Un mois d'absence...

Publié le 18 avril 2010 par Philippejandrok

Cela doit bien faire un bon mois que je n’ai pas écrit après mon passage au Festival de la Janadriyah en Arabie Saoudite, un salon d’art et culture, sans doute suis-je suffisamment modeste pour ne pas me faire mousser en disant qu’en dehors d’être un spécialiste en communication, un historien de l’art, j’ai une pratique artistique depuis trente ans.

Lassé par les sangsues, les galeries qui pompent tout le bénéfice d’un artiste, j’ai décidé de ne produire que pour moi et ma famille, pour ne pas avoir à me battre avec une galerie qui ne veut pas donner le chèque de ce qu’elle me doit pour avoir vendu mes pièces, idem pour mes grand tirages photographiques 2/4m réservés à des connaisseurs, de rares connaisseurs et amateurs de ma création.

Souvent on me demande :

- …mais pourquoi n’exposes-tu pas ?

J’ai exposé durant plus de 20 ans et je n’ai pas rencontré le collectionneur, la relation nécessaire pour projeter mon art sur le devant de la scène artistique, puisque je n’ai pas fait les concessions nécessaires, petits cadeaux, coucheries diverses, petits arrangements… alors quelques collectionneurs savent qui je suis et me font parfois l’honneur d’une commande, c’est ce qui m‘est arrivé dernièrement à mon retour d’Arabie, avec un homme qui a été ému aux larmes devant une série de mes dernières peintures.

- Mais pourquoi ne montrez-vous pas ce travail ? me demanda-t-il.

- Pourquoi le montrerais-je ?

- Et bien je ne sais pas, pour le public.

- Le public a bien d’autres soucis que de se préoccuper d’art pour le moment.

- Mais alors, ses merveilles resteront cachées.

- Peut-être, oui, le principal est que vous les voyez, le reste m’importe peu.

- Vous m’aviez déjà offerts des petites pièces, mais jamais je n’avais vu de telles œuvres.

- Je suis très secret en effet.

- Alexandre, Je ne sais lequel choisir…

- Je ne puis vous aider, c’est un choix que vous devez faire seul.

Pendant près d’une heure ce merveilleux homme ému aux larmes me faisait les descriptions les plus émouvantes de ce qu’il ressentait, je me dis à un moment qu’il exagérait peut-être un peu, mais non, il était… sérieux, si sérieux que cela m’a profondément ému, lui qui avait soigné Dali, Picasso, Matisse, me dit d’un air si bouleversé :

- Mon Dieu, si Cocteau voyait cela, il ferait de vous la coqueluche de Paris.

- Mais Coteau nous a quitté avec "les enfant terribles".

- Ah ! Oh il vous aurait adoré.

- Pas trop j’espère.

- Ah ! bien sûr, il avait tellement d’esprit, mais vous savez à mon époque on allait chez Picasso comme chez un ami, il n’y avait pas tout le fromage du pittoresque d’aujourd’hui, à tel point que lorsqu’il vit ma sœur, vous connaissez le portrait de ma sœur, n’est-ce pas ?

- Oui bien sûr, une très jolie jeune fille à l’époque.

 

- En effet, Picasso avait été séduit par sa beauté et il avait décidé de lui faire quelques assiettes, et puis un jour il me les sorties, il en avait cuite quatre pour elle.

- On le disait avare de cadeaux ?

- Oui, mais pas avec les jolies femmes. Écoutez Alexandre, (il m’appelle Alexandre), je vais vous prendre une pièce et j’irais à Baccarat pour faire une commande de cristal et nous ferons une œuvre en cristal, il sera encore plus beau que le cadeau du roi que l’on vous a commandé.

- Et bien, si vous le souhaitez, nous le ferons.

- Je garderais cette pièce disponible pour vous pour une exposition si vous en avez besoin.

- Oh, je vous remercie, mais je doute que nous puissions la déplacer une fois fixée sur un socle pivotant, le poids du cristal de cette dimension équivaudra certainement à 130kg, plus le poids du socle au moins 150 à 170 kg, soit près de 300kg en tout, une fois disposée, on ne pourra plus la bouger, mais qu’importe, je vous remercie pour votre généreuse proposition, mais je ne fais que des pièces uniques, alors vous gardez la votre et j'en ferais d'autres.

- Mais, pour vous rendre service...

- Vous me rendez déjà service en reconnaissant mon travail, par comme d'autres...

Nous avons passé une des plus agréables après-midi de ma carrière d’artiste, avec un ami, un homme d’une grande culture, éduqué, charmant, respectant sa parole.

Et voilà aussi pourquoi, je ne veux plus avoir à faire avec ces maudits galeristes, ces voleurs de talents qui se prennent avec arrogance pour des artistes avec un savoir livresque qui leur enlève toute intelligence du sentiment.

À peine les entend-on parler que l’on a déjà envie de leur coller une baffe pour qu’ils la ferment. Comme si les œuvres n’étaient elles-mêmes pas porteuses d’un message, comme si elles empêchaient les êtres les plus simples de les éprouver.

J’ai beaucoup exposé dans des Salons pour rencontrer le public, pour être en contact avec l’homme de la rue, pour comprendre son sentiment, son émotion et souvent, je me nourris d’avantage de la joie d’un enfant ou de celle d’un sourd muet que de la réflexion d’un pédant qui croit tout comprendre avec une terminologie absconse qui lui donne l’air d’être plus intelligent que les autres, le pauvre, si seulement il savait que son intelligence et  ses phrases sont dignes du caniveau.

Le contact avec l’homme de la rue c’est la vérité pure du sentiment, car sa réaction parfois simple, est particulièrement évocatrice et d'autres fois vous rencontrez un paysan sans éducation qui possède une sensibilité hors du commun qui vous bouleverse, c’est pourquoi je m’efforce de ne pas juger, ce qui, parfois, est bien difficile, surtout avec les galeristes et les diplomates, vous comprendrez plus tard, lorsque je vous dresserais un tableau édifiant d’une diplomatie exécrable à gerber.

Allez, nous vivons une époque formidable…