Le monde froid (Jean Joubert)

Par Arbrealettres


Le monde froid

Comme si les feux ne pouvaient
que brûler bas dans le brouillard,
mêlant le gris au gris,
voilant la face d’un soleil lunaire.

Comme si l’arbre sur la rive,
le décharné, grondait
d’un perpétuel hiver.

Les femmes, dans les cuisines,
parlent bas, serrent des châles gris
contre leur corps
que nul amour n’embrase et ne dévêt.

(saison de glace, de murmures,
de coeur plus sourd, battant dans le brouillard)

Tentons alors le mot lumière,
le mot mémoire, le mot désir:
beaux cavaliers lancés contre le froid.

(Jean Joubert)