LE NAUFRAGE - 16 juin 1940, récit d'Eric ROUSSEL

Publié le 08 juin 2010 par Mpbernet

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Une critique de Claude :

Eric Roussel, président de l’Institut Pierre Mendès France, est l’auteur admiré d’un Jean Monnet (1996) et d’un De Gaulle (2002)*.

A l’occasion du 70ème anniversaire des évènements de 1940, il nous livre une analyse pénétrante de la journée du 16 juin 40, où Paul Raynaud, Président du Conseil décidé à continuer la lutte, dut s’effacer devant le Maréchal Pétain, dont le programme était de demander sans délai l’armistice. Si vous êtes intéressé par l’histoire contemporaine de la France, c’est un livre remarquablement écrit, clair, élégant, souvent brillant.

C’est aussi, grâce aux archives qui se sont ouvertes depuis 20 ans, et, plus encore, grâce à la capacité d’analyse d’Eric Roussel, une vision nouvelle de l’histoire.

L’idée centrale de l’auteur, c’est que la défaite militaire de mai-juin a été une divine surprise pour la droite extrême, catholique et traditionaliste, évoluant autour du Maréchal : c’était la démonstration de l’échec définitif de la démocratie, et l’occasion de construire un Etat autoritaire. Appuyés par Laval, qui leur était complètement étranger, mais qui savait manier le monde parlementaire, avec, d’ailleurs, une sidérante brutalité, ils ont saisi le pouvoir, au profit d’un chef dont la lucidité ne dépassait pas quelques heures par jour.

Autre analyse nouvelle, celle du départ en dissidence du Général de Gaulle, qui rompt d’autant plus aisément avec la légalité qu’il ne reconnaît que la France, et non son expression républicaine d’un moment.

Ces journées de juin 40 sont, on le sait, à l’origine de notre V ème République : c’est en constatant l’impuissance du régime d’assemblée que le Général de Gaulle a conçu sa Constitution, proposée dans le discours de Bayeux en 1946, et adoptée par référendum en 1958

Mais, en France, le régime d’assemblée et la fronde des Parlements – c'est-à-dire des Juges -, ne sont jamais loin : la réforme constitutionnelle de 2008 est déjà l’occasion d’abus, les assemblées menaçant de déstructurer les textes du Gouvernement, que le Conseil constitutionnel n’hésite pas à censurer politiquement .

Ecoutons la leçon du Général de Gaulle. En croyant faire avancer la démocratie, nous préparons l’impuissance politique du futur.

NRF, collection "les journées qui ont fait la France" Gallimard, 263 p, 19 €

*et aussi  Georges Pompidou (1984), Pierre Mendès-France (2007) NDLR