Royal relance le débat sur l’alliance entre PS et MoDem

Publié le 04 décembre 2007 par Willy
Nicolas Barotte - http://www.lefigaro.fr
03/12/2007 |
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Ségolène Royal et François Bayrou s’étaient rencontrés lors d’un débat entre les deux tours de la présidentielle. Crédits photo : ASSOCIATED PRESS

Royal avait proposé Matignon à Bayrou. Une révélation qui trouble les socialistes.

Présidentielle 2007, l’épilogue ? En publiant Ma plus belle histoire, c’est vous (1), qu’elle a remis hier à la presse, Ségolène Royal espère en terminer avec le bilan de sa campagne. «Ce livre, il fallait le faire», a-t-elle déclaré, pour «rendre des comptes» à ceux qui ont voté pour elle. Maintenant «c’est clos», a-t-elle sobrement ajouté. Ce qui ne veut pas dire la fin de l’histoire Royal, bien au contraire. Mais pour la suite, il faudra attendre plus tard : «Je m’exprimerai en janvier.» Sur quoi ? Sur son projet politique, décrypte-t-on autour d’elle. Pour connaître ses intentions vis-à-vis du PS, il faudra patienter après les municipales. «Je ne veux pas me laisser entraîner dans un échéancier qui n’est pas le mien», a-t-elle prévenu.

Du livre qui sort aujourd’hui en librairie, les socialistes n’ont lu pour l’instant que les extraits parus dans la presse. Mais l’entente manquée entre les deux tours entre Ségolène Royal et François Bayrou, à qui elle avait proposé d’être son premier ministre, fait jaser. L’information n’est pourtant pas complètement nouvelle : pendant la campagne, elle refusait d’écarter explicitement l’hypothèse. La « main tendue » avait suscité de vifs débats alors au sein du PS, et notamment un refus net de François Hollande. Et après la présidentielle, Royal avait confié ses regrets vis-à-vis de Bayrou, qui «aurait pu être à Matignon» s’il avait eu le courage de la rejoindre.

L’anecdote est quand même commentée. La scène ne manque pas de sel : Royal au pied de l’appartement de Bayrou, qui refuse de la laisser monter… «J’ai d’abord cru à une blague», a critiqué ce week-end le député européen Harlem Désir, proche de Bertrand Delanoë. «Si elle avait dit lors de la désignation qu’elle voulait installer Bayrou à Matignon, la perception de la future candidate par les socialistes aurait été changée…», commente un partisan de Laurent Fabius.

Le fond et la forme

Comme souvent, il y a le fond et la forme. «Ce genre d’initiative devait être débattu au sein du PS : on ne s’assoit pas sur trente ans de ligne stratégique», renchérit Bernard Poignant, président du groupe au Parlement européen, sans cependant vouloir «fermer la porte» aux centristes. «Ce n’est pas dans une voiture en bas d’un immeuble qu’on conduit un processus d’aggiornamento », observe un cadre «social-démocrate», pas hostile sur le principe.

Pour l’ancien directeur de campagne Jean-Louis Bianco, il ne s’agissait pas d’un retournement d’alliance pour le PS mais d’une «logique de dépassement» pour remporter l’élection. «Un certain nombre de gens n’ont pas compris qu’une bataille présidentielle ne se gagne pas en réunissant 200 personnes», ajoute-t-il en expliquant que ni François Rebsamen, l’autre directeur de campagne, ni lui n’avaient été «tenus au courant dans le détail» de la rencontre avortée Royal-Bayrou.

L’hypothèse rétrospective d’un ticket relance la question des alliances électorales. Mais, des amis de Royal à ceux de Fabius, on assure ne pas vouloir aborder la rénovation du PS par ce biais-là : «D’abord être au clair sur ce que nous sommes, ensuite nous verrons les alliances.»

Le débat sera quand même en filigrane lors des futures joutes du congrès, après les municipales. « C’est une nouvelle facette du débat entre ceux pour qui la présidentielle a été perdue parce que le programme du PS était trop à gauche et ceux qui pensent que la gauche n’a pas été rassemblée aussi bien que nécessaire », explique le député européen Benoît Hamon, tenant de la seconde hypothèse. Sur une autre ligne stratégique, Jean-Christophe Cambadélis pense aussi que l’alliance avec Bayrou était «vaine». «L’anecdote démontre par l’absurde que François Bayrou ne voulait pas que la gauche gagne alors», explique-t-il. «Si le MoDem venait vers nous, la question pourrait être tranchée lors du congrès : une majorité du PS serait d’accord. Mais Bayrou ne fera pas cela», explique-t-on autour de François Hollande. L’objectif de Ségolène Royal semble bien être cependant de fondre le PS dans une grande formation qui rassemble les socialistes mais aussi le centre. En Italie, ce système a conduit la gauche au pouvoir.