Compte-Rendu du Festival du Film Asiatique de Deauville - JOUR 2

Par Alban Ravassard

Jour 2

Jour 2 à Deauville. Après avoir sciemment raté le film Tadjik en compétition qui passait à 9h30 (oui, je suis un lâche) il était temps de continuer à découvrir ses concurrents avec Paju.

Paju

 

Paju est un film coréen écrit et réalisé par une femme, ce qui n’est pas très courant. Je me suis donc déplacé pour l’occasion et il faut dire que je n’ai pas été déçu. En effet, Paju est un drame intimiste sur fond politique où règnent de bons sentiments mais aussi de très belles envolées lyriques qui ne sont pas, pour une fois, ridicules.

Le film est d’ailleurs parfois à la limite du voyeurisme et de la complaisance dans l’horreur, présentant un bébé qui se fait ébouillanter plein cadre dès les 5 premières minutes du film. Un corps calciné et quelques scènes de sexe assez crue viendront ensuite s’y ajouter. Mais le ton est juste, la caméra effleure les personnages, elle est toujours placée là où il faut pour ne pas trop en faire et surtout ne pas tomber dans l’excès.

Une véritable douceur émane de la mise en scène. Dommage que la structure du film suive un chemin chaotique. En effet, la narration est construite sur une succession de flashbacks et flash-forwards divers et variés qui au final nous perdent plus qu’autre chose. On s’y retrouve donc difficilement mais l’émotion, elle, reste intacte grâce notamment à une magnifique musique et quelques moments de grâce tels qu’un plan-séquence au ralenti où l’héroïne traverse des ruines alors que des dissidents y jettent des cocktails Molotov. Une belle découverte.

Judge

 

A l’heure où j’écris ces lignes nous savons que Judge a remporté le Grand prix de ce 12ème festival du film asiatique. Que dire si ce n’est que ce ne fut pas une grande surprise. En effet, le film possède toutes les qualités d’un bon film d’auteur français chiant qui se passerait dans une cuisine (et là des scènes silencieuses en plan fixe dans une cuisine, il y en a à foison).

Ton acerbe de rigueur certes, mais comment ne pas s’indigner devant un film aussi prétentieux et soit disant « moral » alors qu’il se révèle limite propagandiste ? Et encore si la narration avait été passionnante pourquoi pas mais l’ennui nous saisit à la gorge et ne nous lâche pas. Nous sommes pris en otages par ce film où se succèdent des plans fixes silencieux de durée excessivement longue et qui surtout ne racontent pas grand-chose.

Le tragique y côtoie d’ailleurs le ridicule. Il faut à ce titre voir la séquence où le juge se fait retirer son chien de force par une brigade de police spéciale pour le croire. Mais tout cela a bien sûr un but, mettre en parallèle une vie humaine et une vie animale afin que l’on en compare la valeur (la même ici, laissez-moi rire).

Evidemment comme l’on est un peu juste en temps (et beaucoup moins moralisateur et émotionnel) si l’on ne se concentre que sur le rapport entre le juge, son chien, et l’homme qu’il condamne à mort, le réalisateur a trouvé bon de greffer (d’ailleurs, c’est le cas de le dire) l’histoire d’un homme qui attend un don de rein et qui est près à tout pour récupérer celui de notre cher condamné, mort ou vif. Je vous laisse découvrir l’issue rocambolesque et franchement très limite de ce film improbable par vous-même, car j’avais déjà eu le temps de mourir 15 fois pour cause d’ennui sidéral. Quelle ironie.

All to the sea

 

Autre film d’une réalisatrice, cette fois japonaise et ayant une longue carrière dans la télévision, All to the sea avait sur le papier tout pour plaire. Une histoire légère, agréable et surtout un atout de charme en la personne d’Eriko Sato. Finalement, je n’aurais pas du écouter mes instincts voyeuristes primaires (qui ne seront, qui plus est, qu’à moitié comblés) et passer mon chemin tant le film est d’une lourdeur et d’une futilité absolue.

On se demande tout le long ce qu’on pourrait bien y sauver et je vous en donne la réponse de suite : son actrice principale, cela dit, pas forcément pour les bonnes raisons si vous voyez ce que je veux dire. On a donc le droit d’assister à deux heures de projection d’une niaiserie incommensurable doublés d’une mise en scène télévisuelle tout juste digne d’un drama quelconque.

Le film va très loin dans la frustration jusqu’à nous présenter l’héroïne qui offre littéralement son corps à un jeune adolescent qui préfère se faire dessus en s’excusant. Dommage la réalisatrice aurait pu se racheter un peu. Raté. Le tout culmine dans un final sur une plage doublé d’un ralenti ignoble tout droit sorti de 30 millions d’amis mais avec un humain dans le rôle du chien. Je ne sais pas quelle version je préfère. Next !

City of life and death

Alors que je n’attends plus rien de cette journée après les deux abysses d’ennui que je me suis coltiné juste avant, la consécration arrive enfin avec LA claque cinématographique du festival : City of life and death de Lu Chuan.

Que dire… Aucun mot n’est à même de retranscrire ce que j’ai vécu pendant 2h17 dans cette salle de cinéma. City of life and death traite du massacre de Nankin opéré par les Japonais, en Chine, lors de la seconde guerre mondiale. Et rien ne nous est épargné, nous assistons ainsi à des embuscades mais aussi à toutes les horreurs de la guerre : massacres collectifs, viols, tortures et autres abus en tout genre.

Le film regorge d’images fortes qui vous hantent bien au-delà de la séance. Certains trouveront et ont trouvé le film insoutenable, car il ne nous épargne rien mais il ne tombe jamais dans une forme de voyeurisme pervers, de complaisance ou de gratuité dans la violence. Au contraire, Lu Chuan manie sa caméra avec une grande intelligence ce qui donne une mise en scène au cordeau doublé d’un montage magnifique (la bonne coupe au bon moment), qui fait qu’u milieu de sa dureté implacable, le film garde « la bonne distance ».

 

Filmé dans un noir et blanc esthétique absolument incroyable, interprété par des acteurs de génie qui n’ont parfois pas besoin de mots tant leurs regards intenses valent tous les discours, City of life and death choque, étonne, révolte mais surtout émeut. Les séquences se suivent mais ne se ressemblent jamais, chacune apportant son lot d’horreurs mais aussi de créativité, d’invention, de justesse.

La véritable force du film réside dans l’intelligence qu’à Lu Chuan de traiter les deux camps quasiment équitablement, n’hésitant pas à donner un visage humain aux commanditaires de l’horreur absolue, humanité qui nous fournit des séquences à forte charge émotionnelle (on se souviendra longtemps d’un plan subjectif à couper le souffle, qui a rendu muette une salle de 1500 personnes…) à l’image d’un final poignant et encore empreint d’une forte tension sous-jacente.

J’ai presque honte d’en parler si peu alors qu’il y a tant de choses à en dire. Je vous invite donc à découvrir à tout prix ce véritable chef d’œuvre. Car oui, à un tel niveau de maîtrise cinématographique il n’y a qu’une seule dénomination qui prévale : chef d’œuvre. Purement et simplement.

La suite bientôt…