La dot: Enchère ou alliance?

Publié le 27 mai 2010 par Deestar
Dans les cités et les communautés africaines, il y a pas que les denrées alimentaires, les biens de première nécessité ou encore les frais médicaux qui ont augmenté. On serait même tenté de dire que l'inflation n'a fait que les égratigner. Tout comme l'immobilier, la dot et les cérémonies nuptiales font concurrence à des biens dits de luxe. Ce secteur a connu une flambée de prix sans précédent. Ceci est dû, en grande partie aux ambitions démesurées de certaines familles devenues de plus en plus gourmandes et qui voient en leur fille, un moyen rapide et efficace d'enrichissement. La dot selon Larousse est définie comme un bien offert par le futur époux à la famille sa promise. Selon Wikipédia, il s'agit d'un échange de biens entre deux familles. Cet échange peut revêtir trois formes: les biens que les parents donnent à leur enfant lors de ses noces; les dons échangés par les époux lors des fiançailles, les biens offerts par une famille à la famille d'un des époux.

Fort moment traditionnel, qui dans le temps était symbole d'amitié et d'union entre deux famille, la dot représente aujourd'hui un moyen de marchandage et d'enrichissement rapide pour certains parents véreux.

Elle est parfois fixée en fonction du niveau et du lieu des études de la promise, du teint, du poids, de l'âge et de la position sociale de celle-ci, elle varie aussi selon les familles. S'il existe des familles aux mentalités évoluées, la quasi-totalité surévalue les enchères créant ainsi un nombre incalculable d'inconvénients: nombre élevé des couples vivant en concubinage, enfants hors mariage, insécurité matrimoniale chez la femme, manque de fierté chez l'homme.

Lorsqu'un homme paie une dot élevée, conscient ou non, son regard vis à vis de sa dulcinée change. Elle est désormais perçue comme son bien, sa propriété, cela ne fera sans doute jamais surface tant que celle-ci reste soumise et accepte sans rechigner les écarts, les débordements de comportement de son époux; certains hommes ayant des femmes qui travaillent leur feront bosser toute une vie pour rembourser leur dot, d'autres aux mentalités douteuses, prostituent leur épouse pour la récupération de la dot.

Celle-ci a d'autant une corrélation forte avec les rites de veuvage. Si l'homme vient à mourir, la belle-famille vengeresse tend à faire subir toutes les méandres subis lors du versement de la dot à la veuve déjà éplorée et grandement affectée. Plus encore, celle-ci demeure perçue par la belle-famille comme une propriété parmi tant d'autres composant l'héritage laissé par le défunt époux. Elle est donnée à un frère ou un cousin comme épouse et manquant de liberté dans la gestion des biens laissés par l'époux. Dans certaines régions (littoral camerounais), elle devrait payer une forte somme d'argent aux belles-sœurs (remboursement de la dot?) pour se remarier.

Nous notons une nette humanisation, un profond respect de la part des gendres qui n'ont pas subi les frasques d'une dot exagérée vis à vis de leur bien-aimée et des membres de sa famille par alliance. Nombreuses sont les familles qui ont réussi a s'affranchir de ces rites pour limiter les effets pervers d'une tradition devenue un fardeau pour les hommes et les femmes.

Fardeau pour les femmes car plusieurs après la dot se retrouvent exploitées, maltraitées, ridiculisées, parfois réduites ainsi que leurs enfants à une main d'œuvre gratuite, ce qui augmente le nombre d'abandon de foyer et une recrudescence du nombre des prostituées. Si selon le pasteur Jean-Blaise Kenmogne, la noce honore et la dot ne saurait être un raccourci à la richesse. Certains notables affirment qu'un couple qui s'oppose au versement de la dot s'expose aux risques énormes: rejet de la famille, non-officialisation de la relation, stérilité, enfants aliénés, pauvreté, maison sujette à des maladies dangereuses, malheurs et malchance de toutes sortes.

