(UK) Doctor Who, series 5, episode 7 : Amy's Choice

Publié le 17 mai 2010 par Myteleisrich @myteleisrich

Amy's Choice est un épisode atypique, qui sort du schéma narratif habituel. Derrière ses premiers abords quasi-anecdotiques, ronronnant sans véritablement trouver son rythme de croisière, il bénéficie d'une chute finale qui éclaire sous un jour entièrement différent les évènements que l'on vient de vivre et change notre perspective, et presque notre jugement, sur ces 40 minutes. Son apport introspectif se révèle donc plus ambitieux que ce qui nous est présenté tout au long de l'épisode. En posant les enjeux à la toute fin, il serait presque opportun pour le téléspectateur de s'offrir un revisionnage dans la foulée.


Amy's Choice s'ouvre sur un changement de cadre original, signe d'une aventure déjà commencée, déstabilisant à dessein les repères du téléspectateur. En effet, le Docteur débarque à bord de son Tardis dans la campagne anglaise. Cinq ans ont passé depuis qu'il a ramené Amy et Rory sur Terre. Ces deux derniers sont toujours ensemble. Seul signe du temps écoulé, Rory s'est "négligemment" laissé pousser les cheveux de façon à pouvoir les attacher ; un fashion attentat dont le téléspectateur met un instant à se remettre. Il faut dire que la deuxième information à digérer est plus énorme encore : Amy "have swallowed a planet", ou plutôt, est enceinte ! La visite du Docteur est imprévue, il s'est en réalité embrouillé dans les commandes du Tardis. Les retrouvailles passent par une promenade aux alentours. Tout paraît si calme dans ce village. Irréellement détaché de la civilisation. Les quelques remarques sur le sujet du Docteur sont d'ailleurs salvatrices : elles prêtent à sourire et leur piquant confère un peu de relief à la platitude caricaturale que ce cadre recrée.
Mais il ne s'agit que d'une réalité possible. Car nos trois héros s'endorment soudain sur le banc pour se réveiller... à bord d'un Tardis à la dérive. Dans leur "présent" apparent. Glacés. Ils dérivent et sont attirés par l'énergie d'une "étoile froide". Si imaginer Amy accepter de faire sa vie loin de tout dans un endroit aussi reculé de cette campagne anglaise, en y menant une vie aussi peu animée, semble peu coller au personnage ; l'hypothèse de l'étoile froide défie encore plus effrontément les lois de la science. C'est là que se révèle un nouveau protagoniste. Moqueur, perspicace, arrogant, faussement joueur, il se présente sous la qualité de "Dream Lord", en écho au "Time Lord" qu'est le Docteur. Il se pose en maître d'un jeu létal dans lequel il a entraîné nos trois héros. Il les met en effet au défi de choisir entre ces deux mondes où le sommeil les guide. Un est la réalité, l'autre un rêve. Les règles sont simples. S'ils meurent dans le rêve, ils seront libérés et réintègreront la réalité. En revanche, s'ils sont tués dans le monde réel, la mort sera définitive.

Se réappropriant des schémas narratifs classiques de jeux entre plusieurs réalités/univers, l'épisode va au final assez peu développer ce matériau, préférant se concentrer sur ses personnages. Les deux mini-aventures mises en place, comportant chacune leurs dangers, reprennent des thématiques traditionnelles de la série, qu'il s'agisse d'une rencontre imprévue du Tardis avec un astre dangereux, ou des aliens réfugiés sur Terre, ayant infiltré le club du 3e Âge du coin. Il n'y a pas la moindre originalité proposée dans leurs développements, celle sur Terre offrant juste un peu plus d'animation. C'est sans doute à ce niveau-là que se situe la faiblesse principale de l'épisode. Le téléspectateur est bien conscient que l'enjeu est ailleurs, ces micro-intrigues peinent à trouver une réelle dimension. Elles demeurent cantonnées dans du cliché anecdotique, dans lequel il est difficile de s'investir. Heureusement, les dialogues - et plus particulièrement, les tirades du Docteur -, piques au second degré savoureux ou analyses détachées de la situation empreinte d'un sarcasme détaché, permettent par intermittence de rompre cette léthargie. Mais l'épisode ne trouve jamais vraiment l'équilibre entre ces histoires-prétextes et le réel enjeu poursuivi par le scénariste ; ce qui a une incidence sur son homogénéité, le cocktail peinant à prendre.

