112. Now My Heart Is Full

Publié le 10 mai 2010 par Dylanesque
"Vauxhall And I" de Morrissey. Jusqu'à aujourd'hui, je n'avais jamais écouté ce disque dans son intégralité. Je n'avais d'oreilles que pour "Now My Heart Is Full", que je repassais en boucle, pour réchauffer mon petit coeur, les soirs d'hiver. C'est une chanson tellement belle, qui quand elle monte en puissance, avec la voix qui prend de grands airs frondeurs, ne peux vous empêcher d'avoir vous aussi, le coeur rempli. Alors je la repassais, je la repassais, je n'allais pas voir plus loin, ça me suffisait. 


Pour être franc, je ne connais pas grand-chose de Morrissey. D'habitude quand je découvre un artiste, je me documente, je cherche à tout savoir sur sa vie, sa discographie, ses trésors et ses faux pas. Mais là, à l'image de cette chanson que je me repasse en boucle, je me contente de la pochette de l'album, de cette tronche de pilier de pub mystérieux, l'air malicieux, de ce nom qui évoque un inconscient. Les Smiths, l'aspect snob de la pop, la brume anglaise, un mythe. Je garde tout ça intact dans ma tête et ça me va, je ne veux pas en savoir plus ou rentrer dans un quelconque débat autour de Morrissey. Juste écouter ses chansons, ou tout du moins, cette chanson.  Pourquoi "Vauxhall And I" ? C'est le premier sur lequel je suis tombé, au disquaire du coin. C'est aussi bête et idiot que ça. Mais j'ai de la chance, car je ne m'attendais pas, en oubliant d'appuyer sur la touche "répéter" lors de la première chanson, à découvrir un tel monument. Un nouveau petit chef d'oeuvre caché dans ma discographie sans que je m'en aperçoive.  Jusqu'à aujourd'hui, donc. Une journée pluvieuse, une journée de merde. Des révisions hier, un examen foiré aujourd'hui, un enterrement demain. Et que la musique pour oublier et faire l'autruche enfoui dans son casque. Après un "Now My Heart is Full" que j'ai gueulé à gorge déployé, je me laisse emporter par la suite. "Spring Heeled Jim" et cette voix féminine qui murmure dans un coin, au fond. "Billy Bud" et sa guitare qui tourbillonne comme un crachat breton sous la pluie. Et voilà que débarque "Hold On To Your Friends", qui fait encore plus fort que le titre inaugural dans le genre torrent de mélancolie beau à pleurer. Ca me parle beaucoup, je suis ému. La voix y est pour beaucoup, cette voix inexplicable, aussi délicate que grossière, raffinée et brutale.  "The More You Ignore Me The Closer I Get", je la repasse celle là aussi. Beaucoup, en pensant à pleins d'histoires de filles, en m'imaginant des films. Des lettres d'amour, des poèmes. Toujours sous mon casque, les titres défilent, aucun ne déçoit, tous ravivent la flamme allumé par le premier, et m'emportent dans un océan de tristesse. Jusqu'à "Speedway", et sa scie sauteuse qui me ramène à la réalité.  Après cette belle expérience, que j'espère renouveler, je ne pense pas chercher à en savoir plus sur Morrissey. Je ne pense même pas écouter un autre de ses albums pour le moment. Juste passer du temps avec celui-ci, en attendant une éclaircie.