5150 Rue des Ormes

Par Munch

Le cinéma de genre au Québec est plutôt rare, sauf s’il s’agit d’une comédie(Karmina 1 et 2, Bon Cop, Bad Cop, De père en flic). Le film de genre québécois est souvent un sous-produit ressemblant à de la mauvaise série B américaine, que ce soit dans l’horreur/fantastique (Sur le seuil, Grande ourse, La dernière incarnation), l’action (Le Dernier souffle, Transit) ou le thriller (Liste noire, La Conciergerie, Détour, Caboose). Pour l’horreur, il faut se tourner vers les films anglais pour avoir une plus grande originalité ou tout simplement avoir un film qui s’assume (Urban Flesh, End Of The Line, $lasher$ ).

Le cinéma de genre est rare au Québec parce qu’il n’est jamais vraiment réussi, parce qu’il n’est jamais vraiment bon, parce qu’il finit toujours par ressembler à un produit américain avec tout ce que cela comporte de bons et de mauvais côtés.

Il y a quand même eu des réussite au Québec si on pense à La Peau blanche, Dans le ventre du dragon ou même Pouvoir intime, même si ce dernier date de 1987.

5150 Rue des Ormes, ne fait pas exception à la règle, bien qu’il soit à moitié réussi, le côté mou, plate, redondant, soporifique, embarassant est beaucoup plus grand et prend le dessus sur son côté intéressant et efficace.

2e adaptation à l’écran d’un roman de Patrick Sénéchal et pour l’auteur et pour Eric Tessier qui nous avait donné un Sur le seuil assez bancal, peu effrayant et reposant sur les épaules d’un Michel Côté en grande forme au côté d’un Patrick Huard surjouant et bleaché-à-la-Villeneuve, le film multipliait les effets chocs de façon quelconque et tarabiscotait une intrigue religieuse assez insipide pour une finale grand guignolesque assez réussi mais ne justifiant jamais sa raison d’être ou sa monté dramatique pour avoir un peu de sens. Tessier nous avais donné au même moment Vendus, comédie noire, Tarantin-esque/Coen-esque assez honteusement lamentable qui faisait paraître Sur le seuil pour un sacré bon bout de cinéma local. Deux films très différent où les ambitions et le talent de Tessier était visible à l’écran. Il semblait handicappé par des scénarios pauvres et une mise en scène trop zèlée qui manquait de sens et de réalisme.

Tessier reviens, donc, derrière la caméra pour nous faire peur encore une fois dans un thriller plus psychologique qu’horrifique. Il installe dès le début, une ambiance de mystère et la première partie du film fonctionne bien même s’il faut suspendre notre incrédulité à 334% lors de l’élément déclencheur, la scène de capture de Yannick (Marc-André Grondin). La scène est assez risible et est de plus, maladroitement mise en scène au point où on ne peut y croire. Sauf si on veut bien croire que Grondin est un garçon très très curieux (il était curieux avec sa sexualité dans C.R.A.Z.Y. après tout).

Une fois la scène passé, la suite demeure intéressante et mystérieuse, dumoins tout ce qui à trait avec Jacques Beaulieu (Normand D’amours), le psychopathe/père de famille qui séquestre Yannick. Beaulieu semble avoir une mission une raison de commetre ses actes et tout ce qui y touche est curieusement fascinant…

…jusqu’à la 2e partie du film où illogisme, incohérence, raccourci scénaristique, stupidité, rythme saccadé, longueur et surcharge scénaristique prenent le dessus pour transformer le film en pot-pourri qui fini par ne rien sentir d’autre qu’un résumé de livre. La mise en scène qui se voulait au début mystèrieuse et pleine de suspense fini par ressembler à un simili-vidéoclip. On multiplie les images des parents de Yannick de façon symbolique même si on ne connait aucunement le rapport de sa relation avec ceux-ci en ne les ayant vu qu’une seule fois (son père à l’air colérique mais les dialogues nous laisse comprendre que sa mère est alcoolique alors…j'imagine qu'il n'est pas méchant...). Tout à coup, comme ça parce qu’il le faut Yannick sombre dans la folie de façon assez rapide et radicale, souligné par une succession rapide d’images où la pièce dans laquelle il est séquestré se referme sur lui comme s’il faisait une désintoxe à la place de Renton dans Trainspotting. Ensuite, Yannick sombre encore plus dans la folie en faisant apparaître un marqueur noir (c'est pour ça qu'on les appelle magic marker!). Il dessine des échiquiers pour trouver la formule gagnante pour battre Beaulieu au échec (parce qu’entre temps le film s’est transformé de façon artificielle en joute psychologique sous fond de jeu d’échec entre Beaulieu et Yannick), victoire qui lui donnerait sa liberté. Yannick finie par se réfugier dans une pièce blanche où l’on doit comprendre qu’il étudie la psychologie de Beaulieu tel un Bobby Fisher en devenir. Ces scènes sont assez maladroitement amené puisque même Grondin semble surpris de se retrouvé devant un écran vert.