L'attention du scénariste est ailleurs, et ça se ressent donc. Car Amy's Choice est en fait un épisode destiné à prendre le temps de s'intéresser à la psychologie de chacun de ses personnages. Nous sommes (déjà!) à mi-saison ; nous commençons à les connaître, mais voici un épisode entier où les intrigues et autre fil rouge sont mis entre parenthèses pour explorer de plus près les motivations de chacun. Cette introspection est une initiative somme toute louable, permettant d'entériner la nature des différentes relations unissant les personnages, en commençant par définitivement refermer la parenthèse ouverte par le final du cinquième épisode, lorsque s'était posé un dilemne jusqu'alors sous-jacent : la position d'Amy par rapport à ses "deux docteurs", l'un qui a passé sa vie à essayer de ressembler à cet ami imaginaire idéal des rêves d'une petite fille, et l'autre qui est revenu après tant d'années pour enfin remplir sa promesse passée.


Le titre de l'épisode, Amy's Choice, fait donc référence, tant à la décision d'Amy de sacrifier sa vie sur cette Terre futuriste où elle est enceinte, suite à la mort de Rory, qu'à sa réalisation finale que l'homme de sa vie n'est pas le héros avec lequel elle s'est enfuie la veille de son mariage, mais bien son fiancé. Être partie à bord du Tardis était sa dernière tentative pour ne pas grandir ; le parallèle avec les univers féériques, la mythologie de Peter Pan notamment, n'est pas une constante de ce début de saison pour rien. Le mariage symbolise l'entrée dans l'âge adulte, entrée à laquelle Amy n'était pas encore prête, en dépit de ses fiançailles. Elle n'avait pas fait le deuil de son enfance ; il existait encore en elle cette part de petite fille rêvant d'explorer des horizons lointains avec son ami imaginaire.
Les retrouvailles avec le Docteur avaient fragilisé sa relation avec Rory en apparence ; mais elles étaient finalement nécessaires pour définitivement tourner cette page ouverte durant son enfance, idéalisée depuis au-delà du raisonnable. Amy a fait la paix avec ses démons du passé et ses rêves non réalisés. Désormais, alors même qu'elle vit ce conte de fées de science-fiction, elle a enfin grandi. Au gré des quelques aventures qu'elle vient de vivre, elle s'est posée des questions sur sa vie ; elle a été amené à réfléchir sur ses priorités, confrontée à des dangers contre lesquels elle a manqué de tout perdre. Au final, c'est un personnage qui, en quelques épisodes, a gagné, non en confiance en elle ou en assurance, mais en maturité. Ajoutons à cela l'opportunité que lui a offerte le Docteur de voyager avec Rory afin de pouvoir partager l'intensité et l'euphorie qui accompagnent les voyages à bord du Tardis ; et, logiquement, les choix d'Amy au cours de cet épisode tombent sous le sens et nous découvrons à travers eux la vraie Amy, qui a réussi à se comprendre et savoir ce qu'elle recherche.
Avec Amy's Choice, elle cesse de chasser un rêve inaccessible pour enfin commencer vraiment à vivre et à grandir.


Mais, et de façon peut-être plus marquante pour une téléspectatrice telle que moi qui est quand même assez encline à suivre en priorité le personnage du Docteur, l'épisode offre également de nouveaux éléments dévoilant un peu plus la complexe personnalité de ce dernier, toujours magistralement interprété par Matt Smith. L'acteur aura vraiment réussi à s'imposer avec une aisance et une présence à l'écran à saluer : je pourrais consacrer un entier paragraphe, dans chacune de mes reviews, à louer la richesse et l'ambivalence que son jeu apporte à Eleven, collant parfaitement à l'écriture des scénaristes. Amy's Choice est une étape importante dans cette caractérisation, car il met en lumière la facette la plus obscure du Docteur. Il le fait sans que le téléspectateur se doute, avant la chute finale, de la réelle nature du duel auquel il est en train d'assister entre le Time Lord et le Dream Lord. Il faut souligner que cette ignorance est à double tranchant : d'une part, cela renforce l'impact et le choc de la révélation finale, mais d'autre part, cela empêche de saisir immédiatement tous les enjeux d'un épisode dont l'importance se cache derrière cette apparence trompeusement trop banale.

