Critique : Amelia (par Jango)

Par Jango


Synopsis :

L’Américaine Amelia Earhart fut une pionnière de l’aviation et une femme d’exception. Première femme à traverser l’Atlantique en avion, elle fut l’une des personnalités les plus célèbres et les plus admirées de son temps. Même une fois devenue une icône, Amelia ne renonça ni à son amour du danger ni à son esprit d’indépendance. Elle fut une source d’inspiration pour tous, y compris pour la Première Dame américaine, Eleanor Roosevelt, et pour les hommes de sa vie : son mari, George P. Putnam, magnat de l’édition qui géra sa carrière et orchestra sa gloire, et son ami et amant, le pilote Gene Vidal.
Lors de l’été 1937, Amelia se lança dans son pari le plus fou : un vol en solitaire autour du monde, dont elle savait que l’issue, quelle qu’elle soit, la ferait entrer dans l’Histoire…

Critique :
Sur le papier, le film Amelia (sortie au cinéma aujourd'hui) avait tout pour plaire (à minima sur le sol américain). Biopic sur l’une des femmes les plus reconnue de siècle dernier, Mira Nair à la réalisation, et un casting très honorable emmené par Hilary Swank, très proche physiquement de la vraie Amelia, suivie de près par Richard Gere, Ewan McGregor et Mia Wasikowska (Alice)
Très académique, le film Amélia l’est, sans doute trop pour un personnage qui l’était beaucoup moins.  Toute sa vie, l’aviatrice s’est battue dans un seul objectif : voler. Partout, tout le temps, quitte à se retrouver femme-sandwich pour des publicitaires surfant sur son aura auprès de la population. Une vie de 41 ans pour 7 records en avion dont la fameuse traversée de l’atlantique en solitaire. Plus de 70 ans après sa disparition, les spéculations continuent sur les conditions du crash alors qu’elle tentait d’effectuer le tour du globe par l’est.
L'histoire d'Amélia Eahart parle donc d’elle-même et l’on aurait pu croire qu’une adaptation hollywoodienne aurait contenu son lot d’émotions en tout genre. Mira Nair n’a pas choisi cette voix. C’est sans aucun parti pris et avec un classicisme rarement vu que son histoire sera, sans jeu de mot, malheureusement survolée.

En effet, le scénario de Ron Bass et d'Anna Hamilton Phelan se concentre essentiellement sur les 10 dernières années de se vie. Ce choix de cibler une période bien précise se trouve finalement confronté au décalage de la non prise de position globale. Pourquoi cibler si l’on reste très en surface des choses ? C’est malheureusement tout le problème du film car ce qui aurait pu être salvateur se révèle dans les faits relativement désarmant, l’ennui s’installant bien vite.
Les passages aériens, certes bien filmés n’arrivent jamais à perturber positivement la linéarité de la narration. Mais résumer Amélia à un film sur une femme et des avions serait un brin restrictif. Ses histoires d’amours, tout d’abord avec son chargé des relations publiques et mari George Putnam (Richard Gere), puis son flirte avancé avec Gene Vidal (Ewan Mc Gregor), sont abordées mais demeurent finalement très peu convaincantes dans leur traitement malgré un temps à l’écran non négligeable. Le focus de Mira Nair sur ces passages permettait d’appuyer l’idée qu’Amelia Earhart avait vécu ses rêves jusqu’au bout, jusqu’à refuser une vie familiale. Le ciel plutôt que son mari, son amant, ses amours. La liberté avant tout !

Dans la parfaite continuité du choix narratif général, la scène finale laisse libre court à votre imagination. Qu’à-t-elle fait, que feriez vous, le choix est laissé aux spectateurs d’alimenter les rumeurs sur la disparition de cette aviatrice hors norme, anticonformiste, recordwoman, simplement héroïne.
Biopic relativement faible, Amelia sent le film construit pour tout moissonner aux Oscars et émouvoir une audience américaine particulièrement friande de ces grands hommages cinématographiques... en vain.
Tandis que l’avion d’Amélia s’élevait dans les airs, nous autres sommes restés, à notre grand désarroi, coincés sur le sol de l'ennui.