Après une longue, z'avez droit à une courte (comme dirait mon ex.), de publie, bien entendi... du... bien entendu. Mais attention, bien que courte (la publie), la matière n'en est pas moins de qualité (comme d'hab.) comme importante. Et elle est même tellement importante la matière, qu'elle est classée UNESCO, c'est à dire patrimoine mondial de l'humanité d'à tous, protégé (à priori) par des règles strictes contre les fumiers prévaricateurs, jusqu'à ce que ces derniers ne découvrent qu'il y a du pognon facile à se faire avec (le patrimoine), et bousillent ladite richesse à jamais (intentionnellement ou non).
- "Selské baroko" ("bauernbarock" en Allemand): baroque rural, baroque populaire, baroque paysan (sans connotation péjorative aucune) voire baroque rustique. Il s'agit d'une adaptation vernaculaire (vraiment unique et originale) du style baroque (églises, palais) pour les besoins spécifiques (et nettement plus humbles) des ruraux (campagnards). Ce style est apparu dans les années 20 du XIX ème siècle (alors que le baroque était en déclin clin), et son apogée est située vers les années 60 du même siècle. Bien que concentrée principalement en Bohême du Sud, cette architecture est présente dans toute la république nostre, un peu dans les pays limitrophes, mais totalement absente des pays latins. L'inspiration baroque est principalement ornementale, et curieusement ne concerne absolument pas l'aspect "construction" (gros oeuvre). L'un des éléments les plus caractéristiques est le fronton circulaire à volutes enroulées (qui ne sont autres que des spirales d'Archimède), mais il existe plein d'autres variantes.
- "náves" ("dorfplatz" en Allemand): place du village, place centrale. Il s'agit du point central des villages dits "návesní vesnice", villages radio-centriques, c'est-à-dire urbanisés autour d'une place centrale. Cette place représente l'élément capital de l'urbanisme de "Holašovice", comme de nombreux villages (et villes) en Europe. La taille, comme la forme (ovale, ronde, carrée, rectangulaire) de la place centrale dépendaient de nombreux paramètres: nombre d'habitants, village fortifié, droit de marché, village de paysans ou d'artisans, village de montagne ou de plaine, peuplement par locateur (?!) ou spontané... Parenthèse. Locateur (?!), en Tchèque (comme en Allemand) "lokátor" ("auch Kolonistenführer, Siedlungsunternehmer"), mais chais pas comment qu'on dit officiellement en Français (locateur ?!): urbaniste moyenâgeux chargé de l'implantation de nouveaux sites en termes d'urbanisme (organisation et aménagement géographique), de peuplement (tissus social = qui, combien, nationalité et couleur) et de cohésion professionnelle (métayer, paysan, artisan, prévôt, curé, chômeur...). Extrêmement en vogue sous "Přemysl Otakar II", ce dernier en fit venir (locateurs) des péniches entières de Germanie afin de coloniser (peupler, cf. la grande colonisation de l'Europe) les terres vierges et sauvages de Bohême (Lecture: "Adrienne Körmendy, Melioratio terrae: Vergleichende Untersuchungen uber die Siedlungsbewegung im ostlichen Mitteleuropa im 13.-14. Jahrhundert"). Concernant notre bourg, la place centrale est rectangulaire et pèse 70 sur 210 mètres de haut en large.
- "Jazykový ostrov" ("sprachinsel" en Allemand): insularité (ou minorité) linguistique. Bourg, village, îlot, dans lequel l'on parle une langue, alors que le reste du coin, région, pays, en parle une autre. Il en existe plein en Europe (cf. Alsace, Corse, Pays Basque... en France), généralement aux frontières des pays et représentent (à mon avis) une richesse culturelle qu'il est indispensable de préserver à tout prix si l'on ne veut pas parler Mc Donald dans toute l'Europe dans 20 ans. Et pour les "schindmacher" (tatillons :-) la différence entre une langue et un dialecte se trouve très bien expliquée dans Wikipédia ("lehr ebs, no kansch ebs", eh!).