Dans la chute finale, l'explication de ce double rêve hallucinatoire cède à une certaine facilité scénariste, mais est en revanche particulièrement bien trouvée l'idée selon laquelle le Dream Lord n'était en réalité qu'une émanation du Docteur lui-même, de cette part sombre qui sommeille en lui mais qui s'est logiquement développée au cours des neuf siècles d'expérience qui sont derrière lui. Et le téléspectateur prend conscience, a posteriori, que c'est un épisode qui mériterait d'être psychanalysé qui nous fut proposé. Toutes les "vérités", souvent blessantes, assénées par le Dream Lord sur la façon de vivre et d'opérer du Docteur, ses réflexions sur ses "amis" par exemple, prennent soudain une autre dimension. Tout comme cette affirmation, lâchée par un Docteur qui avait deviné plus tôt la nature de ce Dream Lord sans la partager avec Amy et Rory : "there's only one person in the universe who hates me as much as you do", avait-il dit... Cruelle et paradoxale réalisation. Est également très révélateur le silence et le brusque changement de sujet qui accueille la question d'Amy, en fin d'épisode, faisant écho aux préoccupations des téléspectateurs. La jeune femme est incapable de concilier les deux facettes du Docteur qu'elle a vue, l'enjouée et la cynique ; et, soudain, elle s'interroge : le Docteur tient-il pour vrais, consciemment ou dans une part de son subconscient, les jugements proférés par le Dream Lord ?
Le personnage d'Eleven continue de s'étoffer, devenant chaque épisode, plus intriguant, plus ambivalent, et toujours plus intéressant. Une caractérisation réussie !

Amy's Choice s'avère donc être finalement un épisode paradoxal. Derrière une apparence de routine  assez anecdotique, peinant à se mettre en place, il propose une introspection profonde des personnages. La résolution finale change radicalement la perspective du téléspectateur, soudain presque tenté de se lancer dans un revisionnage immédiat pour bien appréhender la portée de l'épisode et ce qu'il signifie pour le Time Lord. Car même si l'évolution d'Amy est intéressante, cela reste un "à côté" par rapport à l'envergure du Docteur qui demeure l'aspect le plus accrocheur de la série. C'est un euphémisme que d'écrire que j'aime beaucoup l'exploitation de la part plus sombre du personnage qui est proposée avec Eleven. Le "Dream Lord" est un élément supplémentaire qui vient s'ajouter à la suite d'aperçus très tangibles du côté plus obscur du Docteur, que nous avons pu voir depuis le début de la saison. Son ambiguïté, très bien mise en valeur par Matt Smith, apporte une profondeur supplémentaire et surtout accentue la fascination qu'exerce le Time Lord.

Bilan : Si le changement de perspective offert par la chute finale apporte à l'épisode une légitimité dans l'introspection qu'il a proposée, cela intervient peut-être un peu trop à retardement. L'aventure n'est pas déplaisante à suivre, mais elle se révèle trop bancale pour être pleinement satisfaisante. Cependant, la lumière nouvelle que jette la révélation finale sauve finalement l'épisode de la tentation de le classer comme une simple aventure anecdotique. Il offre un éclairage sur ses personnages et leurs rapports qui permet au téléspectateur de mieux les comprendre. Enfin, il confirme aussi la volonté d'exploiter cette saison une facette plus sombre du Docteur, ce qui nourrit l'ambivalence du personnage de la plus convaincante et intéressante des manières.



NOTE : 7,5/10


La bande-annonce du prochain épisode :