Le Printemps des poètes au Luxembourg, par Marie-Claire Bancquart

Par Florence Trocmé

Le Printemps des Poètes au Luxembourg

A la fin d’avril,le Luxembourg a célébré somptueusement le Printemps des poètes, sous la présidence de Bruno Péret. L’organisateur de la manifestation était le poète et éditeur de poésie Jean Portante, qui a réuni – le thème du Printemps de cette annéeétant « Couleur femmes «  - onze poètes femmes de nationalités différentes, ou parfois de provinces très distinctes dans une même nation  /: Rosa Alice Branco, du Portugal, Elly de Waard, des Pays-Bas, Gabriela Fantato, d’Italie, Anise Koltz, du Luxembourg, Ewa Lipska, de Pologne, Talisma Nasreen, du Bangladesh (sous le coup d’une fatwa, car elle a écritcontre la très dure condition réservée aux femmes dans son pays), Isabel Perez Montalban, d’Espagne, Susanna Rafart , de Catalogne/Espagne, Zoë Skoulding, du Pays de Galles/Royaume/Uni, Tzveta Sofronieva, de Bulgarie, et moi –même, de France. / L’ambassade ou l’institut culturel de chaque pays représenté au Luxembourg avait subvenu à l’invitation. Jean Portante avait traduit les poèmes de celles qui n’étaient pas de langue française : un travail considérable, parmi bien d’autres ! 
Le premier jour, nous nous rendons dans un des trois principaux lycées classiques du Luxembourg –pour moi, c’est le « Lycée de garçons », qui malgré son nom est mixte. On m’avait demandé d’envoyer d’avance des poèmes, sur lesquels j’ai dialogué avec les élèves d’une classe de Seconde ; ils ont posé de très bonnes questions. Plusieurs d’entre eux avaient participé durant l’année à un atelier d’écriture ; les résultats en étaient matérialisés dans un livre imprimé, dont ils avaient surveillé la fabrication .Tout cela, évidemment, sous l’impulsion d’un professeur. Le soir, rendez-vous à la Kulturfabrik ( un centre culturel établi dans un ancien bâtiment industriel) d’Esch-sur-Alzette, deuxième ville du Luxembourg, pour entendre d’abord, avec une particulière attention, Talisma Nasreen , puis une partie des poètes, devant un public très fourni. Le lendemain, nous lisions toutes à Luxembourg, dans l’ancienne abbaye de Neumünster. Et les élèves des lycées qui avaient participé aux ateliers d’écriture lisaient aussileurs poèmes sur le podium, en alternance avec nous. La salle ne pouvant admettre que trois cents spectateurs, on avait dû refuser du monde. Le surlendemain enfin, celles qui n’avaient pas lu à la Kulturfabrik ont lu dans une belle galerie d’art de Luxembourg , elle aussi comble.  
Cinq cents auditeurs en tout pour la poésie, dans un pays qui compte 450.000 habitants…De quoi laisser rêveur, quand on vient de France, et poser des questions. Certainement, l’activité des responsables de ce Printemps, aidés de la secrétaire générale Françoise Piravalli, et de Serge Basso pour la Kulturfabrik, est pour beaucoup dans cette réussite. Mais enfin, elle n’explique pas tout. On peutfaire valoir l’extrême capacité de réception et la tolérance d’un pays habitué à un brassage de populations, trilingue (français, allemand, luxembourgeois), et qui ignore les luttes et les ruptures entre les différentes conceptions de la poésie que l’on ne connaît que trop ailleurs. Ce qui compte beaucoup aussi, c’estle naturel avec lequel on reçoit la poésie, dans ce là-bas  qui est si proche. Bon nombre des poèmes écrits par les élèves de lycée avaient une réelle valeur ; ils auraient pu figurer, n’importe où, dans des lectures de « poètes reconnus ». Et puis, comme la poésie, pour eux et autour d’eux, peut prendre grâce à cette initiation sa réelle importance, en même temps qu’elle devient familière ! En France, il existe bien des initiatives réussies de ce genre, mais elles sont encore trop isolées. Pourtant, il est une pensée fortifiante : c’est que l’idée du« Printemps des poètes «  est née en France, et déjà y porte ses fruits. 
 
ndlr : Poezibao a vécu une expérience très similaire aux Journées Littéraires de Soleure, en Suisse : voir ce reportage 
 
de Marie-Claire Bancquart