Etat chronique de poésie 902

Publié le 30 mai 2010 par Xavierlaine081

902

Mais comment font-ils ?

Z’auriez pas le mode d’emploi ?

*

Tu en vois :

Compulsifs

Ils achètent et ne se refusent rien

*

Tu en vois :

Pourtant ils n’ont pas plus sot métier que le tien,

Parfois même ils ont moins fait d’études,

N’ont pas attendu leurs trente ans pour,

Apres au gain,

Œuvrer à leur commerce,

L’œil rivé sur un chiffre d’affaire

Qui ne fut et ne sera jamais le tien.

*

Mais comment font-ils ?

Z’auriez pas le mode d’emploi ?

*

Toi, tu t’échines à travailler de ton mieux.

Tu ne regardes pas après les heures.

Tu nies ta fatigue jusqu’à ne plus prendre de congé,

De peur d’affoler ta banque

(Elle s’affole pour un rien, voyez-vous,

Sauf quand un trader de passage,

Quitte la boutique, avec le pactole :

Ils s’en foutent,

L’argent n’est, de fait, pas à eux.)

Chaque matin, avec conscience, tu regardes tes comptes :

Toujours ils sont dans le rouge.

Z ‘auriez pas une autre couleur,

Ou un procédé de multiplication des zéros ?

*

Mais comment font-ils ?

Z’auriez pas le mode d’emploi ?

*

Las, tu te prends huit petits jours,

Huit petits jours de rien du tout,

Juste le temps de mieux sentir toute la pression posée sur tes épaules

Quand tu reviens, radieux et légèrement hâlé.

Tu hésites à laisser traîner tes pupilles sur des colonnes de chiffres.

Lorsque tu y viens, c’est plus du rouge, c’est du noir.

Z’auriez pas mieux comme couleur ?

Tu r’gardes ton agenda :

Plein comme un œuf qu’il est, ton agenda.

Pas possible d’en mettre plus, d’en faire plus,

A moins de faire comme les fabricants de yaourts :

Ils changent pas le prix, mais ils remontent le fond du pot,

Petites tricheries quotidiennes, petites bassesses,

Bénies d’un monde qui a prêté serment d’hypocrite.

*

Mais comment font-ils ?

Z’auriez pas le mode d’emploi ?

*

Les autres,

Tu les regardes,

Incrédule.

Tu les vois,

Ils s’agitent,

Ils achètent, partent en thalasso,

S’offrent des résidences secondaires,

Leurs billets semblent faire des petits.

Tu tentes d’en planter, dans des pots, sur ta terrasse :

La pluie les décompose,

Aucun ne germe jamais, ni ne donne de fleur,

Qui te prendrait par la main,

T’emmènerait danser,

Dans une soudaine opulence.

Ce serait juste une parenthèse offerte,

Dans une vie de labeur,

Juste un temps de repos, de latence, de bonheur et de plaisir,

Un temps de gratuité possible,

Sans la crainte d’une couleur

Qui virerait au cauchemar.

*

Tu reviens au silence.

Tu jettes un œil dehors.

Tu plies pour ne pas rompre.

Tu réfrènes quelques larmes.

Tu ne sais pas.

Tu sais que tu ne sauras jamais,

Que tu ne pourras toujours que t’adapter, tenter de survivre,

De voler une heure, un jour,

Pour contempler encore une fois, une seule,

Le soleil, comme une orange,

S’aplatir sur l’horizon brumeux,

Juste avant cette ultime nuit,

Où les cordes du cœur largueront les amarres.

Tu hisseras les voiles pour traverser le Styx.

On fera vibrant discours.

On pointera avec admiration ton abnégation

Ton sens des responsabilités.

Nul n’évoquera la douleur de n’avoir jamais trouvé

Ce que les autres semblent avoir

Et qui te fait défaut.

*

Z’auriez pas un mode d’emploi en trop ?

.

Manosque, 17 avril 2010

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