L'HEURE ZERO de PASCAL THOMAS

Publié le 03 mai 2010 par Abarguillet

   BANDE ANNONCE

Décidément Pascal Thomas semble apprécier l'intrigue policière à la Agatha Christie. Après Mon petit doigt m'a dit,  il porte à l'écran en 2007  L'heure zéro, Cluedo marin et sentimental que je revisionnais hier soir sur France 2 avec une certaine déception. Un été, Guillaume Neuville ( Melvil Poupaud ), rentier cynique et extravagant, convie dans sa demeure familiale, un manoir hitchcockien sis à Dinard, littoral breton empreint d'une atmosphère très british, son ex-femme Aude ( Chiara Mastroianni ) et sa nouvelle compagne Caroline ( Laura Smet ). Deux donzelles aussi opposées que le feu et l'eau, l'une excessive et jalouse jusqu'à l'hystérie, l'autre passablement mélancolique. La situation amuse un temps la charmante tante qui les reçoit, Camilla Tressillian ( Danielle Darrieux ), que l'on retrouvera, un matin, dans son lit, le crâne fracassé.
     

Crime parfait ? Qui sait ? Le commissaire Martin Bataille (  François Morel, aussi perspicace qu'un rien déjanté et farfelu au point de friser la caricature ) mène l'enquête, écartant au fur et à mesure les pistes les plus évidentes, car l'amusant, dans une narration aussi haute en couleur, est que chacun des personnages aurait pu avoir un motif ( non avouable bien sûr ) de supprimer l'autoritaire et richissime vieille dame... Pascal Thomas sait fort bien relever de façon piquante et savoureuse l'intrigue de la romancière anglaise et lui conférer son style personnel, mais il exagère dans le ridicule et, en poussant certains de ses personnage  à l'excès, il finit par les rendre peu crédibles. A mon humble avis, il se joue des codes du genre avec trop de désinvolture, si bien que le film baigne dans une ambiance, certes intemporelle, mais perd de sa force et de sa vraisemblance. Le génie de Hitchcock était de pimenter astucieusement un met, toujours composé avec une rigueur scrupuleuse. En nous conviant à un jeu de piste haut de gamme, Pascal Thomas se plaît à rendre l'atmosphère désuète, qui n'a d'hitchcockienne que l'ambition, des dîners mondains, des domestiques qui écoutents aux portes, des ascenseurs en panne, et nous dépeint avec des traits de cruauté très justes et une certaine drôlerie une petite société oscillant entre pulsions inavouables et frustations déprimantes.

    

Surtout, il a su choisir ses interprètes : bien que Laura Smet en fasse trop ( et je pense que le personnage d'Agatha Christie avait peu de points communs avec elle ), elle nous dévoile un tempérament comique en endossant le rôle d'une jeune intrigante forte en gueule, mal élevée et sans gêne, face à Chiara Mastroianni, diaphane et silencieuse, tout de noir vêtue, portant le deuil de son amour défunt. Quant à Alessandra Martines, elle est le genre de vieille fille que de nombreux célibataires se plairaient à distraire, sans oublier Danielle Darrieux, en adorable octogénaire opiomane, dont le charme semble inoxydable et plus moderne que celui de bien des comédiennes d'aujourd'hui. Un opus qui, sous les dehors d'une balade estivale, nous plonge dans les tréfonds de la nature humaine au point d'ébranler les certitudes du burlesque  policier. Au final, ce long métrage est un mélange assez peu convaincant d'humour noir et de psychologie, et se contente d'être un divertissement plaisant pour des soirées désoeuvrées.