Rétrospective Robert Cahen - Le souffle du temps

Publié le 10 avril 2010 par Myriam

Si vous êtes à Paris, je vous invite à vous rendre au Musée du Jeu de Paume (jusqu'au dimanche 18 avril) à la rétrospective consacrée à Robert Cahen, vidéaste, réalisateur et compositeur de formation.

Invitation à un voyage, avec cette rétrospective de ses films et vidéos, cet artiste vous emmène vers des rives inconnues, vers des horizons picturaux insoupçonnés, dans des histoires à la fois réalistes et improbables.

Au détour d'une image vivace, fugace ou ralentie, précise ou floue, intermittente ou persistante, qui se dérobe ou s'affirme, vous serrez spectateurs, vous ressentirez l'enchevêtrement de votre dédale intérieur, vous parcourrez les étendues ondoyantes des blés semblables à vos cheveux, vous pourrez palper l'eau tellement limpide qu'elle en devient matière minérale, vous serez vous-même une ombre fugitive, vous pourrez approcher le monde flottant, ce monde ralenti, sans début, ni fin, ce monde éphémère et intemporel, délicieusement poétique...

"Le choix du ralenti par exemple, qui traverse toute mon œuvre, reste un des points primordiaux de mon écriture : il tente de raconter, entre autres, ce qui ne se voit pas, l'invisible, mais aussi dans son étirement, de proposer une partition nouvelle, une lecture ouverte pour le spectateur qui va se projeter dans les images ralenties et qui alors peut se raconter sa propre histoire. Il y a aussi la tension, le suspens de ce qui doit arriver, contenu dans le "ralenti", et puis comme le disait si bien Roland Barthes, il y a le "ralentir pour avoir le temps de voir enfin" (dans son livre "La chambre claire")." (1)

 


Beauté et fluidité des paysages, persistance de ceux-ci ou des visages ou des corps, ou liquéfaction des arbres, de la mer, du ciel, l'image danse, oscille et se répète, le temps joue, oscille et revient en arrière, la bande son - bruits des essieux sur les rails, battements secs, cris d'enfants, bruits de monitoring, etc... - jalonne, métronome le temps qui s'écoule inexorablement... alors que le cinéaste voudrait le retenir, le dompter, l'immobiliser...

Je reste encore avec le souvenir de cette dernière scène des "Sept visions fugitives" où nous sommes en Chine sur un marché. Caméra au poing, nous nous frayons un chemin parmi la foule, les hommes et les femmes présents nous voient ou nous ignorent, ou encore s'écartent au dernier moment, ils nous regardent curieux ou incrédules, et nous, nous les regardons amusés, un moment d'humanité singulière naît, le temps s'est métamorphosé l'espace d'un instant...

(1) Propos de Robert Cahen