- "Výměnek" ("grossvaterrecht, auch verbreitungsrecht..." en Allemand): au moyen-âge, n'y avait pas d'asile... de maison de retraite ni de pension (de retraite). Aussi, lorsque le paysan devenait vieux (et parfois con), ben l'avait pas trop le choix. Il cédait sa place (généralement à un fils d'à lui, mais pouvait être un beau-fils, ou n'importe qui, si pas de [beau] fils, mais surtout pas à une fille, ça se néglige une fille), et déménageait dans un bâtiment attenant au corps de ferme (ou à proximité) et prévu à cet effet, pour y vivre sa retraite. Son successeur prenait donc sa relève dans l'exploitation de la ferme, mais se devait de nourrir et d'entretenir le pauv' vieux jusqu'à sa mort. Ce "contrat" s'appelait en Latin parfois "reservatum rusticum", mais en Français, pas la moindre idée.
- "Lán" ("lahn, hufe" en Allemand, et "hide" en Anglais): unité de mesure de terrain aujourd'hui disparue car totalement inconsistante selon les pays ou les types.
- "Jitro" ("joch" en Allemand, "iugerum" en Latin, et "acre" en Anglais): se dit "arpent" en Français (mais pas complètement sûr). Unité de mesure de terrain aujourd'hui disparue car totalement inconsistante selon les pays ou les types. Même les noms sont incertains, sans dec, c'est le moyen-âge c'te histoire-là. En royaume de Bohême, 1 "jitro" faisait 0,57 ha alors qu'un arpent représentait 0,34 ha au Québec (pour vous donner une idée). Maintenant si l'on prend le "joch" allemand, il faisait 0,35 ha en Bavière, et 0,33 ha dans le Wurtemberg (à cause du décalage horaire). Mieux, chez les Magyars il faisait 0,43 ha ce qui représente presque une acre française. Bref, compte tenu de sa fluctuation, le terme de "jitro" est aujourd'hui utilisé pour designer rien du tout, parce que fort heureusement on dispose actuellement du mètre fixe, sauf si l'on se rend en Britannie où le moyen-âge, la royauté et le foin archaïque inhérent persistent en raison de la volonté immuable des indigènes locaux (c'est en cours de changement depuis 1995, mais comme il leur a fallut un siècle pour apprendre à se laver les mains une fois par semaine et changer de slip chaque premier du mois, il leur faudra sans doute la même période pour passer réellement au mètre :-)
- "Měřice" ("metze" en Allemand): se dit "mesure" en Français. Unité de volume aujourd'hui disparue car totalement inconsistante selon les pays ou les types. En royaume de Bohême, 1 "měřice" faisait 61,5 l alors que le "metze" allemand faisait 37 l en Bavière, et 6,5 l en Saxe (à cause du décalage horaire, toujours). En France, la mesure était tout autant incertaine puisqu'évaluée par rapport au récipient qui la contenait, lequel servait d'unité (cf. Jean-Baptiste Say, "Traité d'Economie Politique, t.2, p.104" "Il y a plus d'incertitude dans l'estimation des sommes historiques [...] en raison de l'ignorance où nous sommes de la véritable capacité des mesures des grains"). Et encore, c'était dans le cas où il existait une unité. Mais sans récipient? Tiens, exemple, sauriez-vous me dire combien qu'il y a dans la mesure du possible? Eh!
Et maintenant l'histoire du bled. La Bohême, comme les environs de notre patelin "Holašovice", furent occupés par des hominidés poilus dès le néolithique (vers 7000 à 5000 avant Jean-Claude). Mais inégalement, sporadiquement et de façon éparse, tout autour de l'étang "Dehtář", à seulement 4 km au Nord (cf. les fouilles archéologiques). Puis l'homme des cavernes céda la place aux Celtes, aux Romains, puis aux Slaves vers le VI ème siècle, et partit s'installer dans d'autres régions limitrophes comme la Germanie et l'Autriche, où l'on peut encore en rencontrer des spécimens vivants en diverses occasions comme l'"Oktoberfest".
