Avis de gros temps : plan de rigueur en France !

Publié le 07 mai 2010 par Raphael57

"Nous travaillons aussi à garantir la prospérité, les emplois et donc la pérennité de notre modèle social. Le secteur de l’enseignement supérieur, de la formation et de la recherche sera pourvu de 19 milliards d’euros pour faire de la France le pays d’Europe le plus attractif pour les chercheurs, les investisseurs et pour les étudiants". Cette déclaration, qui relève à la fois de l'incantation et de la méthode Coué, est issue d'un discours tenu par François Fillon à l’occasion de la visite du réacteur de recherche Jules Horowitz du CEA. Il me semblait pourtant qu'on avait déjà entendu des paroles semblables au niveau de l'Union européenne dans le cadre de la stratégie de Lisbonne : en mars 2000, les chefs d'Etat et de gouvernements de l'UE s'étaient fixé pour objectif de faire de l'Union "l'économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique au monde d'ici à 2010"... Avec les résultats que l'on connaît.

Sur ces entrefaites, un communiqué publié par Matignon annonçait que "pour les trois années à venir, les dépenses de l'Etat, hors charges d'intérêt de la dette et hors dépenses de pensions, seront gelées en valeur". Jusque lors, les dépenses de l'Etat n'augmentaient pas plus que l'inflation chaque année, ce que l'on qualifiait de volume zéro. Mais le Premier ministre est allé plus loin en disant que "les dépenses de fonctionnement courant de l'Etat diminueront de 10 % en trois ans, avec une baisse de 5 % dès 2011. Un effort de productivité de même ampleur sera demandé aux opérateurs de l'Etat".

Pour en rajouter une couche, le meilleur ministre des finances de l'Europe Christine Lagarde est revenue sur le fétichisme de la question de la réduction du déficit public, lors de la séance des questions au gouvernement au Sénat. Extrait : "Je crois profondément que nous devons nous orienter sur un chemin de restauration des grands équilibres de nos finances publiques. C'est ce que nous allons nous atteler à faire dans les mois et dans les années qui viennent parce que c'est un travail de longue haleine, un travail de fond et c'est un travail sur lequel la souveraineté nationale est en cause". J'ai pourtant souvent expliqué que la réduction du déficit ne peut être un objectif ultime de la politique économique sous peine de passer à côté des vrais questions (inégalités, répartition, compétitivité,...).

Puis le clou fut enfoncé par Luc Chatel qui affirma que "tous les Français seraient touchés, au nom de l'exemplarité". Même les évadés fiscaux, les gens cachés derrière le bouclier fiscal, les profiteurs de niches fiscales, les chanteurs non résidents du 14 juillet, etc. ? Et que va-t-on dire aux 8 millions de personnes (13,4 % de la population) qui vivent avec moins de 908 euros par mois, c'est-à-dire qui sont en dessous du seuil de pauvreté ? Diminuer les dépenses d'intervention de l'État engendrera encore plus de pauvreté puisque la plupart des dépenses de l'État sont en fait des aides aux ménages... Mais l'État fera également 5 milliards d'euros d'économies sur les niches fiscales, promis juré !

Alors pourquoi s'entêter dans cette voie ? La réponse nous est donnée par le Premier ministre lui-même qui "a rappelé l'importance du prochain budget triennal pour assurer la crédibilité de notre stratégie de redressement des comptes publics". Crédibilité face à qui ? Face aux agences de notation à nouveau... Je n'aurai de cesse de répéter tous les problèmes qui sont liés à ces agences privées et que j'ai déjà évoqués dans ce billet ou dans celui-ci. Le lecteur intéressé par cette question de la fiabilité du jugement émis par les agences de notation pourra se reporter à cet excellent article paru dans le quotidien Le Monde qui traitait du désormais célèbre portefeuille Abacus de Goldman Sachs.

Laissons le mot de la fin au porte-parole du gouvernement : Luc Chatel a démenti qu'il s'agisse d'un plan de rigueur, tout au plus peut-on parler d'une "politique budgétaire sérieuse"... Vive le pouvoir d'achat, l'égalité et la pauvreté en 2012 !

N.B : je serai absent du samedi 8 au lundi 17 mai inclus. J'en profiterai pour étudier l'économie ailleurs qu'en France, en Allemagne et aux États-Unis pour une fois...