De la «datura stramoine» dans des boîtes de con-serve… La fin des haricots !

Publié le 06 mai 2010 par Kamizole

Je ne plaisante pas… La découverte de “Datura Stramonium L.” dans des boîtes de haricots verts – vendus sous la marque «Notre jardin» des magasins Leclerc et sous la marque U dans les magasins U - peut avoir de graves conséquences. Cette plante est non seulement «impropre à la consommation» mais surtout peut s’avérer très dangereuse. La mise en garde lue sur 20 minutes ce matin Des boîtes de haricots verts rappelées par le fabricant préconisait de consulter un médecin en cas de sécheresse de la bouche ou de vertiges après ingestion d’une boîte de haricots verts. Avant même d’aller rafraîchir ma mémoire sur Wikipedia, il m’était évident que la bouche sèche indiquait un effet atropinique marqué.

C’est bien le cas. Outre de l’atropine, datura stramoine contient d’autres alcaloïdes : l’hyoscyamine – que l’on trouve notamment dans d’autres solanacées comme la jusquiame qui lui a donné son nom, la belladone et la mandragore - et la scopolamine. Tous connus pour leurs effets atropiniques. La scopolamine étant utilisée comme anti-spasmodique et n’étant en rien un médicament anodin, tant sur le plan cardiaque – avec bien évidemment, comme l’atropine, une contre-indication absolue en cas de glaucome – que sur celui du psychisme : le Vidal parlant d’hallucinations possibles chez les sujets âgés.

Or, datura stramoine est bien connue depuis la plus haute Antiquité et même avant, s’agissant du chamanisme, pour son utilisation hallucinogène dans des pratiques divinatoires. La vénéneuse datura stramoine est réputée la plus toxique des solanacées. Je lis que «de très petites quantités suffisent pour déclencher une intoxication grave, l’ingestion de 4 à 5 g de feuilles suffit pour tuer un enfant». Bigre !

Bien que l’on sache qu’elle est utilisée par les maraîchers dans la lutte contre les doryphores – qui attaquent surtout les plans de pommes de terre pour autant que je m’en souvienne – les doryphores y pondent les œufs et les larves s’empoisonnent en se nourrissant de la plante, j’aimerais que l’on m’expliquât comment une plante dont la taille peut aller de 30 cm à 2 m de hauteur et dont – surtout ! – l’odeur est nauséabonde, peut se trouver mélangée à des haricots verts.

A mon avis, cela signifie deux choses. D’une part les maraîchers qui ont fourni les haricots verts en cause n’apportent pas suffisamment de soins à leurs cultures. Evidemment, les champs où ils font pousser leurs haricots verts n’ont rien de comparable avec les quelques rangées des jardins solognots que j’ai connus pendant les vacances dans ma jeunesse, et même sachant que c’est un sacré boulot – j’y ai prêté suffisamment la main pour le savoir – ces producteurs ne font pas preuve du professionnalisme nécessaire.

D’autre part, il semble évident que la cueillette a dû être effectuée mécaniquement comme c’est le plus souvent le cas sur de grandes exploitations. Les machines étant bien entendu incapables de discerner “le bon grain de l’ivraie”… Raison supplémentaire pour apporter beaucoup d’attention à ce qui entoure les rames de haricots verts avant le passage des machines.

Ne fréquentant que fort rarement les magasins Leclerc, je ne saurais dire ce que valent les produits de leur gamme «Notre jardin»… mais qu’il soit fort mal entretenu relève de l’évidence.

Les personnes qui auraient acheté ces produits – des boîtes de 220 ou 440 g de haricots verts extra-fins ou fins, avec une date optimale au 21 août 2013, numéros de lot commençant par L9244047, L9245047, L9247047 – sont priées de les reporter dans les magasins où elles seront remboursées… Encore heureux ! D’autre part, le fabriquant, la société BCI, à mis en place un numéro vert gratuit le 0 800 091 091.

Un autre article de 20 minutes remontant au 23 avril 2010 et que je n’avais pas eu le temps de lire apprenait que Blédina rappelle des petits pots pour bébé. J’étais assez intriguée en lisant le sous-titre «Des petits pois pour adultes ont été malencontreusement mélangés dans des préparations infantiles…». Je supposais bien que ce n’était pas la taille des petits pois qui était en cause, les légumes des petits pots étant en purée pour autant que je le sache.

Or, s’agissant de l’alimentation des bébés, la réglemen-tation prescrit un nombre de contrôles beaucoup plus important que pour les légumes utilisés pour celle des adultes, autant sur les lieux de production que dans les usines. Or, explique Blédina «Des petits pois destinés à l’alimentation courante ont été malencontreusement mélangés par un de nos fournisseurs à une partie d’un lot de petit pois destinés à l’alimentation infantile».

Malencontreusement ? J’aimerais bien les croire… Je pense qu’il s’agit bien plutôt d’un margoulin qui ne pensait pas être pris par la patrouille. Ni vu ni connu, j’t’embrouille. Ces petits pois ne viendraient-ils pas de Chine, par hasard ? L’arnaque semblant y être nouveau sport olympique national. On verra dans ce rappel un heureux effet de la “traçabilité” des produits. Je suppose que désormais le producteur en cause pourra aller se faire “habiller chez Plumeau” en ce qui concerne les contrats avec Danone, propriétaire de Blédina.


Danone n’a décidément pas de chance ! Il vient de renoncer à vanter les bienfaits pour la santé de deux de ses produits vedettes avais-je lu dans Le Monde et d’autres titres. Serait-ce la fin des fameux “alica-ments” ? Produits alimentaires des plus banaux mais parés de toutes les vertus pour la santé. Tel était bien le cas «des yaourts Activia (2,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2009) et du lait fermenté Actimel (1,2 milliard). Des produits représentant à eux deux presque 25 % du chiffre d’affaires du groupe».