Le récit nous tiens en haleine jusqu’à la 2e partie où un tas d’aneries (suicide, meurtre, tuerie, évasion ratée, évasion semi-ratée, évasion réussi puis ratée) accéléreront le rythme du film sans jamais prendre le temps de bien installer, le suspense, les enjeux, etc… La seconde moitié est donc surchargé au niveau scénaristique et Tessier semble manquer de temps alors il tourne les coins ronds et amènes des intrigues qu’il n’a jamais le temps de développer et garoche une finale décevante où les éléments chocs sont plus écrit et télégraphiés que prenants.

Les dialogues sonnent comme du Shakespeare dans la bouche de D’amours qui se mérite un Jutra pour sa performance. Mais parfois il frôle l’amateurisme (il faut voir la réaction du petit ami de Michèle lorsqu’il découvre qu’elle est la fille du kidnappeur. Une pure merveille!)et sont souvent beaucoup trop explicatif genre : « C’est de ta faute Jacques Beaulieu, si tu ne m’avais pas frappé dans le ventre quand j’étais enceinte ta fille serait normale. » ou « Papa, on a juste à faire comme d’habitude avec les autres que t’as tué. » etc…

Normand D’amours est incroyable dans son rôle de vilain. Il est le psychopathe le plus intéressant du cinéma depuis fort longtemps. Étant complexe dans sa quête de justice, il est un tueur avec une conscience, une mission même si à la fin on l’escamote un peu en lui donnant des actions indignes de son personnage dans une finale précipitée et étrangement non-culminante. Il n’est ni-noir, ni blanc et son personnage pourrait être digne d'un débat sur la question du justicier moderne.

Le reste de la distribution s’en tire plutôt bien avec des personnages stéréotypés. À commencer par Grondin qui bien qu’il soit convaincant, reste le personnage le moins bien écrit. Curieux de façon ridicule au début, il devient passif sans jamais chercher à comprendre ce qui lui arrive et pourquoi. Il n’agit jamais comme l’ado qu’il est supposé être, et jamais l’on ne sens son désir de vouloir s’enfuir. Pas que Grondin joue mal, c’est plutôt dans l’écriture de son personnage que le problème réside. On lui en donne très peu et il semble pris dans les méandres de règlements du thriller 101. Chaque fois qu’il a la chance de s’évader ce n’est que pour créer un suspense où son personnage n’est qu’un déclencheur artificiel. S'il avait une voiture, elle ne démarerait pas.

Sonia Vachon se défend bien mais son personnage est un peu anachronique. Une « Jesus Freak » habitant Montréal en 2009 n'est pas super crédible, dumoins pas si le personnage est aussi caricatural. Heureusement Vachon n’exagère rien et joue dans le ton cette femme soumise à son mari et à Dieu mais dont le destin tragique nous fait questionner sa foi chrétienne. Pour ce qui est de Mylène St-Sauveur qui joue Michèle, la fille ado-rebelle-pleine-de-hargne, n’est pas très convaincante. Elle est la "fille à papa" où celui-ci lui apprend les rudiments du métier de tueur pour qu’elle puisse continuer son œuvre. Elle se contente de bouder, de soupirer et de froncer les sourcils pas qu’on lui en demande beaucoup plus mais elle ne fait pas le poids devant les autres acteurs tous meilleurs qu’elle. Et il ne faut surtout pas oublié la grande contribution de Nicolas Canuel, un habitué du cinéma de Tessier qui nous donne ici sont meilleur rôle en jouant un chauffeur de taxi. Une seule réplique et il disparaît. On l’aime comme ça Canuel, absent de notre écran.

5150 Rue des ormes commence bien mais dévit assez rapidement de son sujet et se perd assez vite dans plusieurs sous-intrigue qui lui fait perdre son suspense et notre intérêt pour ainsi se terminer de façon assez banale puisqu’éssouflé d’avoir couru trop de lièvres à la fois. C’est dommage car le film aurait gagné à être un peu plus resseré en éliminant certaines sous-intrigues ou un peu plus long en developpant les sous-intrigues. De plus, le film nous laisse avec des questions assez importantes : Michèle prendra la succession de quoi si Beaulieu à terminé son projet? Qu’arrive-t-il à Michèle? Mais la plus importante, est-ce que Nicola Canuel ira voir son ami et collègue Jacques Beaulieu à l’asile?

Il en reste une ambiance digne des grand suspense et une bonne maitrise formel de Tessier qui semble en mesure de nous donner quelque chose d'encore mieux la prochaine fois.