crois que ça restera la traversée depuis Gallabat, à la frontière Soudano-Ethiopienne jusqu’à la ville de Gonder. Il y a environ 160km de piste à parcourir entre monts et plateaux d’altitude, villages et forêts. Outre le relief, la pluie persistante qui rendait les étapes vraiment physiques et les embrouilles avec des militaires en mal d'argent de poche, le plus dur a été de devoir supporter sans comprendre un « caillassage » en règle de la part de la population. Ajoutez à cela une crise de palu qui couvait et plusieurs accrochages dans la forêt, et vous comprendrez que je suis arrivé à Gonder un peu... nerveux !

Quant à l’étape la plus rocambolesque, elle a commencé le matin sur la route de Sousse en Tunisie, s’est poursuivie jusqu’au soir au large des côtes, sur le bateau de pêche de Kamel rencontré dans l’après-midi alors qu’il se rendait à mobylette au port. La journée s’est terminée dans sa maison, par un dîner avec toute sa famille. Deux ans plus tard, on est toujours en contact.

Patrick : A quoi penses-tu lorsque tu roules ?

Clément : A ce que je vais manger à ma prochaine pause ! En fait, ça dépend de l’humeur du jour. Souvent, j’en profite pour tenter de comprendre quelque chose à toutes les différences de mode de vie que j’observe sur ma route. Autant dire que ça m’occupe l’esprit sans nécessairement déboucher sur de puissantes conclusions….

Heureusement, ce n’est pas le but !

Patrick : Tu as plein de souvenirs en tête, mais s’il fallait faire un choix, quel serait, à la date d’aujourd’hui ton meilleur souvenir ?

Clément : L’arrivée à Louxor, après 750 km de désert de sable, c’était le paradis, de l’ombre, un vrai repas copieux, une boisson fraiche et le reste de l’après-midi à la piscine dans le jardin de la Guesthouse !




Patrick : Quelle fut ta plus grosse galère ?

Clément : Une route fondue près de la mer rouge : le goudron était devenu liquide à cause de la chaleur. Les roues étaient prises dans 10 cm de cette boue visqueuse qui promettait de tout coincer une fois séchée…

Quelle galère pour nettoyer tout ça sans spatule, sans petit bout de bois, et sans se salir les mains car il fallait rationner l’eau potable.

Patrick : N’as-tu jamais eu l’envie de tout arrêter ?

Clément : De tout arrêter ? Non. J’ai cru une fois que j’allais devoir le faire, lorsque j’étais en Ethiopie, cloué au lit avec une fièvre de cheval et des douleurs dans tout le corps, sans trop savoir ce qui m’arrivait.

Comme souvent, des gens m’ont aidé pour trouver un médecin et me déplacer jusqu’à son cabinet. C’était une crise de palu. J’ai donc pris des médicaments, du repos et je suis reparti quelques jours plus tard !

Patrick : Ce genre de périple permet de rencontrer beaucoup de gens. Là aussi, s’il fallait faire un choix, quelle fut / furent ta ou tes meilleur(s) rencontre(s) ?

Clément : Je ne saurais pas comment choisir car il y a eu énormément de rencontres inoubliables. Parfois parce qu’elles m’ont permis de me tirer d’affaire, parfois parce qu’elles étaient intéressantes par elles-mêmes, parfois parce qu’elles étaient simplement très humaines…

Patrick : Y a-t-il un pays que tu as traversé et que tu n’as pas apprécié du tout et pourquoi ?

Clément : Je ne dirais pas les choses comme ça. J’ai trouvé la traversée de l’Ethiopie extrêmement éprouvante, pas seulement à cause du palu ou de la difficulté de l’effort physique. Avec un petit peu de recul, je me dis maintenant que c’est un des pays que je déconseillerais de faire à vélo. Pour moi, la population est dans une situation tellement difficile que la simple vue d’un touriste occidental est pratiquement perçue comme une provocation. Et rétrospectivement, c’est vrai que je ne suis pas un touriste qui va dépenser beaucoup d’argent en traversant ces villages, un bol de soupe par ci, un régime de bananes par là...

De ce fait, je suppose que les gens, convaincus que l’occidental est riche comme Crésus, se font un raisonnement du type : "tandis que chacun d’entre nous rame pour survivre, que vient-il faire ici sinon nous étaler sa richesse sous le nez sans la moindre retombée économique pour le village ?’’ De là aux réactions de dépit lorsque le touriste en question n’a fait "que" traverser le village sans laisser un tapis de dollars dans son sillage, il n’y a qu’un pas : jets de pierre, insultes, chapardage de tout ce qui dépasse du vélo... Ce n’est pas très agréable à vivre, et encore moins à désamorcer. Voila pourquoi je pense maintenant que ça a été une erreur que de pédaler en Ethiopie.

Patrick : Par contre, y a-t-il un pays que tu as traversé et que tu as beaucoup apprécié et pourquoi ?

Clément : Sans hésiter, la Thaïlande est le pays idéal pour le cyclotourisme : d’abord pour l’accueil qu’on y trouve, le raffinement et la richesse de la civilisation Siam dès lors que l’on s’y intéresse. Et puis, à un autre niveau, la qualité du réseau routier. La diversité des paysages, la gastronomie haute en couleurs et le coût de la vie modérée sont aussi des points forts de la Thaïlande !

Mais tout ça tu le sais aussi bien que moi, non ?



Patrick : Depuis ton départ de France en 2007, tu avais retrouvé une fois ta famille à Malte en début de ton périple afin de passer quelques jours de vacances avec elle. Ta famille te manque-t’elle ?

Clément : Bien sûr, c’est normal. Je pense très souvent à elle. Ceci dit, depuis le début, chacun dans ma famille (j’ai 7 frères et sœurs !) m’a soutenu à sa manière dans cette démarche. Sachant alors qu’ils la comprennent et l’approuvent, ça me motive pour continuer. Et puis, il faut savoir que déjà il y a 20 ans, nous partions à vélo en famille une semaine par-ci dans le charollais, une semaine par-là dans le massif central, pendant les vacances scolaires. On peut dire que c’est un peu "à cause" d’une famille pareille que j’ai attrapé la manie de voyager à vélo !

Patrick : J’ai ouï dire que tu allais faire un saut prochainement en France (sans ton vélo) Est-ce exact ?

Clément : Oui. Mon vélo avait envie de prendre un peu de vacances. Comme je suis compréhensif, je le laisse chez un ami à Bangkok et rentre passer deux semaines chez mon père !

Patrick : Depuis ton arrivée dans le sud-est asiatique, tu as pris l’habitude de venir faire un Break à Udonthani. Y a-t-il une raison à cela ?

Clément : Tiens, c’est marrant, on me pose souvent cette question… Oui, il y a bien une raison à cela !

(Clément ne m’en dira pas plus)

Patrick : Quels sont tes projets dans les jours ou semaines à venir ?

Clément : Je reprends la route dans quelques jours, et envisage de rallier Chiangrai, au nord de Chiangmai, d’ici la fin mars, puis de traverser le Laos depuis Houayxay jusqu’à Vientiane... avant de repasser par Udonthani... tiens tiens !

Patrick : Merci Clément et bonne continuation. Je te dis donc « A ton prochain passage à Udonthani » !

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Avant son prochain périple mentionné ci dessus, c’est devant une assiette de choucroute, un bon verre de vin blanc et une excellente « Banana-Split » que j’ai reçu Clément le dimanche 14 mars 2010.