Selon certaines sources, l'origine du nom proviendrait des "Holasici", tribu slave qui se serait installée du côté de "Opava" (en Silésie) dans la seconde moitié du IX ème siècle. Hum... d'abord gros doute sur cette tribu depuis quelques années, car son existence n'a jusqu'à présent pas été prouvée (on a juste retrouvé leur nom sur une boîte à lettre), ensuite parce que s'ils étaient Silésiens, que seraient-ils viendus fiche en Bohême du Sud? Qui plus est, il existe en Silésie un bled "Holasovice" (sans le fameux "š" mais avec un simple "s"), qui se dit "Kreuzendorf" en Germain, alors que nos "Holašovice" à nous (avec le fameux "š") se disent "Hol(l)schowitz" en Germain. Je me demande si quelqu'un n'aurait pas fait une grosse bourde quelque part en mélangeant les 2 bourgs? Non, l'origine plus probable serait un nom propre, genre "Holas", "Holásek", noblaillon local qui aurait fondé notre bled dans la première moitié du XIII ème siècle, lors de la grande colonisation. L'origine pourrait même être un certain "Holšov" puisqu'avant "Holašovice", le nom officiel était "Holšovice" (cf. en Germain "Hol(l)schowitz" et non "Hol(l)aschowitz"). Personnellement j'ai encore une autre idée: "holá" signifie en Tchèque rasée, pelée, et "sovice" est une sorte de chouette (un harfang pour être précis).
Globalement, le village fut maudit des glandes, z'allez-voir. En tant que possession du monastère de "Vyšší Brod", l'on présume que le patelin aurait été copieusement harcelé et pillé par les troupes hussites lors de la guerre civile (1420-1434), mais c'est une hypothèse basée sur l'histoire des patelins environnants, parce que concernant notre bourg, rien d'écrit n'existe. Un siècle plus tard (1520-1521), une épidémie de peste extermina la deux-centaine de villageois.
Sinon la "germanisation" du XVI ème siècle eut des conséquences plutôt douloureuses au XX ème. Alors qu'en 1910 (dernier recensement sous l'empire d'Autruchon-gris) la totalité de la population du village parlait Allemand, mais était austro-hongroise, après l'avènement de la Tchécoslovaquie (1918), 70% des habitants se déclarèrent de nationalité allemande en 1921 (premier recensement tchécoslovaque) et 30% de nationalité tchèque. Et alors me direz-vous? Attends-voir, j'explique. "Holašovice" n'eurent jamais d'école sous l'empire. En 1784, fut crée une école communale à "Čakov" (3 km au Nord-est de notre bled), et les gosses de "Holašovice" s'y rendaient pour y recevoir une éducation bilingue tchéco-allemande. Bon, tout allait bien. Pis en 1873, se créa une nouvelle école communale à "Lipanovice" (2,5 km au Nord-ouest de notre bled), mais d'enseignement uniquement allemand. Et les gosses de "Holašovice" n'avaient pas le choix, c'était l'école germanophone de "Lipanovic" obligatoire. Bon, tout allait bien aussi puisque la totalité du bled parlait allemand. Avec l'avènement de la nouvelle république en 1918, la totalité germanophone passa de 100% à 70%, et les 30% de tchécophones souhaitaient de plus en plus une éducation en langue tchèque, d'autant plus qu'ils étaient chez eux, en Tchécoslovaquie (cf. renaissance nationale, oppression de l'empire austro-hongrois, condescendance [perçue] germanique, etc...). Les autorités tchécoslovaques d'alors n'y voyaient aucun inconvénient, bien au contraire, puisqu'il y avait même un réel support de l'administration afin de promouvoir ce projet et "s'émanciper du Germain".
Mais revenons à la chronologie. A partir de 1858, "Holašovice" faisaient partie du bled de "Záboří" (comme apparemment en 1263, cf. plus haut), et depuis 1964, le bled est rattaché à "Jankov", où se trouve également la mairie et la niche du chien. Déjà en 1960, sous les con-munistes, certaines maisons furent inscrites sur la liste du patrimoine culturel du pays. En 1995 "Holašovice" furent déclarées réserve patrimoniale (ça ne veut rien dire "památková rezervace" en Français, alors retenez que c'est important d'un point de vue "patrimoine culturel"), et en 1998 l'apothéose: inscription du bled sur la liste du patrimoine culturel et naturel de l'humanité toute entière, dite "liste UNESCO". "Holašovice" comptait au dernier recensement de 2006 une population 130 à 140 habitants (selon les sources, et selon qu'ils étaient chez eux au moment du décompte ou au bistrot).
Quelques mots sur l'architecture et l'urbanisme maintenant, puisque après-tout, c'est bien là l'attrait du bourg. Donc comme dit, le bourg s'articule autour de la place centrale (210 x 70 m) rectangulaire, avec en son centre son étang, son épicerie ("koloniál") et son églisette de fabrique St Jean Népomucène. Parenthèse.
