Tengri, le bleu du ciel (Marie-Jaoul de Poncheville, 2009): chronique cinéma

Par Cineablog

TENGRI, LE BLEU DU CIEL
un film de Marie-Jaoul de Poncheville
Avec Albina Imachova, Ilimbek Kalmouratov, Hélène Patarot, Aïbek Zhumabekov, Tabildi Aktanov, Taalaïkan Abazova, Bousourman Odourakaev, Nicolaï Marousitch, Askat Soulaïmanov
Genre: drame
Pays: France, Allemagne, Kirghizistan
Durée: 1h36
Date de sortie: 28 avril 2010

Au cœur de la steppe kirghize, Amira vit une existence malheureuse dans sa tribu nomade. Mariée de force à un mercenaire islamiste impuissant et absent, elle aide sa sœur aînée victime des maltraitances de son mari dans les tâches quotidiennes. Un jour arrive un homme mystérieux, Temür, ancien marin et fils d’un ancien chef de tribu. Solitaire et à l’écart, il aide néanmoins la petite communauté et tombe très vite amoureux d’Amira qui l’aime en retour. Leur liaison interdite va les obliger à fuir au-delà des montagnes, pourchassés par le mari d’Amira et ses hommes. Un voyage périlleux entre les montagnes et le ciel, vers une quête de liberté empêchée par les traditions et les lois tribales.

Fascinée par l’Asie Centrale après y avoir tourné pour la télévision Sept femmes au Tibet, Marie Jaoul de Poncheville y a puisé l’essentiel de sa filmographie. Que ce soit Lung Ta, les cavaliers du vent qui raconte le Tibet quarante ans après l’invasion chinoise, ou encore Molom, conte de Mongolie et Yönden, la caméra de la cinéaste contemple patiemment les superbes paysages de cette région reculée du monde mais aussi les visages des peuples qui y vivent. Tengri, le bleu du ciel ne fait pas exception. Tengri est la divinité des nomades, insaisissable et partout présente dans le ciel qui s’ouvre vers l’infini. Lorsqu’ils regardent cet azur incertain, Amira et Temür y trouve le réconfort et l’espoir, l’espoir d’une vie meilleure après bien des souffrances. Si Temür porte souvent son regard vers le passé, un passé asséché comme la Mer d’Aral qu’il avait l’habitude de naviguer, Amira préfère porter le sien vers l’avenir, un avenir qu’elle souhaite maternel.

Tengri, le bleu du ciel n’est pourtant pas seulement un film d’amour, c’est également un regard aiguisé sur la condition féminine des peuples tribaux et une ode à la transgression des frontières. Région pauvre, délaissée, souvent jonchée de ruines ou de cadavres rouillés de machine, les clandestins ou les armes y passent à la faveur des mafias locales. Mais dans les yourtes de la communauté, le quotidien est fait de labeur auprès des bêtes. Même si le jeune Taïb rêve d’internet et de rap, le poids de la tradition est incontournable. On chante souvent le manas, épopée mélodique improvisée où chacun peut évoquer ses joies et ses peines. Monument du folklore kirghize, ce chant mêle les héros mythologiques aux histoires quotidiennes et permettent, notamment aux femmes, de se libérer de leurs tourments.

On découvre dans ce film d’excellents acteurs kirghizes, exceptée Hélène Patarot dans le rôle de la belle-mère. D’origine vietnamienne, elle a notamment joué pour Christopher Doyle dans Paris, je t’aime mais surtout pour Jean-Jacques Annaud dans L’amant. Albina Imachova, superbe et rebelle dans le rôle d’Amira, témoigne d’une fraîcheur de jeu fort agréable face à Ilimbek Kalmouratov, dans celui de Temür, plus sombre et mélancolique. Les regards, les silences et les gestes esquissés font du couple deux êtres prêts à vivre l’impossible pour consumer leur amour, un amour sans frontière et sans limite que celles du ciel. Pour eux, le bonheur est à trouver au-delà des pics montagneux mais surtout au-delà des traditions qui les accablent. Un film beau tout simplement et surtout universel.