Danone souhaitait obtenir de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) un “label santé” qui l’eût autorisé à en faire état es qualité dans les publicités. Restait à démontrer d’une part qu’Actimel améliorerait les défenses intestinales et serait utile dans les diarrhées aiguës et d’autre part qu’Activia faciliterait la digestion et le transit intestinal.

Il faut croire ces agréments loin d’être acquis d’avance car Danone - invoquant “le manque de visibilité dans l’application du règlement européen sur les allégations santé” – a préféré retirer ses demandes et annonce modifier sa communication publicitaire pour ces produits, renonçant à invoquer un quelconque bénéfice pour la santé.

Pour comprendre la décision de Danone il faut savoir que l’EFSA avait retoqué en février 2010 un autre des alicaments du groupe : l’Immunofortis - un cocktail de «prébiotiques» incorporé dans les aliments pour bébés et vanté par le groupe alimentaire Danone comme un moyen de renforcer leur système immunitaire. Il s’agissait en fait d’oligosaccharides – de la famille des fructoses, galactose, glucose et mannose – et de polysaccharides dont les plus connus dans la nature sont la cellulose et l’amidon et utilisés comme additifs alimentaires sous forme de fibres ou de gomme arabique…

Faire du poids en arguant d’un quelconque bénéfice sur la santé ! Danone soutenait en effet que l’Immunofortis – dont elle vantait les bienfaits en soutenant qu’il permettait de lutter contre les infections et les eczéma chez les enfants – produit mis au point par les chercheurs du groupe Numico, un des leaders mondiaux du lait infantile racheté par Danone en 2007. L’EFSA avait considéré que “Les preuves avancées par Danone Baby Nutrition pour affirmer que l’immunofortis renforce le système immunitaire des bébés sont insuffisantes”.

C’est ben vrai quoi : le lait d’beu est au moins aussi efficace ! Il faudrait peut-être arrêter de prendre les consommateurs pour de parfaits couillons que l’on peut enfumer grâce la pub.

Il faut savoir que l’intérêt des produits censés améliorer ou restaurer la flore intestinale - de types levures ou autres flores bactériennes non pathogènes – n’a jamais été démontré, a fortiori s’agissant de diarrhées aiguës ! Alors penser que des yogourts, fussent-ils améliorés par un apport supplémentaire de produits du même tonneau pourraient avoir un effet bénéfique relève du pur mensonge publicitaire.

En face d’une diarrhée sévère, il faut déjà chercher la cause, bactérienne ou parasitaire, prise d’antibiotiques, ou simplement diarrhées d’irritation de la muqueuse intestinale, etc. A chaque cause, son traitement spécifique. Sans oublier l’indispensable réhydratation notamment chez les bébés et les enfants. Lors des différents stages que je fis dans des services de pédiatrie de l’hôpital Hérold (aujourd’hui fermé) pendant mes études d’infirmière, nous remplacions les biberons de lait par de l’eau de riz, de la carotte et/ou de la caroube. Ce sont encore les vieux remèdes de bonne femme qui semblent les plus efficaces !

Quant à l’eczéma – dermatose allergique touchant un certain nombre de nourrissons et jeunes enfants - qu’il me soit permis de douter sérieusement de l’efficacité du cocktail tel que l’Immunofortis ! D’autant qu’il ne me semble guère judicieux d’ajouter encore davantage de sucres divers à un lait infantile.

S’ils n’ont à ma connaissance aucun rôle direct dans l’eczéma, ils ont en revanche une incidence non négligeable sur le “terrain” et point n’est besoin de se demander pourquoi le nombre d’enfants obèses ne cesse de croître avec tous les sucres divers ajoutés dans nombre de produits de l’agro-business, à commencer par le sirop de glucose. Au risque d’en faire à terme des diabétiques.

Je fus proprement ébaubie en lisant sur 20 minutes Activia et Actimel, des «alicaments» désormais coquilles vides… mais chères : Danone n’aurait pas investi moins de 12 millions d’euros de recherches, 7 études cliniques à la clef, «dont dont la plus onéreuse aura coûté 4,5 millions d’euros» ! Ben, mon colon, tout ça pour ça… Je comprends qu’ils aient les boules.

Mais comment ne se seraient-ils pas douté que c’était du pur pipeau. Pas plus de fondement que les alchimistes de jadis à la recherche de la pierre philosophale – certains abusaient d’ailleurs des dupes – ou de la quadrature du cercle. En n’ayant garde d’oublier ceux qui prétendent découvrir aujourd’hui la vis sans fin…

J’ai soigné un malade un peu déjanté qui nous l’affirmait sans rire. Avec mon interne préféré nous n’osions lui demander si par extraordinaire il n’aurait pas vécu au temps de Léonard de Vinci. mais nous rigolions sous cape et tout à fait franchement dès que la porte de sa chambre était franchie, de même manière que – il était hypocondriaque – prenant sa température plusieurs fois par jour et notant tout sur des cahiers, il n’arrêtait pas de répéter au moment de la visite : «je mouille, je mouille», parlant bien évidemment de transpiration. Mais nous l’entendions tout autrement et avions bien du mal à garder notre sérieux, surtout en guettant les réactions les un(e)s les autres du coin de l’œil… Forcément vicieux !

Franchement : regardez les photos d’une boîte de lait à l’Immunofortis. Tellement rassurantes ! Bien dans la veine de la calinothérapie actuelle, non ? Le petit ourson blanc est craquant. Après le cooconing qui semble avoir perdu du terrain, du “care” en veux-tu, en voilà !