L'églisette baroque dédiée à St Jean Népomucène date de 1755, et contient dedans une statuette de St Jean Népomucène (ben tiens?). Compte tenu de sa taille d'églisette (voire de chaplette) et non d'église (ni de chapelle), le curé célébrait plusieurs messes (mais plus courtes) pour les habitants qui s'y rendaient par ordre alphabétique et heures fixes prédéterminés à l'avance.
Selon donc le cadastre de vers 1530, il y avait là 17 fermes, et selon les experts, cette disposition datait déjà de l'urbanisation originelle du XIII ème siècle. Dans le courant des siècles suivants et jusqu'au XX ème, certaines parcelles se seraient "dissociées" des constructions d'avant, ce qui amène aujourd'hui le nombre de "domaines" à 22 (autour de la place centrale). En fait, c'est grâce à la "faiblesse économique" des habitants, à l'éloignement (relatif) de toute grande agglomération comme de toute route (principale) que ce village a pu conserver son caractère moyenâgeux authentique. Bien que des constructions plus "modernes" soient apparues par la suite, elles furent élevées en dehors du "vrai centre historique", mais depuis donc le XIII ème siècle, la disposition des habitations, le nombre de parcelles, leur taille, tout ça subsiste tel quel dans une harmonie unique et selon une urbanisation rationnelle planifiée il y a pratiquement 750 ans.
Sinon chaque corps de ferme se composait de:
- une habitation principale pour le paysan et sa famille dont l'antichambre donnait sur...
- une étable pour les veaux vaches poules et cochons,
- en face de l'habitation principale, de l'autre côté de la cour, une habitation secondaire faisant office de maison de retraite (pour le "Grossvater", cf. les définitions ci-dessus),
- et au fond de la cour, une grange fermant le "U", derrière laquelle se trouvaient...
- un grand champ rectangulaire avec des nains en plâtre de partout, fermé par des murets en pierre que l'on distingue parfaitement de haut,
- sans oublier des greniers, des combles, des caves, des celliers, parfois des pigeonniers, et devant les maisons des fontaines à piston en bois (genre de pompes à manche qu'il faut tirer dessus, jamais vu avant!?).
Signalons que la grange s'ouvrait des 2 côtés, permettant ainsi de traverser le corps de ferme depuis la place centrale (par le portail) jusque dans le champ derrière le corps (de ferme). Existaient des corps de ferme dit "doubles" (2 "Lány" de surface au lieu d'1 "Lán") qui possédaient alors en leur centre (de la cour) un grenier (à grains) ressemblant à un mini-bergfried. Les frontons des habitations (principales comme de retraite) sont tous orientés vers la place centrale, et un massif portail d'entrée, généralement joliment décoré, les sépare (cf. mes photos).
Pis arriva le XIX ème siècle, et avec lui le baroque rural. Malheureusement, il ne reste rien des plans (s'il y en eut), ni des dessins, ni de rien, et donc on ne sait même pas qui furent les architectes qui laissèrent là ce que l'on voit aujourd'hui, ni d'où vint leur inspiration. Seules indications, le cadastre de 1827 qui indique les bâtiments en pierre (résidences principales et les silos), et les bâtiments en bois (granges), ce qui est déjà atypique puisqu'en ce temps, la plupart des maisons étaient en bois ("roubenka", genre de cahute canadienne en rondins, poutrelles, et crotte de chèvre dans les interstices). La transformation du patelin s'étale selon les experts d'entre 1840 à 1890, en pleine période d'émancipation et de libéralisation des paysans (auparavant asservis et corvéables à souhait).
Pour finir, sachez qu'il y a chaque année un festival folklorique à "Holašovice", avec musique, bonne bouffe, théâtre de rue, etc... Si vous êtes dans le coin (le 24 et 25 juillet cette année 2010), ne le loupez pas, c'est une super occasion de découvrir la culture du pays. Signalons aussi pour faire un peu moins UNESCO, un peu moins bio-rustique, et un peu plus polémique pour rigoler, que depuis le parking du bourg de "Holašovice", on a une fabuleuse vue sur la centrale nucléaire de "Temelín".