Entre cupidité et ostentation, mépris et domination, pourquoi ne pas œuvrer pour une codification de la dot? Un combat qui améliorera la condition féminine.
Les avis des hommes Pendant que les futurs époux fustigent la dot estimant qu'elle est assez élevée, ruinant au passage le futur époux, représentant une forme d'achat de sa moitié et participant au ralentissement de la situation économique de l'homme, la (belle) famille affirme que c'est une tradition qui ne saurait disparaître, un moyen de tester les compétences du futur père de famille et sa capacité à l'endurance que représente une vie de couple et à gérer la frustration, etc.

une question aux hommes: accepteriez vous de vous faire doter?

Abamou:
D'habitude les hommes disent que ce serait cool si les femmes les dotaient, mais sur une note sérieuse, je crois qu'aucun homme n'accepterait qu'on le dote car au moindre problème, la femme vous le rappellerait, je trouve que la dot est un casse-pied pour les futur époux et l'évolution du couple. Je suis pour qu'on réduise la dot au minimum, que ce soit juste un signe de reconnaissance.

Champlain: Si comme au Népal et en Inde, en Afrique, les femmes devraient doter les hommes, ce serait une révolution, mais sérieusement, je dis non. L'homme a sa dignité, la tradition dit que l'homme est la tête du couple et c'est lui qui donne le ton. Ce serait une injure au sens masculin. Comme on dit en chinois «DA NANZI ZHUYI»: le théorie masculine de l'homme commandeur; l'homme commandeur devrait rester dans sa position d'homme. Je pense que les hommes en se plaignant du coût élevé de la dot voudraient solliciter la participation de la femme dans la vie de chaque jour surtout pendant l'après-dot.

Bertrand: Je suis contre une dot élevée, je suis aussi contre le fait qu'une femme, ma future épouse me dote. Je m'oppose surtout au concept de liste, qu'on demande des choses raisonnables qui seront ensuite distribuées à toute la belle-famille. L'homme comme le veut la tradition devrait doter sa femme, mais la dot devrait être un symbole.

Éric: Je suis pour le statut quo. Je dois avoir tous les pouvoirs sur ma femme, je dois dument payer sa dot, c'est un point culturel et surtout une forme de responsabilité, il ne faut pourtant pas exagérer.

Micael: Je suis contre le fait qu'on dote l'homme, ce serait traiter l'homme de mauviette. Je m'oppose au versement de la dot tout court. La famille au lieu d'offrir leur fille au plus offrant devrait plutôt s'assurer que leur fille sera épanouie, heureuse dans le couple, que l'homme ne prendra pas toutes les responsabilités mais au moins dispose d'une situation économique stable pour le confort de la famille qu'il se propose de fonder.

Abdoul: Oui je veux qu'on me dote, pourquoi la femme ne me doterait pas? C'est moi qui lui fait la cour, c'est moi qui demande la main, c'est moi qui organiserai le mariage, c'est encore moi qui porterai en quelque sorte la culotte dans notre foyer, alors je pense que ce serait une belle preuve d'amour si elle venait à verser ma dot. Ce serait une exception, inverserait les rôles et pourrait favoriser une prise de conscience de la part de certains parents de filles qui imposent des conditions intenables aux belles-familles.

Ludovic: La dot doit être symbolique, étant un cadeau, la procédure la meilleure serait qu'on laisse à l'homme l'opportunité de choisir ce qu'il souhaite offrir a sa belle-famille. C'est vrai que la femme n'a pas de prix, qu'on ne fasse pas comme si c'était une obligation car les hommes sont aussi les enfants de certains parents, leurs parents ont aussi pris soin de leur fils. Et les parents des filles n'étaient pas obligés de faire leur enfant et de l'éduquer, et en fait, cette éducation était pour le bien être de leur propre descendance. Pourtant je suis contre qu'on me dote. Il faudrait rééduquer les africains, il faudrait que les parents apprennent à travailler pour leur enfants et permettre à leurs enfants de travailler pour leur progéniture comme cela se passe partout ailleurs, les enfants naîtront avec des opportunités et non des charges.